Les décodeurs nous intoxiquent

Les décodeurs nous intoxiquent

Pour répliquer à la montée des médias alternatifs qui répandent des informations mensongères sur Internet et les réseaux sociaux, voici que le site du journal Le Monde lance son propre service de police de l’information, le Decodex. Cette initiative au mieux maladroite, au pire dangereuse, témoigne de l’état déplorable du système médiatique.

Le danger des Fake News

Washington,  Le 4 décembre 2016. Aux alentours de quinze heures, un homme armé d’un fusil d’assaut et d’un pistolet automatique fait irruption dans une pizzeria du nord de la ville. Il vient de conduire pendant six heures de suite depuis sa résidence de Salsbury (Caroline du Nord), dans le but de décharger son AR-15 en plein milieu du restaurant italien. Les clients et employés paniquent, l’un d’eux parvient à prévenir la police, et quarante-cinq minutes plus tard la prise d’otage prend fin sans le moindre blessé. L’homme de quarante ans se rend de son plein gré, après avoir constaté qu’aucun enfant n’était détenu dans la cave de la pizzeria.

Ce fait divers représente le symbole par excellence du danger des « fake news », ces fameuses informations mensongères qui circulent sur Internet et sont partagées via les réseaux sociaux. Dans ce cas précis, une campagne de diffamation ciblait depuis plusieurs semaines le patron du restaurant, accusé de séquestrer des mineurs  afin d’alimenter un réseau pédophile dont Hillary Clinton serait la principale dirigeante. (1)

Comment ce fait-il qu’une énormité pareille soit parvenue à convaincre un homme, persuadé d’agir pour la justice,  d’ouvrir le feu avec un fusil d’assaut en plein restaurant ?

Les sociologues et spécialistes vous le diront, les sites extrémistes génèrent de fausses informations qui sont ensuite relayées et partagées sur Internet, souvent en toute innocence. Les citoyens les plus sensibles se retrouvent surexposés du fait des mécanismes liés aux algorithmes et aux principes même de fonctionnement des forums et réseaux sociaux. Ce phénomène baptisé « bulle de filtre » est d’ailleurs sévèrement mis en cause depuis l’élection de Donald Trump. (2)

Ses électeurs se sont ainsi laissés convaincre du danger du terrorisme aux USA, de l’explosion des violences induites par une immigration mexicaine en forte hausse, de l’état déplorable de l’économie dont les chiffres du chômage seraient manipulés, et d’un niveau de criminalité jamais atteint. Problème, aucun de ces faits n’est exact, au contraire. Le taux de chômage, l’immigration mexicaine et le niveau de criminalité atteignaient tous des points bas historiques.

Decodex, fact-checking et journalisme post-vérité

Pour lutter contre ces « mensonges » que Donald Trump perpétuait volontiers lors de ses meetings et interventions télévisés, les Américains ont inventé le « fact checking » (vérification des faits), discipline consistant à corriger les informations circulant sur Internet et les propos des hommes politiques.

Bientôt, nos chers médias emboitèrent le pas de leurs ainés sans se poser la moindre question sur la pertinence de la démarche (nous y reviendrons). Le monde.fr met en avant son équipe des « décodeurs », libération répond avec sa rubrique de « désintox » et Le Figaro déploie son « scan politique ». S’ils permettent de recadrer certaines informations approximatives proférées par les hommes politiques, ou parfois expliquer un sujet complexe en s’appuyant sur des faits concrets, leur existence même pose problème, comme le démontre la dernière invention des  décodeurs  du Monde, le « decodex ».

Cet outil propose de vérifier la source d’une information en entrant l’adresse du site dont elle provient dans le champ prévu à cet effet. Les grands penseurs du Monde.fr nous expliquent alors que certains sites sont fiables, tandis que d’autres sont un peu trop engagés et que certains sont carrément affabulatoires.

La démarche semble d’utilité publique, mais pose nécessairement la question de la légitimité du journal, qui est loin d’être exempt de critiques non plus. En clair, si Le Monde fact-check l’ensemble de ses rivaux, qui fact-checkera Le Monde ?

Rappelons tout d’abord quelques faits, puisqu’il semblerait que cela suffise à apporter un quelconque éclairage. Le Monde est détenu par un groupe de presse possédé par trois milliardaires (Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, Xavier Niel) dont l’un d’eux soutient publiquement Emmanuel Macron (3).

Historiquement ancré au centre gauche, de nombreux observateurs (4) ont depuis longtemps démontré son « glissement » à droite. Bien entendu, c’est son droit. Le problème n’est pas que Le Monde soit de droite, ni même qu’il ait une orientation. Là où l’on bute, c’est lorsque le journal en question prétend ne pas avoir d’opinion (comme l’affirmait sur « arrêt sur image » le responsable de l’équipe des décodeurs) et que, sous couvert de neutralité, il se permette de distribuer les bonnes et mauvaises notes. Ainsi, le décodex nous apprend que Le Monde serait un journal généraliste, donc sans orientation politique :

Les « décodeurs » argumenteront probablement que, si leur rédaction, à travers ses choix éditoriaux et son traitement de l’information, est bel et bien classable « centre droit » et « néolibéral », l’équipe des décodeurs se contente d’énumérer des faits. Comme si les faits, mis bout à bout, pouvaient expliquer quoi que ce soit.

La subjectivité des fact checkeurs

Pour se convaincre de la subjectivité des « décodeurs », il suffit de s’intéresser à leur « décodage » du CETA (5).

Dans une grande clarté, on découvre ce que le CETA contient en quatorze rubriques, allant de l’agriculture aux fameux tribunaux d’arbitrage. Les points de vue nuancés offrent deux angles par thème, ce qui parait objectif. Puis vient le paragraphe « ce que le CETA ne contient pas » dans lequel on note que les OGM et la viande nourrie aux hormones sont interdits d’entrée sur le sol européen ! Ouf !

Seulement, nos habiles décodeurs ont exclu de cette liste non exhaustive d’« absent du traité » les faits suivants, pourtant lourds de conséquences :

  • Le CETA ne contient aucune norme environnementale contraignante
  • Les engagements de la COP21 ne sont pas mentionnés (la commission européenne reconnait que le traité augmentera les rejets de C02)
  • Aucun mécanisme d’harmonisation fiscale n’est présent
  • Aucune norme sociale ni mécanisme de garantie de protection sociale
  • Aucune protection contre l’importation de viandes nourrie aux farines animales et OGM, aucun contrôle sur l’usage des pesticides ou le recours aux antibiotiques activateurs de croissance
  • Pas de protection pour les AOC (le Canada pourra vendre du jambon de Bayonne partout en Europe à condition d’apposer la mention « type » ou « style » par exemple)
  • En cas de nouvelle norme sanitaire contraignante (pour interdire un pesticide par exemple), les multinationales pourront trainer les États en justice pour exiger compensation, jusqu’à vingt ans après la rupture éventuelle du CETA.

Pourtant, il s’agit là de faits tout aussi indiscutables que l’absence d’accord sur l’importation des OGM. Mais en les omettant, donc en décidant de ne pas citer les principaux arguments des opposants au CETA, nous voici rassurés sur les OGM et potentiellement conciliants sur ce traité que soutient, pas le plus grand des hasards, Emmanuel Marcon.

Compte tenu de la non-objectivité avérée des décodeurs, comment s’assurer que leur  décodex ne va pas orienter les lecteurs et ainsi « encadrer » leur pensée dans un sens conforme à la vision du journal, ou de ses actionnaires ? Comment garantir que les points de vue alternatifs à celui du Monde (qui a systématiquement défendu la mondialisation, le libre-échange, la construction européenne, l’Euro, la guerre en Libye et l’intervention en Syrie) ne soient pas automatiquement décrédibilisés ?

On apprend par exemple que le site « les crises » est taxé de peu fiable et conspirationniste, car défendant des thèses pro-russes.

Le Monde relayait lui la ligne anti-russe sur les questions de la Syrie, et a entretenu une vision complètement erronée  du conflit  d’Alep, comme Yves Calvi l’avait reconnu lui-même dans sa propre émission (6).

Non seulement Le Monde n’a pas la légitimité de décider ce que l’on doit lire ou pas, mais en plus il se l’octroie de fait, sous couvert de neutralité, dans un summum de malhonnêteté intellectuelle.

Qui vérifie les fact checkeurs ?

Le lendemain du second tour de la primaire socialiste, l’IFOP sort un sondage miraculeux montrant un transfert presque parfait entre les intentions de vote pour Hamon (qui monte de 9 à 17%) et Mélenchon (qui passe de 15 à 9%). D’un seul coup, le rapport de force s’inverse à gauche et Mélenchon se trouve sommé de rentrer dans le rang. L’enquête est vivement critiquée pour tous les biais qu’elle contient, en particulier par les partisants de la France Insoumise.

Libération, en bon journal social-démocrate, se saisit de cette « intox » et affirme que non, le sondage n’était pas bidon. Il se justifie en citant l’IFOP, ce qui revient à expliquer que Théo n’a pas été victime de la police en se basant sur le témoignage du gardien de la paix accusé de lui avoir enfilé une matraque dans l’anus. L’article fait un tel tollé que Libération décide de reprendre sa propre désintox, en publiant un second démenti affirmant avoir reçu les chiffres bruts du sondage incriminé, sans pour autant les rendre publics ni apporter le moindre éclairage factuel complémentaire… (7).

Une fake news faussement vérifiée dont les conséquences se font encore ressentir. Car forcément, les sondages suivant sont venu confirmer (à la baisse, certes) le revirement produit par l’IFOP, de facon presque mécanique. Ragaillardis par l’inversion de tendance, on comprend bien que les électeurs de gauche tentés par Mélenchon se soient en partie tournés vers Hamon une fois les sondages inversés, contribuant ainsi à l’auto réalisation de la prophétie sondagière. De ce genre de considération les fact checkeurs n’ont cure.

De la même façon, les décodeurs corrigeront-ils Fillon lorsqu’il parlera de « système de sécurité sociale en panne » (sachant que la sécu est à l’équilibre budgétaire et l’assurance maladie sera excédentaire en 2017, dixit le Figaro) ? Seront-ils aussi bienveillants avec Hamon lorsqu’il affirmera que le travail se raréfie ? Ou avec les journalistes qui prétendent sans ciller que les tweets de Donald Trump sauvent des emplois aux USA (8) ?

Non seulement les fact-checkeurs ne sont pas neutres dans leurs explications, mais encore moins dans leurs choix éditoriaux. Et mis à part quelques cow-boys solitaires, personne ne vient les corriger, eux. Et pour cause, le décodex du monde vous expliquerait alors que le site d’où provient la critique est « conspirationniste » et « ne cite pas assez ses sources ».

Les limites du fact checking

Quand bien même les vérifieurs d’information seraient totalement objectifs, leur démarche présente inévitablement de nombreuses failles.

En premier lieu,  il s’agit d’un triste aveu de faiblesse. Les citoyens seraient incapables de discerner le vrai du faux, tandis que les journalistes  détiendraient de la vérité absolue.

L’initiative du décodex est, à ce sens, pathologique. Elle équivaut à insulter ses propres abonnés, dont il suffit de lire les commentaires pour se rendre compte de leur manque d’appréciation de la façon dont leur journal les perçoit  comme « des lecteurs parfois perdus face à la masse d’informations qu’ils peuvent trouver sur le Web ».

Mais accordons un instant le bénéfice du doute pour se pencher sur l’efficacité du fact checking.

Premièrement, aligner des faits privés de leur contexte, au mieux n’explique rien, au pire oriente vers une fausse perception.

De là même façon, lorsque Le Monde cite le porte-parole du FN en titrant « Tous les terroristes sont des immigrés, Philippot se trompe » que pensez-vous que le lecteur égaré retient ? Que Florian Philippot est malhonnête et xénophobe ? Ou alors, plus inconsciemment, le fait que terrorisme est égal à immigration ? Les facts-checkeurs ne se retrouvent-ils pas malgré eux relayeurs des fausses informations qu’ils veulent combattre ?

En réalité, le principal défaut de cette approche reste le fait qu’elle n’adresse d’aucune façon les causes du problème, mais au contraire contribue à l’alimenter.

Pourquoi trouve-t-on autant de « fake news » et surtout, comment-ce fait-il que les populations en colère les gobent aussi allégrement et votent en conséquence ? Ne faudrait-il pas se demander d’abord pourquoi les Français ne sont plus à même de faire la différence entre un immigrant et un terroriste potentiel ? Et d’où provient cette colère qui anime les esprits « perdus » ?

D’après le chercheur au CNRS Frédéric Lordon, ce sont bien les grands médias qui ont contribué, en verrouillant depuis des années le débat d’idée et en véhiculant leur propre vision erronée de la réalité, à mettre en place le terrain propice aux « fake news ». Leurs opinions érigées en dogme absolu se sont pourtant souvent avérées fausses. Sortir de l’Europe est impossible et serait une catastrophe, disaient-ils avant le Brexit. L’intervention en Libye constituait la seule voie raisonnable ? Les politiques d’austérité amèneront la croissance ? Le protectionnisme est irréaliste dans un monde globalisé (mais alors que fait donc l’Amérique ?). On peut allonger la liste à l’infini. Et on comprendra ainsi que le projet du CETA défendu dans leurs colonnes ne trouve plus trop preneur, et que les gens prêtent l’oreille à de nouvelles sources d’information.

Lordon va jusqu’à accuser les médias d’avoir permis, en relayant sans cesse la propagande libérale, la mise en place des politiques économiques (libre-échange, austérité) responsables de cette colère qui anime le peuple et le pousse désormais à croire les « fake news » des sites d’extrême droite. (9)

Bien entendu, le fact checkeur ne se pose pas ce genre de question, trop occupé à distiller le niveau zéro d’analyse politique en allant vérifier auprès de l’IFOP que son sondage n’est pas trafiqué.

À défaut de procéder à une réelle remise en cause, le système médiatique invente les cellules de « vérifieurs de faits » et rétablit la censure, comme le dernier sursaut d’un appareil en voie d’effondrement.

Google et Facebook viennent de mettre en place leurs propres filtres à fake news, tel des « Big Brothers » d’un genre nouveau. Le gouvernement allemand va jusqu’à menacer le réseau social de lourdes amendes en cas de non réactivité face aux calomnies, ce qui provoque l’hilarité des organes de presses néonazies telle que Breitbart, le fameux site pro Trump pourtant spécialiste des faux reportages:

« L’Allemagne menace Facebook de procès parcequ’il n’efface pas assez vite les informations qui déplaisent au gouvernement »

 Interrogé sur la question, le lanceur d’alerte Edward Snowden expliquait que pour lutter contre les « fausses nouvelles », la censure ne pouvait constituer une solution. « Au contraire, ce dont nous avons besoin, c’est davantage de transparence et d’information de qualité ». Précisément ce que les décodeurs du Monde limitent à grand renfort de « décodex ».

Ils ne se rendent probablement pas compte qu’ils contribuent ainsi à alimenter la confusion générale et à repousser les citoyens en quête de « différence » vers la seule alternative visible, celle de l’extrême droite.

La bulle de filtre médiatique

Avec une constante implacable, les éditorialistes s’efforcent de représenter l’offre politique en trois catégories (10). Celle en prise avec « le réel », seule voie politique possible, qui se résume par des choix pragmatiques. On y retrouve l’adhésion inconditionnelle à l’Union européenne, aux politiques d’austérité, au libre échange, à la logique de guerre froide avec la Russie, à l’énergie nucléaire à perpétuité, à l’État d’urgence permanent, à la répression policière nécessairement violente, à la baisse des conditions de travail, à l’ubérisation… L’alternative serait celle des « rêveurs », systématiquement qualifiés d’irréalistes (10). Ceux là même qui osent parler de relance économique, d’énergies renouvelables, de fin des politiques d’austérité, de revenu universel, de légalisation du cannabis, de hausse des salaires, de protectionnisme solidaire, de lute contre l’évasion fiscale et la corruption… Cette seconde voie est marginalisée, comme les sites Internet qui s’en font l’écho, jugés « peu fiables » par le sacro-saint décodex. Alors, le citoyen en mal de différence se rangera du côté de la troisième voie, celle de la haine et de la colère. Au moins, avec le FN au pouvoir, les ventes de Libération et du Monde devraient reprendre des couleurs. Les fascistes font vendre, les gauchistes font peur.

Vigilance démocratique

Dénoncer la censure des fact checkeurs ne suffit malheureusement pas. Les fausses rumeurs sont bien réelles, et inondent de plus en plus Internet. Si les blagues sur les enfants de Fillon amusent 80% des Français (d’après nos chers sondages), ces derniers riront peut être moins lorsqu’ils apprendront que ce genre de gags sont souvent conçus par des groupes d’extrême droite (11) et rependus sur Internet par des militants, voire des algorithmes russes.

Votre candidat sera le prochain sur la liste.

L’Élysée s’en inquiète, et à ainsi convoqué les différents partis à une réunion extraordinaire (seul le FN à curieusement décliné) pour les sensibiliser aux risques de cyber attaques et de manipulations de ce genre (12). De son côté, le directeur du service communication de Macron déplore des tentatives de piratage informatique incessantes (13).

Macron serait homosexuel et Mélenchon un ancien xénophobe. Voilà le genre de calomnies qui circulent désormais sur Internet et sont brandies comme arguments imparables sur les réseaux sociaux. Peut-être que les décodeurs devraient se contenter de lister ces diffamations au lieu de choisir à notre place ce qu’on doit lire et penser ?

Conclusion :

Le décodex du Monde.fr symbolise parfaitement la dérive actuelle des Médias, incapables de faire leur autocritique et réduits à censurer toute pensée allant à l’encontre du « réalisme ». Aveugles aux causes de ce qu’ils prétendent combattre, ils ne se rendent pas compte qu’ils se sont eux-mêmes mués en une incroyable bulle de filtre dont le décodex verrouillerait toute possibilité de sortie. Signe pathologique d’une abdication définitive devant la montée de l’extrême droite dont l’arrivée au pouvoir semble aussi inévitable qu’acceptée. Ces journalistes tentent désespérément de se dédouaner en fact checkant inutilement au lieu de se pencher sur les causes profondes et les alternatives « réelles » à l’arrivée du FN dont tout porte à croire qu’ils souhaitent la victoire.

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Pour aller plus loin, notes et références:

  1. https://www.nytimes.com/2016/12/05/
  2. The Guardian: How technology disrupted the truth 
  3. http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Pierre-Berge-soutient-Macron-et-voit-la-fin-du-PS-1177067
  4. Voir (entre autres) acrimed.org, les articles critiques des médias parut dans Le monde diplomatique, le film « les nouveaux chiens de garde »
  5. http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/18/tout-comprendre-du-ceta
  6. Lire absolument cet article « révisioniste »du Nouvel Obs sur Alep: le courage d’Yves Calvi
  7. La fausse désintox de libération ici et sa critique.
  8. Ce qui est faux comme nous l’avions expliqué dans notre article du 20 janvier, en citant le New York Times.
  9. Lire ce supberbe article de Frédéric Lordon publié par le blog du Monde Diplomatique
  10. Lire cet article passionnant et documenté sur l’assasinat en règle de Benoit Hamon par les éditorialistes
  11. Voir cette enquète hallucinante chez les « trolls » américains visant à faire élire Marine Le Pen
  12. Lire cet article du Figaro reprennant les information du canard enchainé et les déclarations de la DGSE
  13. http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/02/14/

5 réactions au sujet de « Les décodeurs nous intoxiquent »

  1. Sur l’essentiel, je suis en accord avec vous, sauf que vous avez oublié de signaler que la plus grande des censures est celle consistant à ne pas parler, ni en bien, ni en mal, de ce qui gène vraiment.
    ainsi, je me suis amusé, sur mon blog, de recalculer le pourcentage de chômeurs aux U.S.A., à partir du chiffre fournit sur Businessbourse (traduisant des textes en anglais provenant de ce pays), soit 102 millions, par le nombre d’habitants, 324 millions, en retirant 20% de la population n’étant pas en capacité de travailler, ceci en valeur basse.
    J’y ai trouvé 40% de chômeurs, une paille, sauf à ce que ce nombre fourni soit faux, vous voyez le truc.
    D’autant plus que les types qui donnaient ce nombre parlaient, eux, de 27% de chômeurs, cherchez l’erreur.
    Et puis, vous savez, entre des allocataires des minimums sociaux pour chômage longue durée en France ou des travailleurs pauvres, comme dans les pays anglo-saxons, personnellement je ne vois pas réellement de différence pour une économie pérenne: qui achèterait ce surplus la faisant exister si il gagne juste de quoi survivre?
    Ne trouvez-vous pas surprenant que personne n’aborde cela?
    C’est en cela que je dis que la pire des censure est celle où les sujets n’entrant pas dans la ligne d’horizon du large champ narratif de l’époque n’est pas évoqué.
    Mais là, il ne s’agit plus que des seuls médiats mais de l’ensemble de la société et de ses croyances.
    Ah, un conseil, si vous vivez aux U.S.A., quittez au plus vite ce pays ou, au moins, préparez vous y, la violente lutte politique qui s’y joue depuis l’élection de Trump pourrait bien déraper rapidement.
    Vous savez, pour moi, ce mec, plutôt isolationniste voulant se débarrasser de l’U.E., c’est exactement ce qu’il fallait pour la France.
    Ce serait peut-être bien pour cela qu’il en tant détesté ici et là.
    Quand à sa politique intérieur, franchement, ce n’est pas mon problème, même avec son petit coté mussolinien.
    Je le comprends, il veut recentrer son pays sur ses alliés les plus proches, réformer l’empire comme le firent les romains lorsque le leur commençait à vaciller.
    Vous voyez, c’est ça un sujet qui gène, et ça, sans faire intervenir de quelconque complots.

    1. D’accord avec vous sur le problème de ne pas parler de certaines nouvelles (surtout les bonnes).

      Par contre, je ne partage pas votre impression des USA. Sur le chômage, les chiffres officiels font état de 4.5% de chômeurs parmi la population active, en utilisant le même procédé de comptage qu’en France. Bien sûr, les personnes qui ne sont pas inscrites comme demandeurs d’emploi ne sont pas comptées. Mais les services d’impôts (l’IRS) qui collecte automatiquement les données salariales permet de recouper le chiffre du chômage assez bien. Aux USA la protection sociale est dérisoire, s’il existait véritablement 100 millions de chômeurs, cela sauterait aux yeux.

      Mais effectivement le taux de 4.5% cache de très nombreux travailleurs pauvres.

      Sur le dérapage de la situation avec Trump, je suis plus inquiet pour l’Europe qui pourrait rapidement se trouver au milieu d’un confit majeur provoqué par Trump (ou par la politique d’Europe de la Défense) que par les dérapages internes aux USA.

      La lutte politique aux USA est extrêmement calme et minoritaire, et la police à une attitude bien plus calme et mesurée que ce qu’on connait en France.

      En clair en tant que « blanc » aux USA, aucun problème de sécurité. Pour les minorités, la situation est beaucoup moins confortable, entre les crimes raciaux qui ont explosé et la peur chez les latinos de se retrouver expulsé du jour au lendemain, le climat s’est profondément détérioré.

  2. Le Decodex s’inscrit dans une initiative générale des medias traditionnels occidentaux pour faire face aux « fake news » et à leur propagation.

    L’intention serait donc louable puisqu’il s’agirait de rétablir la vérité et de rendre ainsi service aux citoyens en le tenant à distance des mensonges (cf les filtres de Facebook), ou en mettant en lumière certaines contre-vérités (cf le Decodex du Monde).

    Au premier abord, cette idée semble tellement géniale qu’on est en droit de se demander pourquoi personne n’y a pensé plus tôt. A cette remarque on oppose généralement deux arguments :

    D’une part la technologie, qui rend maintenant possible la propagation quasi instantanée des informations par n’importe quel citoyen, et d’autre part l’actualité politique, particulièrement mouvementée en ce moment.

    Le premier argument n’est pas réellement valable puisque internet ne date pas d’hier et que le bouche à oreille existait bien avant internet. La technologie n’est donc que le catalyseur d’un phénomène qui lui préexiste largement.

    Le second argument est plus flou; quelle est donc cette actualité politique qui justifierait la mise en place de nouveaux outils pour lutter contre le mensonge ?

    Samuel Laurent, chef du Decodex, expliquait ainsi sur le plateau d’ASI « qu’il y a urgence, face à Trump et au Brexit ». S’il préfère voir Hillary Clinton élue présidente des Etats-Unis ou les anglais voter pour rester dans l’Union Européenne, cela est son droit le plus strict. Il se trouve qu’une partie des américains et une majorité d’anglais ont une opinion contraire. Il exprime donc ici sa subjectivité et son opinion par rapport à des événements politiques particuliers.

    Or dans la même émission, Samuel Laurent affirme que le journal Le Monde est dépourvu d’idéologie. Dans la charte des Decodeurs, on peut même lire :
    « Nos articles sont construits avant tout autour de faits les plus objectifs possible : statistiques, chiffres, lois, dates, faits, sont notre matériau premier. Nous fournissons des faits, nous ne faisons pas de journalisme spéculatif, nous ne donnons pas notre avis.»

    Ici réside le cœur de la contradiction. Il y a en effet un présupposé subjectif majeur dans l’élaboration du Decodex, car le choix des faits trouve nécessairement sa source dans une certaine subjectivité. En ce qui concerne le Monde, comment se fait-il par example que ce journal n’ait jamais relevé l’élection du neo-nazi Andreï Paroubi à la présidence du parlement ukrainien? Qu’il n’ait jamais relaté le témoignage de Pierre Le Corf, humanitaire français à Alep ? Qu’il n’ait jamais mentionné une seule fois en 9 ans l’existence de l’UPR, parti politique qui compte maintenant plus de 16 000 adhérents ? Comment se fait-il que le Monde, si prompt à dénoncer l’ingérence russe dans les élections américaines, n’ait jamais mentionné l’existence de la French American Foundation, du rôle de Jean Monnet dans la construction européenne, etc? Les « no news » sont peut-être aussi dangereuses pour la démocratie que les « fake news ».

    La deuxième contradiction réside dans le fait qu’en attribuant les bons et les mauvais points à ses concurrents, le Decodex focalise l’attention sur la réputation d’un média, au lieu de se focaliser sur la véracité d’une information donnée. Au lieu de juger une information pour ce qu’elle est, le lecteur est incité à faire preuve de plus ou moins de vigilance en fonction des notations du Decodex, et se détourne alors de l’information en tant que telle au profit de présupposés relevant de l’argument d’autorité. Aujourd’hui par exemple, on peut voir sur Twitter l’équipe d’Emmanuel Macron esquiver une question d’Olivier Berruyer sur le patrimoine de leur champion en évoquant la pastille orange attribuée au site les-crises:
    https://twitter.com/OBerruyer/status/837985270389669888

    On voit donc apparaître assez rapidement la perversion de ce genre d’outil, mais aussi la naïveté et l’incompétence des journalistes qui ont été recrutés pour donner naissance à cet organe Orwellien de la propagande. Il suffit de jeter un coup d’œil rapide au compte twitter de Samuel Laurent ou d’Adrien Sénécat (ancien de Buzz Feed, media de référence dans le milieu journalistique) pour comprendre à qui on a affaire.

    On regrette les propos d’Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde, selon lequel «L’objectivité du journaliste n’existe pas. Il doit plutôt tendre vers une subjectivité désintéressée. C’est au lecteur de faire le tri.»

    En quelques décennies on est passé de cette saine conception du journalisme à l’affirmation d’une fausse objectivité, infantilisante pour les lecteurs et dégradante pour les medias entachés de la fameuse pastille dont la couleur est censée résumer la qualité de leur travail.

    Pour prolonger l’initiative du journal le Monde, je propose de créer le Politicodex. On attribuerait ainsi une couleur à chaque candidat, du blanc le plus pur pour le candidat de la Vérité au noir affreux pour le candidat le plus immonde. Cela faciliterait la vie aux électeurs, et éviterait à nos démocraties bien des écueils, du type Brexit et Trump…

    1. Merci pour cet excellent commentaire. Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que le « : Politicodex » existe déjà plus ou moins… c’est le David Pujadex il me semble, non ?

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