Le 17 novembre, bloquons tout !

Le 17 novembre, bloquons tout !

Oui, exiger une baisse du prix des carburants lorsque la planète est au bord de l’agonie semble criminel. Oui, l’extrême droite et la droite extrême tentent par tous les moyens de récupérer ce mouvement de colère spontanée et « citoyen ».

Faut-il pour autant offrir aux révoltés notre mépris d’individus éclairés et conscients des enjeux environnementaux ? Certainement pas. Seuls des petits bourgeois hors-sol et nos pseudo-élites intellectuelles coupées du monde seraient assez stupides pour ne pas comprendre, reconnaitre, et accompagner cette colère populaire légitime. Car légitime, elle l’est nécessairement.  

Le gouvernement est responsable de la hausse des prix

Pourquoi les prix à la pompe deviennent problématiques ? Parce que le prix du pétrole augmente, imbécile.  Mais pas que. La hausse des taxes est responsable d’un tiers de la flambée des prix (1). Et surtout,  les politiques néolibérales sont directement responsables de la colère des automobilistes.

Depuis des années, les gouvernements tendent à réduire l’offre de transport public au lieu de l’étendre. Depuis des années, les constructeurs automobiles tendent à augmenter la consommation des voitures, au lieu de la diminuer. Depuis des années, le monde rural paye le prix fort de la désindustrialisation, de l’agriculture intensive qui désertifie les campagnes, du recul de la dépense publique qui isole et enclave les territoires, de l’absence de politique du logement qui pousse les classes populaires en dehors des grandes agglomérations.

Pour ces populations, la voiture est rarement une option. Les distances à parcourir augmentent et les salaires diminuent, conséquence de trente ans de politiques néolibérales, de dix ans d’austérité imposée par l’Allemagne, et d’une ouverture inconsidérée des frontières commerciales.

Le gouvernement actuel, avec tout le cynisme et la déconnexion de la réalité qui le caractérise, a d’abord décidé de baisser les salaires et les retraites. Dans le premier cas, au nom de la « compétitivité » avec la réforme du Code du travail. Dans le second, avec la hausse de la CSG, pour payer les baisses d’impôts sur les ultras riches au nom du « ruisselement ». Puis il a décidé de supprimer 8 000 km de lignes ferroviaires avec la fameuse réforme de la SNCF.

Mais ne pouvant pas rester totalement sourd à l’urgence climatique et aux 50 000 morts annuels causés par la pollution atmosphérique, Emmanuel Macron a décidé d’augmenter les taxes sur les carburants. Ce n’est pas une mauvaise politique en soi. C’est une mauvaise politique lorsque le produit de cette taxe sert en majeure partie à réduire les impôts sur les entreprises du CAC40. (2)

On répliquera que cette hausse doit encourager la baisse de la consommation. Mais qui peut réduire sa consommation ? Certainement pas les classes populaires rurales et périurbaines qui n’ont ni les moyens d’acheter une voiture électrique ni la possibilité de prendre des transports en commun qui n’existent plus. Et qui peut supporter la hausse d’un poste de dépense aussi incompressible que le transport ? Surement pas les classes populaires, déjà négativement impactées par la politique fiscale du gouvernement.

Emmanuel Macron est le principal danger qui pèse sur la planète, pas les automobilistes

Cette hausse inconsidérée des taxes sur les carburants est contreproductive du point de vue de l’environnement. Elle n’entraine pas de baisse de la consommation significative, et son produit n’est pas utilisé à accompagner la transition énergétique. Au contraire, son produit finance la mondialisation, à travers les politiques de soutien à la compétitivité des entreprises sur le marché international, dans une logique de libre-échange. (3) Mais surtout, elle rend inaudible à des millions de gens un discours pourtant essentiel, celui de l’écologie politique.

Une bonne taxe viserait d’abord les véhicules les plus consommateurs. Les 4×4 et les pick up trucks américains qui sont en passe de devenir le nouveau produit de consommation de masse imposé par les USA après les SUV. Elle viserait d’abord le transport aérien, en particulier les vols internes qui font concurrence au train. Elle s’attaquerait aux yachts et bateaux de croisière. 

Ensuite, elle servirait à aider les ménages les plus précaires d’un côté, et à financer la transition énergétique de l’autre. Son produit serait investi dans le fret ferroviaire, l’isolation thermique des bâtiments, le développement des transports publics. (4)

Enfin, la solution à la hausse du prix du pétrole n’est pas la suppression des taxes ni les chèques cadeaux, mais la hausse des salaires ! À commencer par le SMIC horaire, qui augmente aux USA, au Portugal et bientôt en Espagne.

Emmanuel Macron et ceux qu’il représente sont incapables de penser une telle politique. Cela reviendrait à renier ce qu’ils portent depuis deux ans, voir trente dans le cas de la classe dirigeante.

Pour le climat et la planète, le principal danger en France, ce ne sont pas les automobilistes, c’est Emmanuel Macron. Lui qui importe massivement de l’huile de palme responsable de la destruction des forêts tropicales, coupe les aides à l’agriculture bio et promeut le libre-échange avec les fermiers brésiliens qui détruisent la forêt amazonienne. Lui qui construit de nouvelles autoroutes inutiles autour de Strasbourg, enterre les déchets nucléaires à Bure contre l’avis des experts, saccage Notre-Dame-des-Landes, vend les aéroports régionaux aux Chinois et privatise les barrages hydrauliques en dépit du bon sens le plus élémentaire. La démission de Nicolas Hulot nous l’a démontré : Macron n’est pas compatible avec l’écologie. C’est un obstacle.

Une formidable occasion de faire tomber le gouvernement

Un blocage du pays serait probablement la meilleure chose qui puisse arriver. Les moments historiques comme celui-là sont trop rares pour être boudés. Ils sont l’occasion de proposer autre chose, de dessiner un nouvel horizon politique. Mais chaque chose en son temps. D’abord on bloque, ensuite, on discute.

Le gouvernement ne tombera probablement pas, à moins d’un miracle qui serait dû à son propre entêtement (une possibilité qui n’est pas totalement à exclure connaissant Emmanuel Macron). Le scénario le plus probable reste celui d’un recul politique, de mesures symboliques qui seront in fine payées par les classes populaires ou classes moyennes (par une hausse d’impôt ailleurs, ou des coupes budgétaires supplémentaires sur la santé et les services publics). Le but du blocage ne doit pas être d’obtenir des politiques sociales, cet objectif est irréaliste dans l’immédiat. Le but est de pousser le gouvernement à la faute, de rendre le pays ingouvernable et la réforme des retraites (qui vise à privatiser le système pour le caler sur le régime américain, excusez du peu) inapplicable. Enfin, il ne faut pas négliger la potentielle prise de conscience des « gilets jaunes » qui seront victimes des violences policières d’habitude réservées aux manifestants, étudiants et syndicalistes. Si on veut souder le peuple, ce genre d’opportunité doit être saisie !

Ne rien céder à l’extrême droite

L’extrême droite (au sens large) cherche à récupérer la colère. Elle avait déjà récupéré la critique de l’Union européenne et s’attaquait récemment au thème des circuits courts et de l’agriculture locale. Allons-nous laisser les biocoops à l’extrême droite ? Certainement pas !

De même, ne lui laissons pas le monopole de la critique d’une taxation injuste et inégalitaire des travailleurs et classes populaires. Emparons-nous du 17 novembre, en espérant qu’on pourra transformer cette colère apolitique en une force positive.

 

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Notes et références:

  1. La hausse des prix à la pompe s’expliquerait pour 1/3 par la hausse des taxes, et 2/3 par les autres facteurs, comme la hausse du prix du pétrole et du taux de change euro/dollars ainsi que des évolutions des marges de raffinages et de la distribution, selon Le Monde
  2. Selon Médiapart, 80% du produit des taxes va au budget de l’État, dont les principales baisses de recette cette année sont dues à la baisse des impôts sur le capital (suppression partielle de l’ISF, Exit Tax et Flat Tax = – 10 milliards) et la baisse des charges sur les entreprises (-40 milliards, dont -20 milliards pour les entreprises cotées en bourse). On peut donc légitimement considérer que la hausse des taxes sur les carburants sert au minimum à enrichir les ultras riches et les entreprises du CAC40 à hauteur de 80%. 
  3. 80% du produit des taxes est dirigé vers les politiques fiscales mentionnées ci-dessus, dans une logique de poursuite du modèle néolibéral. Les bénéficiaires des cadeaux fiscaux n’ont aucun compte à rendre (que ce soit les entreprises ou les particuliers), conformément à l’idéologie néolibérale qui estime que le marché est efficace, y compris en matière écologique. 
  4. Lire à ce propos cet article du journal écologiste Reporterre, qui dénonce la politique environnementale du gouvernement (preuve qu’on peut critiquer la taxe sur les carburants et être écologiste). 

7 réactions au sujet de « Le 17 novembre, bloquons tout ! »

  1. Merci! 🙂

    Tiens, anecdote.
    Une amie retraitée qui vit dans une petite ville de province (25000 habitants) veut prendre le train. Problème, les guichets ont été fermés.
    Elle se rend aux bornes automatiques. Problème, une borne automatique est en panne et l’autre a l’écran tactile qui dysfonctionne.
    Elle appuie sur le bouton pour entrer en contact avec un conseiller SNCF pour résoudre le problème. (nouveau!) problème, le son passe très mal…

    J’écouterais avec joie les conseils de Jupiter sur l’art de ne pas utiliser sa vieille bagnole le jour où il prendra le train, le métro, les bus, les cars et le RER comme tout le monde.

  2. Je suis entièrement d’accord avec cet article qui permet de faire le point .La récupération par les partis politique est classique et sera d’autant plus difficile que nous serons nombreux à manifester le 17 et surtout que nous continuerons le combat

  3. Bonjour, merci pour cet article.

    Est-ce possible de faire en sorte que les notes et références soit indiqués sous forme de liens dans le corps du texte renvoyant en bas de page ?

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