Les enjeux de la primaire socialiste

Les enjeux de la primaire socialiste

Suite au succès indéniable de la primaire de la droite et du centre, du point de vue de la participation comme de la dramaturgie, que doit-on attendre de celle du PS ?

Malgré une configuration historiquement favorable, le PS semble condamné à jouer les spectateurs, voir à disparaitre définitivement de la scène politique française. Les trois débats télévisés offrent une chance de salut à un parti mis à mal par cinq ans de pouvoir, par la dissidence d’Emmanuel Macron et par un virage à droite ayant ouvert un boulevard à la gauche alternative.

Pour comprendre les enjeux, il faut replacer cette élection dans son contexte politique et poser quelques préalables indispensables.

 

1/ La primaire du parti socialiste

Premier constat, cette élection n’est pas la primaire de la gauche, mais celle d’un parti. Pour des raisons évidentes, les quatre candidats principaux sont tous issus du PS. Les écologistes d’EELV et la gauche radicale (PG, PC, LO et NPA) ont refusé d’y souscrire, tout comme les principaux poids lourds que sont Macron et Mélenchon.

Les trois autres candidats qui viennent arbitrer le duel gauche-droite (Valls/ Peillon contre Montebourg/Hamon) n’ont ni le poids politique, ni la différenciation nécessaire pour qu’il soit justifié de parler d’une primaire « de la gauche ».

 

2/ La primaire de l’autre droite

En pressant Emmanuel Macron de participer à cette primaire tout en refusant la candidature de Gérard Filoche, le PS a confirmé qu’il ne pouvait plus être considéré comme un parti de gauche. Ce point de vue difficile à admettre est cependant indispensable à la compréhension globale du jeu politique Français.

Il se justifie par la politique socialiste des dernières décennies. Le glissement s’était amorcé avec le tournant de la rigueur de Mitterand en 1983, pour se poursuivre sous Jospin avec l’abdication devant les forces du marché et de la mondialisation. Mais c’est surtout sous François Hollande que l’ancrage à droite s’est définitivement opéré.

Au cœur de la philosophie du PS, la doctrine économique ne laisse plus de place au doute. « Ce sont les entreprises qui créent l’emploi et la richesse », « les riches et la finance qui permettent l’investissement » et « le chômage est essentiellement imputable aux chômeurs qui s’obstinent à refuser des emplois ». Ces positions sont défendables, là n’est pas notre propos. Le problème tient au fait qu’elles soient généralement défendues par la droite, pas par un parti se réclamant de gauche.

De cette idéologie découle une politique économique de l’offre complètement assumé (CICE, pacte de responsabilité, loi Macron, loi El-Khomri) que le monde diplomatique qualifiait de « suicide incompréhensible ».  La stigmatisation de l’assistanat, les prises de positions pour le patronat (Air France, Ecoplat…) et le refus absolu d’instaurer des contrôles efficaces sur la finance ou de lutter contre les paradis fiscaux ne sont que des conséquences de ce changement idéologique (1).   

Ce basculement se devait d’entrainer des réactions toutes aussi inédites.

La droite à du radicaliser ses postions, ce qui explique l’enthousiasme général des candidats à la primaire à proposer des mesures aussi fortes que la suppression de la durée légale du travail, de l’ISF et de centaine de milliers de fonctionnaires tout en repoussant de 2 à 5 ans la durée de départ à la retraite pour financer des baisses d’impôts aux entreprises et la construction de nouvelles prisons.

De l’autre côté, les partis à gauche du PS ont refusé de participer à une primaire qui s’organisait pour rassembler autour de François Hollande. Quant au PS lui-même, il menace d’imploser, tiraillé entre la vision libérale de Valls et les frondeurs de son aile gauche.

 

3/ Trois grands absents

La primaire de la belle alliance fut vidée de son sens par la désaffection des trois candidats principaux.

Tout d’abord, celui pour qui elle avait été instaurée si tardivement : François Hollande. Son obstination initiale à se présenter avait fait le jeu  des candidatures dissidentes (Montebourg et Hamon en tête) tout en écartant les candidats non affilié au PS.

Forcé par le calendrier à battre campagne hors du cadre de cette primaire, il devenait difficile à Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon d’accepter de participer à un exercice qui risquait de mettre à mal la cohérence de leurs démarches. De par sa grande proximité idéologique avec l’aile droite du PS, le leader du mouvement En Marche aurait pu accepter de s’y soumettre. Il a préféré faire le pari du fiasco de cette primaire pour mieux en récupérer les miettes. En ce qui concerne Mélenchon, les différences qui le séparent du PS, y compris de son aile gauche, rendaient toute participation compliquée.

4/ Les enjeux de la primaire de la belle alliance populaire

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les enjeux de cette primaire vont au-delà de la simple survie du parti socialiste.

Les plus optimistes argumenteront que le PS n’a pas encore perdu la présidentielle et qu’une forte participation pourrait créer un élan d’enthousiasme. Cependant, compte tenu de la progression soutenue de Macron à droite et  de Mélenchon à gauche, force est de constater que le vainqueur de cette primaire sera probablement contraint de proposer une alliance, voire de prêter allégeance à l’un ou l’autre des poids lourds de la gauche.

En clair, si Valls (ou Peillon) l’emporte, le PS confirmera son ancrage à droite et devrait logiquement se ranger derrière Macron, à moins que par calcul politique ou jeu d’ego, il ne préfère décider consciemment de faire perdre la gauche.

Inversement, une victoire de Montebourg ou Hamon permettrait de réconcilier le parti socialiste avec la gauche française, ces deux candidats ayant déjà indiqués vouloir se rapprocher de Jadot et Mélenchon pour proposer une candidature unique.

De ce fait, le niveau de participation et le nom du vainqueur aura des conséquences importantes sur la suite de la vie politique Française, et probablement sur le nom du futur président de la république.

Dernier point, les trois débats télévisés vont offrir une tribune médiatique inestimable aux candidats. L’occasion de déplacer le débat politique vers la gauche et de faire valoir des idées nouvelles, comme le revenu universel.

 

5/ Deux camps, sept candidats

A droite toute ! ou retour à gauche, voilà la vraie question qui se pose aux électeurs socialistes. Pour y répondre, quatre candidats orienteront vraisemblablement les débats.

D’un côté, Valls et Peillon. Dépositaires de l’héritage du gouvernement, ils peuvent se targuer de quelques succès comme la baisse du chômage, la restauration des marges des entreprises et la réduction des déficits. Ceux-là ont pour mission de réconcilier la gauche et de la rassembler. Problème, l’un se vante d’avoir fait valider son programme par le FMI et la Commission Européenne (Peillon), tandis que l’autre a jadis qualifié son camp d’irréconciliable (Manuel Vals) et se retrouve désormais contraint à  un volte-face surprenant. Ce qui le conduit, par exemple, à se prononcer contre le 49-3, article auquel il avait eu recours à six reprises en tant que premier ministre.

Malgré sa poussée schizophrénique, Manuel Valls reste le favori pour une raison simple : il bénéficie d’un réel charisme et d’une image autoritaire. Des attributs appréciables pour un potentiel futur chef d’état.

En face, deux « frondeurs » : A. Montebourg et B. Hamon.

Tous deux incarnent ce qui reste d’idée de gauche au PS, dans des styles différents. Benoit Hamon a fait le choix astucieux de défendre l’instauration d’un revenu universel,  ce qui lui  permet de bénéficier d’une couverture médiatique conséquente. Cette initiative présente le mérite de redonner de la visibilité à cette primaire, mais masque les vrais enjeux.

Arnaud Montebourg a pour lui ses qualités d’orateur et un score très élevé lors de la primaire de 2012. Sa ligne n’a pas réellement bougée : il fustige les politiques d’austérité, la mondialisation et la finance. Seul hic, son passage au gouvernement risque de nuire à son image et à sa crédibilité.

Dernier volet, les candidats non affiliés au PS. On compte une femme issue du parti radical de gauche, très proche du PS, un dissident écologiste et un héritier du mouvement de Jean Pierre Chevènement. Aucun n’apporte d’offre politique radicalement différente ni ne conteste sérieusement la politique du gouvernement, à l’inverse des recalés tels que Gérard Filoche.

6/ La gauche peut-elle gagner ?

La question mérite réellement d’être posée. A moins d’une participation massive se traduisant par le plébiscite d’un candidat, on imagine mal le vainqueur capable de fédérer la gauche Française derrière lui.

Reste l’hypothèse d’une alliance. Selon les derniers sondages, l’addition des voix de Macron et Valls propulserait leur candidature en tête au second tour avec une marge de plus de 5%.

Dans le cas d’un regroupement Montebourg/Jadot sous la bannière Mélenchon, les chances de présence de la gauche au second tour seraient également très importantes. Avec le report des voix, Mélenchon arriverait en première position dans un mouchoir de poche.

Bien que ces sondages ne soient pas réellement significatifs, ils montrent que la victoire de la « gauche » à la présidentielle reste tout à fait envisageable, à condition que le vainqueur de la primaire soit disposé à prendre ses responsabilités.

Notes et références:

(1):  On citera le soutient au gouvernement Irlandais qui refuse d’accepter les 13 milliards d’euros d’amende qu’il devrait recevoir de la part d’Apple pour optimisation fiscale illégale: http://www.liberation.fr/debats/2017/01/08/lutter-contre-l-evasion-fiscale-serieusement_1539969

Dossier des échos, pour un apercu rapide des programmes:

http://www.lesechos.fr/politique-societe/dossiers/0211047301382/0211047301382-presidentielle-2017-la-primaire-a-gauche-2007993.php


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