Faut-il voter à la primaire de la gauche (et pour qui ) ?

Faut-il voter à la primaire de la gauche (et pour qui ) ?

Trop occupés à alimenter la bulle Macron, les journalistes et éditorialistes boudent largement cette primaire. Pourtant, elle mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour les problématiques de fonds qu’elle soulève. Après avoir traité de la primaire de la droite et analysé les choix possibles, il est temps de revenir sur la primaire socialiste. Et de répondre à deux questions essentielles : faut-il voter, et pour qui ?

1) Les principales positions des candidats à la primaire

Le problème principal de cette primaire tient à son cadre. Elle était conçue pour propulser la candidature de François Hollande. En son absence, elle perd l’essentiel de son sens. Les cinq anciens ministres du gouvernement qui la composent bénéficient d’un capital de crédibilité très restreint. D’un côté, Manuel Valls surjoue les rassembleurs après nous avoir expliqué qu’il existait deux gauches irréconciliables, de l’autre les frondeurs fustigent l’héritage d’un gouvernement qu’ils auront pourtant défendu jusqu’au bout (1). Dans ces conditions, difficile d’accorder à l’un ou l’autre des candidats le bénéfice du doute.

Et dans un sens, c’est dommage. Les enjeux et les idées débattues lors de cette primaire sont en réalité essentiels et, à ce titre, le troisième débat s’est révélé intéressant. Qu’en retenir ?

Les principales convergences des candidats :

  • La défense de la sécurité sociale et l’investissement dans l’éducation sont défendus unilatéralement, marquant une différence profonde avec le projet de société de François Fillon.
  • Tous s’opposent à la solution russe sur la Syrie (maintient de Bachar au pouvoir), sont partisans d’une ligne dure face à Poutine et d’un réarmement de l’Europe. Certains vont jusqu’à souhaiter une alliance militaire avec l’Allemagne et la Pologne.
  • L’harmonisation fiscale et le protectionnisme basé sur les normes sociales et environnementales sont défendus par tous les candidats, bien que les moyens avancés pour y parvenir soient différents (respect du pacte budgétaire ou bras de fer avec l’Allemagne).
  • De nombreux défauts de la construction européenne (traités de libre échange, corruption, lobbyisme, absence de protectionnisme européen, concurrence faussée des travailleurs détachés, paradis fiscaux, normes sanitaires, OGM…) sont dénoncés vivement. Sans pour autant remettre en question l’Union Européenne. Certains veulent de nouveaux traités, sans envisager une sortie de l’UE en cas d’échec des négociations, et tout en appelant à une Europe de la défense. Ce qui démontre le manque de cohérence des positionnements.

 

Les principales divergences :

  • Sur l’économie, Valls et Peillon défendent la politique de l’offre (soutien aux entreprises, fluidisation du marché du travail et austérité budgétaire). Montebourg et Hamon y opposent une politique de relance par l’investissement, un soutien au pouvoir d’achat et l’abrogation de la loi travail.
  • Sur l’écologie, seul Hamon et les écologistes (De Rugy, Bennhamias) considèrent réellement l’écologie comme un levier majeur de croissance.
  • Sur la politique budgétaire, Hamon et surtout Montebourg remettent en cause la politique d’austérité, rejoignant les thèses soutenues par la plupart des économistes : pour rembourser la dette, il faut d’abord investir pour relancer l’économie. Les autres partent du principe qu’on peut relancer l’économie par de l’austérité budgétaire (le contraire de la position du FMI) et que cette austérité budgétaire est nécessaire pour ensuite obtenir de l’Allemagne des plans de relance et une harmonisation fiscale.
  • Sur l’emploi, Hamon oppose à la valeur travail le revenu universel comme source d’émancipation.

On retient donc des désaccords profonds sur la politique économique et le rôle de l’Europe, mais une ligne claire sur la défense du modèle social et l’opposition belliqueuse à la Russie.

Dans cette jungle, Vincent Peillon ressort comme le candidat le plus à même de faire la synthèse et de proposer des positions cohérentes.

2) Faut-il voter à la primaire socialiste ?

Pour les électeurs de sensibilité de droite, la question ne devrait pas se poser. Pourquoi venir au secours du PS en lui donnant de l’argent et de la crédibilité politique ? Certes, de nombreux électeurs de gauche se sont invités à la primaire de la droite, mais les circonstances étaient différentes. Il s’agissait de choisir le favori de la présidentielle et dans une large mesure un candidat qu’ils seraient probablement appelés à soutenir au second tour pour faire barrage à Marine Le Pen.

Reste l’argument du calcul politique. Voter pourrait donner du poids au vainqueur et diviser la gauche.

Mais ce genre de pari est risqué, en plus d’être relativement immoral. Il peut produire l’inverse des effets recherchés, par exemple en créant une dynamique de rassemblement à gauche ou en poussant Fillon à se radicaliser davantage.

Par contre, les électeurs de gauche sont devant un vrai dilemme.

Voter à la primaire revient à cautionner une logique particulièrement contestable et méprisante vis-à-vis des électeurs. Un système qui visait à faire réélire Hollande, et qui a tout fait pour écarter des personnalités comme Gérard Filoche pour les remplacer par trois candidats complètement inutiles. D’où cette question : la gigantesque mascarade de cette primaire mérite-t-elle votre soutien ?

De plus, une faible participation augmente les chances d’assister à un ralliement derrière Macron ou Mélenchon. Or, une alliance avec l’un d’eux est indispensable à la victoire finale.

Seul problème, cela risque également de valider la dynamique de marginalisation médiatique des opinions de gauche et de cautionner le glissement libéral de la société française.

Enfin, ne pas voter profite avant tout à Manuel Valls, candidat bénéficiant d’un socle solide de fidèles du PS. Les électeurs « de gauche » seront donc tentés d’aller soutenir un candidat frondeur afin d’éviter le basculement définitif de « la gauche de gouvernement » à droite de l’échiquier politique.

3) Pour quel candidat voter à la primaire ?

La principale question qui se pose est la suivante : de quelle gauche voulez-vous ? Préférez-vous un rapprochement potentiel avec Macron, ou bien Mélenchon ? Et au-delà, dans quelle ligne politique vous retrouvez-vous ?

Crédit image: Libération.fr

Pourquoi voter Manuel Valls ?

En réalité, il n’y a aucune raison objective de voter Valls. Aucune. Non seulement l’ancien premier ministre n’est pas de gauche et s’est décrédibilisé en essayant de faire semblant de l’être, mais en plus ses positions politiques sont déjà représentées par Macron (sur le plan économique et social) et Fillon (sur le plan sécuritaire). À moins de cautionner la guerre militaire à la Russie et la guerre économique à Donald Trump, seule la sympathie peut justifier de voter Valls au premier tour.

Pourquoi voter pour un petit candidat ?

De Rugy a réalisé la prouesse de laisser Benoit Hamon parler d’écologie à sa place. Quant à Pinel et Bennhamias, ils auront totalisé plus d’une heure trente de prime time pour se contenter de jouer la comédie du « moi président » et défendre des mesurettes qui ne seront jamais appliquées. Un temps qui aurait été bien mieux utilisé à élever le débat ou critiquer la droite et le FN. Carton rouge pour les « petits candidats ».

Pourquoi voter Peillon ?

Il suffit de l’écouter parler à l’émission On n’est pas couché du 7 janvier pour se rendre compte de sa qualité intellectuelle et morale. Nous pouvons être en désaccord sur les réponses qu’il propose, mais force est de constater qu’il ne joue pas à un jeu politique quelconque. Seul homme réalisant une synthèse (difficile) entre Valls et les frondeurs, il constitue un choix acceptable pour envoyer un message positif : halte à la politique spectacle, halte à la division.

Pourquoi voter Montebourg ?

Le vote Montebourg, comme le vote Hamon, permet d’espérer un rapprochement avec Mélenchon, tout en déplaçant la ligne du parti vers la gauche. Montebourg a pour lui une critique plus efficace des politiques d’austérité, une réelle volonté d’appliquer les recommandations des économistes pour relancer l’emploi et un verbe (parfois) efficace. Sauf que ces beaux élans contre les puissants sonnent un peu creux comparés à ses actions de soutien au gouvernement. Un vote Montebourg reste défendable, mais les socialistes de gauche lui préfèreront surement Benoit Hamon, dont les aptitudes au rassemblement semblent plus prometteuses.

Pourquoi voter Hamon ?

Comme pour Montebourg, le vote Hamon est un pari pour le rapprochement avec Mélenchon et un soutien à la ligne gauche du PS. Il semble avoir des positions plus proches du candidat de la France Insoumise : une place importante à l’écologie, la sortie progressive du Nucléaire, la réforme fiscale et plus anecdotique, la dépénalisation du cannabis.

Son principal défaut provient de son atout : le revenu universel. Incapable de mentionner sa réforme fiscale comme moteur de financement, Benoit Hamon peine à défendre sa proposition phare. Cependant, dans l’optique d’une alliance avec Mélenchon, c’est une bonne nouvelle. En clair, Benoit Hamon présente des idées audacieuses qui génèrent de l’intérêt, mais manque de poids et sera ainsi plus susceptible de rejoindre Mélenchon.

Conclusion :

Partisans de la ligne « Macron », votez Peillon. Partisans d’une ligne « de gauche », votez Hamon, dans l’optique d’un regroupement avec Mélenchon.

(1): voire cette excellente vidéo de la chaine Osons Causer.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *