Pour ou contre le revenu universel ?

Pour ou contre le revenu universel ?

Un revenu versé à tous, sans aucune contrepartie, tout au long de notre vie. Le concept a de quoi séduire. La Finlande va le mettre en place, les Pays-Bas démarrent une phase de test tandis que l’idée fait son chemin aux États-Unis. En France, il s’impose dans le débat public à travers la candidature de Benoit Hamon, entre autres.

Le sujet est complexe et divise, y compris chez ses défenseurs. Même son appellation, salaire à vie, revenu universel, de base ou garanti fait débat.

Afin d’y voir plus clair, voici les principales notions à retenir, les arguments pour ou contre, ainsi qu’une explication détaillée de ses deux formes les plus abouties : le Liber et le Salaire à Vie. Le tout présenté sous forme d’une FAQ.

# Quels sont les grands principes du revenu universel ?

Les libéraux et les socialistes s’accordent sur certains points qui permettent de définir les bases du revenu universel.

1) Il est versé à tous les citoyens (universalité), durant toute la durée de la vie adulte

2) Ce versement mensuel est perçu sans aucune contrepartie ni condition, à l’exception de la citoyenneté (inconditionnalité).

3) Les salaires éventuels et autres sources de revenus viennent s’ajouter au revenu universel sans le diminuer (incompressibilité).

4) Il est distribué par l’État et financé par la collectivité, sous des formes diverses selon les auteurs.

# Peut-on le financer ?

La notion selon laquelle le revenu universel ne sera pas finançable constitue le principal argument de ses détracteurs.

Autant tordre le cou d’entrée à cette idée reçue. Le revenu universel est finançable sans aucune difficulté majeure. Pour s’en convaincre, examinons les chiffres.

Ce dont on dispose pour le financer :

Le diagramme suivant montre les différentes parts du gâteau économique : 2200 milliards de PIB, dont 880 sont prélevés par l’État sous forme d’impôts et de cotisations sociales (1)

Source: Piketty et al, INSEE (1)

Ce que ça coûte :

  • 310 milliards par an, dans l’hypothèse basse d’un revenu de 530€ par mois (ce qui correspondrait au montant maximal du RSA) versé à tous les adultes français
  • 600 milliards pour une hypothèse haute qui chercherait à placer ce revenu à un niveau proche du SMIC (1.000 €).
  • Sur la base du RSA, le mouvement français pour le revenu de base (MFRB) propose un chiffrement plus optimiste en excluant certaines catégories d’individus bénéficiants déjà d’une forme de revenu de base, pour arriver à un cout net total de 180 milliards « seulement », comme le montre le tableau suivant :
Source: MFRB

Donc, première constatation, les montants en jeu ne sont pas irréalistes. En renonçant à certaines prestations, il serait tout à fait possible de financer un revenu universel situé entre le RSA et le SMIC pour tous les Français, sans augmenter les impôts.

 

 

# Comment le finance-t-on ?

Tout dépend des objectifs fixés et du montant choisi. Il existe trois pistes principales :

La première consiste à le financer au détriment d’autres prestations. La suppression du RSA, bourses étudiantes et autres allocations éventuelles, combinée aux économies réalisées par l’importante simplification administrative, permettrait de dégager des sommes conséquentes (20 à 30 milliards).

Le reste serait financé par des taxes supplémentaires ou transferts de ressources de l’État. C’est, dans les grandes lignes, la voie retenue par la Finlande. Cette approche permet de fournir un revenu universel de faible montant sans trop bousculer les équilibres de la société.

Une proposition plus ambitieuse et très bien documentée, sur laquelle on reviendra, provient du think-tank Génération Libre. Il finance son RU à travers un impôt à assiette large, sans augmenter le taux de prélèvement global.

Seconde option, en plus des économies de fonctionnement et la suppression de certaines prestations sociales, on augmente les impôts. C’est la solution retenue par Benoit Hamon. Avec l’avantage d’autoriser un montant supérieur au RSA. Les options de financement sont encore floues, cependant de nombreuses études et propositions ont été formulées à travers le monde (2). Par exemple, augmenter les impôts sur les revenus du capital, augmenter la TVA sur les produits de luxe, taxer les transactions financières, le travail des machines, rapatrier les 80 milliards de fraude fiscale (l’Argentine vient de récupérer 70 milliards en un an (3))… En clair, prendre l’argent là où il est : sur les hauts salaires et les revenus du capital.

La troisième voie consiste à le financer à travers des cotisations sociales étendues à une large part des domaines d’activité. Elle se base sur le modèle d’organisation du secteur de la santé (qui représente 10% du PIB et paye des salaires à vie à ses employés via la cotisation sociale). L’économiste Bernard Friot propose le système le plus abouti, sur lequel nous reviendrons également.

# Les Français arrêteraient-ils de travailler ?

Après la question du financement, l’objection la plus courante consiste à dire « qu’à payer les gens à rester les bras croisés, on va créer une société d’assistés »

Disons-le clairement, les gens qui partagent ce point de vue sont soit malhonnêtes, soit mal informés.

Premièrement, toutes les études et expériences faites à petite échelle (en Inde, aux États-Unis, en Namibie) attestent du même constat : les bénéficiaires du RU travaillent plus et entreprennent plus. En particulier dans le cas des individus ne possédant pas d’emploi au départ. Les jeunes prolongent leur études, les chômeurs se transforment en entrepreneurs… seuls les jeunes parents tendent à rester chez eux pour s’occuper de leurs enfants.

Plus proche de nous, le cas des retraités illustre à merveille ce constat. En effet, on observe chez les bénéficiaires de cette forme de « salaire à vie » une explosion de leur activité. Que ce soit à travers des associations, des entreprises personnelles, des ONG ou plus simplement en aidant leurs proches gratuitement. Pourtant, les retraités ont durement gagné le droit de ne rien faire…

Certains détracteurs argumenteront que c’est par le travail que l’on s’accomplit en tant qu’individu, et que le décourager est profondément immoral.

Pourtant, croire que le découpeur de filet droit de poulet (4) qui travail de nuit dans un abattoir a besoin de son emploi pour se réaliser pleinement en tant qu’être humain est une farce à laquelle personne ne peut sérieusement accorder crédit.

Comme les retraités le démontrent chaque jour, il existe des possibilités infinies de se sentir utile à la société et de pratiquer une activité valorisante.

De plus, si d’aventure notre découpeur de poulet aime à ce point son travail, il aura tout intérêt à le poursuivre puisque son salaire viendra s’ajouter au revenu garanti.

Donc non, le revenu universel n’empêche pas le travail, au contraire, il le favorise et permet de mettre en place de nombreux cercles vertueux (5). Si vous en doutez, posez-vous cette simple question : avec 500 à 1.000€ par mois de revenu garanti, allez-vous vraiment décider de passer le reste de vos jours sur votre canapé ?

# D’où provient l’idée du revenu universel ?

Pour les libéraux, le principal objectif est de lutter contre la grande pauvreté tout en évitant l’écueil de l’assistanat, en donnant à chaque individu la possibilité de jouir comme bon lui semble de son revenu. On se retrouve dans une logique de responsabilisation du citoyen et de simplification bureaucratique, mais en aucun cas dans une perspective de lutte contre les inégalités.

Pour les auteurs de gauche, le revenu universel permet (en plus des avantages cités plus haut) de s’affranchir de la nécessité de travailler et ainsi résoudre le problème du chômage en déconnectant le travail de la survie économique. Bien entendu, pour que cet objectif soit réalisable, il requiert un revenu universel d’un montant plus élevé que le RSA.

Deux constats remettent cette idée au goût du jour :

Premièrement les aides sociales, en particulier pour les plus pauvres, sont devenues extrêmement bureaucratiques, complexes, inefficaces et couteuses à mettre en place. Elles ont échoué à atteindre leurs principaux objectifs de lutte contre la grande pauvreté et de réinsertion dans la vie active.

Deuxièmement, le chômage de masse semble inévitable et voué à augmenter avec la robotisation et la numérisation de la société. Sans oublier l’ubérisation de l’économie qui augmente la précarité et tend à exercer une pression à la baisse sur les salaires.

# Un revenu universel pour faire quoi ?

Tout dépend du mode de financement et du montant attribué.

Dans l’hypothèse basse (530 euros), le RU permet essentiellement de lutter contre la grande pauvreté de manière plus efficace que le RSA car, contrairement à ce dernier, il serait perçu systématiquement et sans avoir à effectuer de démarches pour le débloquer et le conserver. Or, seuls 60% des ayants droit aux minimas sociaux de type RSA en font actuellement la demande. La faute, en partie, à la complexité administrative.

Ce revenu permettrait également d’annuler les effets de seuil (plus communément appelé assistanat). Bien que l’impact de ces seuils fasse débat (seulement 1% des chômeurs refuseraient des emplois à cause des effets de seuil selon Wikipedia), le revenu universel représente un mécanisme simple qui permet de tordre le cou une bonne fois pour toutes aux préjugés de type « tous des assistés ».

Au-delà de ces premiers objectifs, le RU permettrait de soulager les effets de la précarité, ce qui explique pourquoi cette idée séduit les grandes firmes technologiques californiennes (6), Uber en tête.

Dans l’hypothèse haute (un revenu universel au moins égal au seuil de pauvreté, soit 840 euros), les effets les plus vertueux devraient commencer à se faire ressentir.

En particulier, un RU élevé redéfinit profondément le rapport de force travail/capital, à condition de conserver le niveau actuel du SMIC.

Il sera alors de plus en plus difficile de faire accepter des conditions de travail déplorables aux employés. Les tâches les plus pénibles seraient ainsi mieux rémunérées et la satisfaction au travail deviendra une priorité pour les employeurs, ce qui aura pour effet probable une hausse significative de la productivité, voire un partage naturel du temps de travail avec la multiplication des temps partiels et plus simplement une amélioration significative du bien-être de la société.

La réorganisation du travail pourrait également entrainer la disparition de nombreux emplois avilissants (les bullshit jobs), tout en favorisant la mutation de l’économie vers un modèle plus écologique et soutenable.

Un dernier argument majeur concerne l’égalité homme-femme. Bien que l’écart se réduise, les femmes gagnent toujours moins d’argent que les hommes et réalisent plus de tâches ménagères. Une des raisons de l’écart de salaire constaté, selon des associations féministes, tiendrait dans le regard que l’on porte au travail des femmes. Le fait qu’elles travaillent gratuitement à la maison lorsqu’elles s’occupent des enfants et des tâches ménagères expliquerait en partie pourquoi les professions équivalentes (aide à la personne, santé, éducation, ménage) seraient sous-évaluées. Or, les femmes occupent ces professions dans des proportions écrasantes. Le revenu universel serait un facteur d’égalité, permettrait de mieux reconnaitre le travail domestique et de donner plus de pouvoir de négociation salariale aux femmes.

# Quels sont les principaux avantages du revenu universel ?

Nous en avons déjà fait plus ou moins le tour, mais rappelons les principaux ici :

  • Éliminer la très grande pauvreté (530€/mois), voir la pauvreté tout court (840€/mois et plus)
  • Éliminer les effets de seuil (assistanat) qui empêcheraient les chômeurs de revenir sur le marché du travail
  • Réduire les inégalités homme-femme
  • Réduire le coût administratif et la violence bureaucratique des systèmes actuels (simplification des aides)
  • Pallier au problème de précarisation et d’ubérisation du marché du travail
  • Réduire les inégalités économiques (à condition d’introduire un RU conséquent)
  • Libérer les travailleurs du marché de l’emploi
  • Favoriser l’éducation, les longues études, l’entrepreneuriat, l’économie de partage, l’agriculture durable, les circuits courts…
  • Augmenter la productivité et le bien-être
  • Réduire les conséquences du chômage et de la pauvreté (criminalité, radicalisation, exclusion, troubles psychologiques…)
  • Supprimer le problème du chômage (dans le cas d’un RU élevé)
  • Accompagner la transition écologique

 

 

# Quels sont les principaux arguments contre le revenu universel ?

Devant autant de bénéfices, il semble difficile de s’opposer au revenu universel, ou du moins à l’une de ses formes. Pourtant les arguments ne manquent pas. Certains sont pertinents, d’autres ne sont clairement que le fruit de préjugés, de l’ignorance, ou d’une malhonnêteté suspecte.

Au rang des « faux arguments », on retrouve donc :

  • Le problème du financement (qui, on l’a vu, ne résiste pas à l’épreuve des chiffres).
  • Le problème moral (il ne faut pas payer les gens à ne rien faire). Puisqu’il a été maintes fois prouvé que les bénéficiaires d’un revenu universel contribuent PLUS à la société, et non pas moins, cet argument ne tient pas. Il n’est donc pas nécessaire d’y opposer un argument lui aussi de nature morale du type « ce n’est pas juste de ne payer que neuf euros de l’heure un ouvrier qui se ruine la santé».
  • Le problème de la productivité (les gens vont moins travailler, donc l’économie va s’effondrer… ). Encore une fois, les expériences tendent à montrer le contraire : une augmentation de l’activité économique.
  • Le problème philosophique d’abdication face au chômage (la priorité ce n’est pas de subventionner les chômeurs, mais de revenir au plein emploi). Il faut en réalité être prisonnier d’un certain idéalisme pour refuser de voir que la bataille pour l’emploi est, à terme, perdue d’avance. La cause est bien identifiée : l’automatisation et le progrès technique. Nous détaillerons ce point capital séparément.
  • Le problème de l’immigration illégale : une confusion de plus car le RU serait réservé aux citoyens français et viendrait essentiellement remplacer les aides sociales existantes.

Il reste cependant un grand nombre d’arguments valides qu’il faut absolument prendre en compte.

Le principal provient (ironiquement) de la gauche et concerne le risque d’augmentation des inégalités et d’aliénation face au travail (tout le contraire de l’effet soi-disant recherché).

En clair, verser 530€ par mois à tous les Français risque d’équivaloir à une gigantesque subvention aux entreprises. En effet, la précarisation du travail sera de plus en plus facile, et en particulier l’ubérisation (qui transforme, par exemple, des chauffeurs de taxi salariés bénéficiant d’un salaire minimum garanti, de la protection du Code du travail et de l’ensemble des protections sociales en auto-entrepreneurs sans garanties ni protections).

Le fait de pallier au chômage de masse et à la précarisation, conséquences du capitalisme moderne, par une subvention aux plus pauvres afin de les maintenir en vie peut apparaître comme une « roue de secours » du capitalisme, une façon de sauver le système sans en remettre en cause les mécanismes profonds.

Cela pourrait également faire pression sur les salaires à la baisse. Si on conserve le SMIC au niveau actuel, cette baisse pourrait très bien se répercuter sur tous les rémunérations dépassant le SMIC. On y répondra que les salaires sont (en théorie) le fruit d’une négociation et que le revenu universel donnerait, au contraire, plus de pouvoir aux salariés.

La question du financement : qui paye ?

Si le revenu universel se finance aisément, reste à savoir par qui et aux dépens de quoi ? On comprend bien que ponctionner entre 200 et 600 milliards dans le budget de la collectivité va nécessairement entrainer des regrets. À moins d’augmenter d’autant les impôts, ce qui pose le problème de la fameuse compétitivité de l’économie. Instaurer un RU pourrait donc conduire à se tirer une énorme balle dans le pied pour pas grand-chose.

Les principaux effets recherchés ne nécessitent pas de verser 530€ à tous les Français, en particulier à ceux (de plus en plus nombreux) redevables de l’ISF.

Une remise à plat de l’impôt (tel que proposé par T.Piketty) combinée à un crédit d’impôt qui se matérialiserait sous la forme d’un revenu automatique aux plus pauvres (proche de ce qu’avance Génération Libre) serait bien plus efficace pour réaliser les trois premiers objectifs du revenu de base : la fin de la grande pauvreté, de l’assistanat et de l’absurdité bureaucratique.

Suivant cette même logique, la fusion des impôts sur les revenus du travail et du capital (cf. Piketty) associée à une progressivité plus franche de cet impôt permettrait aisément de lutter contre l’explosion des inégalités.

C’est pourquoi des candidats comme Mélenchon préfèrent au revenu universel une valorisation des salaires, une refonte des aides sociales et une plus grande progressivité de l’impôt pour financer tout cela.

Moins virulentes, les critiques de droite mettent essentiellement l’accent sur les problèmes de financement et de compétitivité. En particulier, la proposition particulièrement aboutie de Bernard Friot déclenche généralement des torrents de critiques (7). On pourrait les résumer en une phrase : « vous allez tuer l’investissement ! ». Comme on le verra, monsieur Friot à une réponse intéressante à cela.

# L’emploi va-t-il diminuer du fait du progrès technologique ?

De nombreux promoteurs du revenu universel s’appuient sur l’idée selon laquelle le progrès technologique va détruire de plus en plus d’emplois. C’est un vaste sujet, mais pour résumer on retiendra les choses suivantes :

  • Dans l’industrie, le nombre d’emplois diminue de façon unilatérale. Y compris en Allemagne où l’augmentation de la production industrielle n’a pas empêché la baisse des emplois :

  • Le fameux argument « il faut bien que quelqu’un fabrique les machines » ne tient pas, puisque c’est l’ensemble des emplois industriels qui diminue tandis que la production augmente. En clair, les emplois créés pour s’occuper des machines ne compensent pas les emplois supprimés par les machines.
  • Les rares pays étant actuellement en situation de quasi-plein emploi y sont parvenus au prix d’une explosion considérable des inégalités (Angleterre et USA). Même le plein emploi allemand apparaît comme une situation non soutenable (car s’effectuant au détriment d’autres pays) et au prix d’une baisse effective des salaires et d’une augmentation de la pauvreté (7)
  • L’intelligence artificielle et ses conséquences sur l’emploi se retrouve au cœur des préoccupations des scientifiques et spécialistes de ces questions.

Quelques exemples permettent de se convaincre de l’imminence d’une révolution technologique.

Les voitures complètement autonomes pourraient voir le jour dès 2018. Cette invention aux bénéfices innombrables (on citera simplement le fait de sauver à terme plus de 2 millions de vies humaines par an) va rendre obsolètes des millions d’emplois directs (type chauffeur) et indirects (assureurs, garagistes…).

Des solutions performantes existent déjà pour remplacer les métiers de secrétaire, pigistes, serveurs… Amazon s’apprête à lancer une gigantesque usine sans le moindre employé et de nombreuses professions subsistent uniquement parce que les clients manquent encore de confiance envers les machines (conducteur de train, pilote d’avion…).

Penser que ces métiers seront remplacés par d’autres implique une forte dose d’optimisme et une certaine incompréhension du fonctionnement des programmes d’intelligence artificielle. Il suffit d’apprécier ce que les logiciels d’assistance personnelle sont capables de faire depuis plusieurs années (répondre à des emails et organiser des réunions, entre autres) pour comprendre qu’il ne s’agit pas de science-fiction.

Bien sûr, d’autres métiers peuvent émerger. De l’agriculture en circuit court, de l’artisanat, de l’aide à la personne, des professions artistiques… autant de secteurs qui bénéficieraient de l’instauration d’un revenu universel pour devenir plus attractifs.

En clair, les gains de productivité peuvent, au choix, permettre de réduire le temps de travail et la pénibilité, ou faire grossir le rang des chômeurs et détériorer les conditions des travailleurs.

 

# Pour ou contre le revenu universel ?

Tout dépend de la forme proposée. À mon sens, il existe actuellement deux solutions suffisamment solides et détaillées pour être sérieusement considérées. La première provient du think-tank libéral Génération Libre  et se nomme « Liber ». La seconde est défendue par l’économiste Bernard Friot. C’est le fameux « Salaire à vie ».

Les propositions qui se situent entre les deux, comme celle de Benoit Hamon, restent intéressantes et ont le mérite de promouvoir des montants plus élevés que celles qui se contentent d’assurer l’équivalent d’un RSA à tous les Français. Mais ces solutions présentent le risque de créer un gouffre financier alors que les objectifs qu’elles cherchent à atteindre ne nécessitent en aucun cas les centaines de milliards d’euros qui seraient versés aux onze millions de Français gagnant plus de deux fois le SMIC.

Sans l’accompagner d’une profonde réforme fiscale, l’instauration d’un revenu de base type Hamon semble trop bancale pour être appliquée comme telle.

À mon sens, les libéraux trouveront dans le programme de réduction de la protection sociale et des baisses d’impôts sur les entreprises et hauts revenus de François Fillon un projet plus solide qu’un revenu de base couteux pour la collectivité et le budget de l’État.

Les gens de gauche devraient quant à eux reconnaitre une plus grande cohérence dans le programme de valorisation des salaires par la répartition des richesses de Mélenchon.

Cela étant dit, il ne nous reste plus qu’a détailler rapidement les deux propositions les plus cohérentes de revenu universel : la version libérale et la version anticapitaliste !

# Le liber, comment ça fonctionne ?

Le think-tank libéral Génération Libre, à travers son fondateur Gaspard Koening, se base sur les travaux de l’universitaire Marc de Basquiat pour défendre l’instauration d’un revenu universel de type « crédit d’impôt » appelé Liber. Voici ses principales caractéristiques :

  • D’un montant de 500€ par adulte, 270€ par adolescent (14-18 ans) et 200€ par enfant (- de 14ans), il couterait environ 350 milliards d’euros par an.
  • Il se substitue au RSA, prime pour l’emploi, bourses étudiantes et certains autres minima sociaux. Son montant est calculé pour fournir une protection équivalente à ce qu’il supprime.
  • Il conserve tous les régimes d’assurance (santé, chômage, incapacité…) ainsi que les aides individualisés comme l’aide au logement et au handicap.
  • Il est financé par un impôt à assiette large baptisé Libertaxe.

La clé de son fonctionnement réside dans son intégration entre le versement (le Liber) et son financement (la libertaxe). Cet impôt est prélevé à la source mensuellement sur la totalité des revenus imposables (travail et capital) au taux unique de 23% dès le premier euro. Le Liber serait ensuite versé sous la forme d’un crédit d’impôt universel à tous les citoyens.

Ainsi, un célibataire sans enfant et sans-emploi ni autre source de revenus percevrait 500€ sans devoir payer la libertaxe.

Une personne gagnant 1.000€ par mois devrait s’acquitter de 230€ de Libertaxe et recevrait en plus 500€ de Liber pour un revenu total de 1000 -230 + 500 = 1.270€.

Une personne gagnant 1 million d’euros par mois devrait s’acquitter de 230 mille euros de libertaxe et percevrait in fine 770.000€ + 500€ de liber = 770.500€.

Ce mécanisme s’effectuerait de façon automatique sans la moindre démarche administrative contraignante.

Enfin, la libertaxe viendrait remplacer l’impôt sur le revenu et la plupart des cotisations sociales. Une CSG santé de 13% servirait à couvrir les régimes d’assurance et les principaux impôts sur le capital (CRDS, ISF, taxe foncière…) seraient maintenus.

Avantages du liber :

Le principal avantage du liber est d’être « réaliste » et simple. Il ne remet pas en cause la protection sociale, est clairement chiffré et simplifie drastiquement les systèmes d’aides sociales et d’imposition.

Le fait qu’il distribue un revenu suffisant pour maintenir au minimum la couverture sociale actuelle tout en étant étendu à toutes les personnes permettrait de lutter contre la grande pauvreté et les fameux effets de seuil du RSA et des allocations chômage.

Ironiquement, cette Libertaxe à taux unique, donc non progressive et de ce fait clairement « de droite » permettrait d’atteindre une plus grande progressivité de l’imposition en France comparée au système actuel (du fait des niches fiscales et de la disparité entre revenu du travail fortement imposé et revenu du capital peu ou pas imposé). En clair, le couple liber-libertaxe semble plus juste et égalitaire que le système actuel, bien que l’intention de ses auteurs ne soit aucunement de lutter contre les inégalités.

Principales critiques du liber :

Le faible montant ne permet ni de sortir du seuil de pauvreté, ni de déclencher les effets vertueux qui permettraient de libérer l’individu du « chantage à l’emploi ». Un revenu universel « minimum » donc, qui ne réalise pas le potentiel fantastique du concept, tout en présentant le risque de subventionner la précarité.

En outre, le financement par une « flat tax » ne prend pas en compte le problème des inégalités et ne manquera pas d’être sévèrement critiqué dans sa philosophie. Vouloir lutter contre la pauvreté sans s’intéresser aux inégalités semble contre-intuitif.

Enfin, le caractère non imposable du liber (crédit d’impôt) peut laisser perplexe. Certes, instaurer un revenu universel (donc versé également aux milliardaires) couplé à des hausses d’impôts sur les plus riches reviendrait en quelque sorte à tourner en rond, mais tout de même, le sortir entièrement de la base imposable semble politiquement risqué et moralement discutable.

Conclusion :

Malgré ses imperfections, la proposition du Liber a le mérite de simplifier drastiquement le système redistributif français sans en remettre en cause les principaux équilibres. La réforme fiscale qui l’accompagne présente d’immenses avantages. En replaçant la « flat taxe » par un impôt progressif tel que celui défendu par l’économiste Thomas Piketty, on pourrait à la fois réduire efficacement les inégalités et permettre le financement d’un revenu universel plus élevé.

Bien qu’il s’agisse d’un revenu universel « minimum », le Liber pourrait constituer un premier pas vers l’instauration d’un vrai salaire à vie libérateur.

# Comprendre le salaire à vie de Bernard Friot

Le Liber, tout comme le revenu de base de Benoit Hamon, sera taxé par ses détracteurs de subvention au capitalisme. Avec le salaire à vie de Bernard Friot, on entre véritablement dans un projet de changement de société.

Le principe du salaire à vie :

Le salaire à vie ne cherche pas à venir s’ajouter aux revenus issus du travail, mais bien à les remplacer. Son montant serait dicté par le niveau de qualification de l’individu et son secteur d’activité, sur le modèle de la rémunération dans la fonction publique. Il s’échelonnerait entre 1.500 et 6.000€ nets d’impôt et de cotisation.

Avant tout, il faut bien intégrer que contrairement au revenu universel, le salaire à vie existe déjà, et  concerne un quart du PIB français. Il s’agit de la fonction publique (dont l’industrie de la santé, l’armée, la police et l’éducation nationale) et des retraites.

Ce que propose Bernard Friot, c’est simplement d’étendre ce système, hérité du Conseil National de la Résistance, à toutes les sphères de l’économie.

Pour comprendre d’où il part et pourquoi il présente cette solution, il faut revenir à sa vision du capitalisme.

Le capitalisme reposerait sur deux grands principes fondamentaux :

  • La propriété lucrative. Les moyens de production sont détenus par des intérêts privés, et sont mis à disposition des travailleurs qui, moyennant salaire, génèrent de la valeur ajoutée (profit).
  • Le financement par la création monétaire privée (dette). Les investissements sont réalisés grâce aux profits qui sont empruntés (moyennant intérêts) au détenteur de capital pour financer l’économie.

Dans ce système, les demandeurs d’emploi se soumettent au pouvoir des détenteurs de capitaux en allant sur le marché du travail offrir leur temps et leur main d’œuvre contre un salaire.

Les entrepreneurs et indépendants n’échappent pas à ce mécanisme. Ils vont demander des capitaux sur les marchés financiers, pour ensuite travailler à créer de la valeur pour rémunérer le capital emprunté sous forme d’intérêts, ou de dividendes.

Or, aucun de ces deux principes ne repose sur quoi que ce soit de réel. Il n’existe pas de loi universelle de type « loi de gravitation » qui justifie l’existence de la propriété lucrative (profit privé) où la création monétaire privée (dette privée). Seulement des conventions sociales.

En effet, ce système repose entièrement sur la croyance que c’est la recherche de profit qui permet à la société de fonctionner.

Or, les études et les exemples démontrant le contraire abondent. La motivation par l’argent ne fonctionne que dans des cas précis et jusqu’à une certaine limite. Des études récentes prouvent qu’à partir d’un certain revenu, (1,3 fois le revenu moyen aux États unis), le bonheur de l’individu ne dépend plus de son niveau de rémunération. Les entreprises comme Google, Apple et Facebook ont déjà intégré cette notion et adapté leur modèle de gratification en fonction.

On pourra également citer les avancées réalisées par des entreprises publiques, telles que la conquête de l’espace, pour remettre en question la nécessité du profit.

 

Fonctionnement du salaire à vie.

Le salaire à vie propose de sortir de ce système jugé injustifiable en remettant en cause la propriété lucrative et la création monétaire privée. Concrètement :

Chaque adulte bénéficie dès ses 18 ans d’un revenu de base d’un montant relativement élevé (1.500€). Les différentes activités professionnelles et qualifications permettraient ensuite à l’individu de progresser sur l’échelle du salaire à vie.

C’est tout simplement le mode de financement du secteur de la santé où le montant des rémunérations est déterminé en fonction de la qualification (d’aide-soignante à chirurgien) et de l’expérience (étudiant, interne ou fin de carrière).

En l’étendant à l’ensemble des métiers, il impliquerait de revaloriser certaines professions « utiles » et « pénibles » (comme éboueur) par rapport à des occupations plus épanouissantes ou moins nécessaires.

Ces salaires seraient payés via un système de cotisation généralisée (comme pour le secteur de la santé).

La propriété lucrative serait remplacée par une propriété d’usage, les travailleurs devenant propriétaires de leur outil de production sur le modèle des coopératives.

Enfin, l’investissement serait réalisé par des caisses d’investissement mutualisé, soit à l’échelle des entreprises coopératives, soit à l’échelle nationale, selon les cas.  La création monétaire serait une affaire collective et l’argent un bien public.

Les arbitrages nécessaires (pour attribuer les financements et répartir les valorisations des différents types d’activités) suivraient un processus démocratique aussi décentralisé que possible, au sein de caisses de cotisation et de jury de qualification.

Principaux avantages du salaire à vie.

Contrairement aux autres formes de RU, le salaire à vie permet de sortir du système capitaliste et redonne le pouvoir décisionnel aux forces productives. Le système proposé réalise ainsi un certain nombre de prouesses, en plus de celles prêtées au revenu universel classique :

  • La déconnexion complète entre salaire et emploi
  • La rémunération par niveau de qualification remplace le critère de performance « lucrative ».
  • La reconnaissance du travail non lucratif (élever ses enfants, créer des logiciels libres…)
  • La valorisation du travail utile (écologique par exemple)
  • Le remplacement de la propriété lucrative par une propriété d’usage : la généralisation des entreprises de type « coopératives ».
  • La déconnexion finance / investissement via l’instauration de caisse de financement mutualisé.
  • La limitation des rémunérations salariales
  • La réduction des inégalités

Les retombées sur la société seraient donc en théorie maximale, chacun ayant à la fois un revenu confortable et une totale liberté d’entreprendre, de travailler ou non sans subir de pression liée à la perte éventuelle de son emploi.

Principales critiques (et éléments de réponse) :

  • Le projet est utopique. Il ne verra jamais le jour car il s’oppose trop fortement au système actuel. Il serait possible de le mettre en place progressivement, soit en passant d’abord par un revenu universel classique, soit en étendant secteur par secteur le modèle de l’industrie de la santé à d’autres domaines d’activité (l’énergie, l’agriculture…)
  • Il ne fonctionne pas dans un monde interconnecté (il faudrait changer le système à l’échelle européenne ou mondiale). Bernard Friot assume une position nationaliste et préconise la sortie de l’UE comme condition inévitable à la mise en place du salaire à vie. L’UE contribue à réduire le champ du salaire à vie actuel (privatisation des services publics, libre échange, mise en cause de la fonction publique et des systèmes de cotisations type santé et retraites…). Il est donc normal, dans la logique de Friot, de sortir de cette UE au service du capitalisme.
  • C’est le retour au communisme. Non. Ni la liberté d’entreprendre, ni le travail indépendant, ni la propriété privée et le droit à l’enrichissement personnel ne sont remis en cause. Cependant, il y a un retour fort à la mutualisation, à la planification. Non plus organisée par un état central mais par des caisses de cotisations.
  • Certains emplois essentiels ne seront plus effectués (qui ramassera les poubelles ?). Bernard Friot rétorque qu’il suffit de mieux reconnaitre les métiers pénibles et les rémunérer en fonction. On peut se poser la question de la viabilité de ce type de solution.
  • C’est la fin de l’investissement et de l’innovation. Ici encore, on opposera à cet argument les grandes réalisations publiques du XXe siècle : la conquête spatiale, l’invention d’internet, les cinquante réacteurs  nucléaires français, le TGV, les infrastructures routières, ports, aéroports, hôpitaux… Cependant, la question du fonctionnement d’une société où les salaires seraient décidés par la collectivité soulève de nombreuses questions.

Le principal défaut du salaire à vie de Friot tient en réalité dans sa radicalité. Il va à l’encontre d’un trop grand nombre de  préjugés et d’intérêts financiers pour avoir une chance de voir le jour, à moins bien sûr que les Français se mettre massivement à le réclamer.

Dans ce contexte, le revenu universel de type « Hamon » ou « Liber » pourrait avoir au choix, un des deux effets suivants :

Amorcer la sortie du modèle capitaliste et tendre vers une société utopique, respectueuse des individus et de l’environnement en constituant un premier pas vers une solution type « utopique ».

Ou

Sauver le modèle capitaliste dans sa forme la plus « destructive ». Et de ce fait, tuer les chances de s’orienter vers un modèle plus égalitaire.

# Conclusion ?

La France n’a jamais produit autant de richesse, ni joui d’une productivité si élevée. Pourtant, au lieu de permettre une amélioration des conditions de travail, ces progrès ont été accompagnés d’un recul des droits des travailleurs, d’un chômage record, d’une augmentation de la grande pauvreté et d’une précarisation de toutes les formes de l’emploi.

Le revenu de base pourrait constituer une réponse efficace, à condition qu’il soit conçu intelligemment, et tende vers un but dépassant la simple extension du RSA. Sinon, il risque de se transformer en catalyseur de précarité et d’inégalité.

# Pour aller plus loin ?

 

Il existe de nombreuses sources éclairantes et objectives sur le sujet. Je vous recommande de débuter avec les suivantes :

  • Cette vidéo résumant en 10 minutes le travail de Bernard Friot
  • Cet article, de Thomas Piketty, pour une critique de l’idée même du revenu universel.

 

Cela devrait vous aider à vous forger votre propre opinion. 

PS: si vous notez des erreurs importantes dans cette FAQ, n’hésitez pas à me le faire savoir dans les commentaires.

Notes et références:

  1. Chiffres issus de la base de données Piketty extrapolés à 2015 via les données de Wikipédia et du rapport de l’INSEE « les comptes de la nation, 2015 ».
  2. Le Monde diplomatique, Financer l’allocation universelle, http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/MYLONDO/49066
  3. http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/regularisation-fiscale-massive-en-argentine-1075574.html
  4. Dans un reportage diffusé fin des années 90, l’émission de télévision Capital livrait le portait d’un ouvrier travaillant à la chaine à découper les filets droit du poulet, les filets gauche étant découpés par un gaucher (sic).
  5. L’utopie du revenu garanti récupérée par la Silicon Valley, http://blog.mondediplo.net/2016-02-29-L-utopie-du-revenu-garanti-recuperee-par-la
  6. Le monde diplomatique : En inde, le revenu de base l’expérience revitalise les villages http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/FERNANDEZ/49068
  7. débat chez Tadei : https://www.youtube.com/watch?v=sIaDmbJ0fTU
  8. Les emplois perdus en faveur des pays de l’Europe de l’Est n’expliquent pas cette baisse puisque la production en Allemagne, elle, a augmenté.
  9. Lire http://piketty.blog.lemonde.fr/2017/01/05/de-la-productivite-en-france-en-allemagne-et-ailleurs/

 


3 réactions au sujet de « Pour ou contre le revenu universel ? »

  1. Bonne année Michel, et félicitations pour ce nouveau blog!

    Le revenu universel n’est à mes yeux qu’une simplification du mode redistribution des richesses. Son principal avantage est donc… son pouvoir simplificateur. Accessoirement il permet également d’éviter les effets de seuil. Les autres avantages listés dans cet article ne sont pas liés au caractère universel du revenu universel. Ex:
    « Éliminer la très grande pauvreté » -> On pourrait éliminer la pauvreté en ne versant de revenu qu’aux pauvres. Le fait de verser un revenu également aux citoyens qui ne sont pas pauvres ne contribue pas à éliminer la pauvreté.
    « Reduire les inégalités homme-femme » -> On pourrait réduire ces inégalités en versant un revenu qu’aux femmes.
    « Reduire les inégalités économiques » -> On pourrait réduire ces inégalités en versant un revenu à ceux qui sont en difficultés
    Etc

    Comme tu l’as souligné dans cet article, ce concept de revenu universel est repris aussi bien à gauche qu’à droite, car il permet suivant son usage d’aboutir à une société plus égalitaire ou plus libérale. En effet, on peut simplifier par la droite comme on peut simplifier par la gauche…
    Le modèle du Liber ou du revenu universel à la sauce Hamon ou Mélenchon n’offre pas de perspective de changement radical de notre société. En revanche la solution développée par Bernard Friot a retenu mon attention. La clé de ce modèle ne semble pas résider dans le revenu universel (qui ne remet pas en cause le fonctionnement du système actuel) mais dans la création monétaire : « La création monétaire serait une affaire collective et l’argent un bien public. ». Ce point aurait le mérite d’être développé (dans un prochain article peut-être ?)
    Il y a ici un risque de glissement sémantique. Au départ « revenu universel » signifie revenu perçu par tous, de manière inconditionnée (sauf d’âge ou de citoyenneté). Bernard Friot et d’autres semblent l’utiliser également pour désigner un changement de modèle plus général, et dont le versement d’un revenu universel ne serait qu’une des composantes. Je crains que ce terme ne soit qu’un leurre agité par la classe politique comme formule marketing et comme moyen de démentellement des acquis sociaux.
    Sur le fond, ton article a le mérite de poser de bonnes questions :
    – Comment gérer le chômage de masse (inéluctable si l’automatisation se poursuit) ?
    – Comment réduire les inégalités qui ne font que s’accroitre ?
    – Comment rémunérer le travail à sa juste valeur ?
    – Comment faire en sorte que le travail soit mis à la disposition de l’intérêt général ?
    J’attends donc avec impatience les articles qui vont suivre et qui apporteront des réponses à toutes ces questions 😉

    Thomas

    1. Merci Michel !

      Pour répondre à tes remarques pertinentes :

      – En effet de nombreux avantages du revenu universel peuvent être obtenus sans faire appel à la dimension universel (c’est en gros la raison pour laquelle Mélenchon s’oppose à cette idée) cependant il peut être plus facile politiquement de donner à tous pour adresser les problèmes de certains. C’est l’avantage de l’universalité. L’inconvénient c’est que ça coute plus cher…
      – Sur le salaire à vie, je t’encourage à regarder les vidéos des conférences de Bernard Friot, son système est plus poussé et en réalité opposé au principe du revenu universel qu’il ne considère que comme une roue de secours du capitalisme. J’aurais pu traiter de ce sujet séparément, mais comme les deux sont souvent confondus je préférais les évoquer ensemble dans cet article.
      – Je pense qu’au-delà des simplifications bienvenues, le revenu universel permet de repenser la place du travail dans nos vies. Mais c’est évident qu’il ne s’agit pas d’une solution miraculeuse non plus.

  2. Article très dense et bien argumenté avec les pours et les contres et les références qui s’y attachent
    J’avoue que, pour la majorité d’entre nous qui ne sommes pas économistes, il faut à mon avis plus de 10 mn pour vraiment s imprégner des divers scénarios, revenir à la phrase précédente pour mieux comprendre ce qui suit, prendre le recul nécessaire pour englober les propos et comparer en toute connaissance de cause.
    Mais c’est passionnant et entretient un débat nécessaire à un tournant du fonctionnement de nos sociétés. Débat qui avait été un peu amorcé à l’occasion de la « loi travail » (fameuse loi El Khomri) qui a mobilisé le 1er semestre 2016 en manifestations et autres 40.3
    Car dans ce sujet du revenu universel, ce n’est pas à mon avis le coût exorbitant mis en avant par les détracteurs qui me semble prioritaire.
    Ce serait plutôt la remise en cause d’un principe idéologique de nos sociétés : la « valeur travail », « gagner son pain à la sueur de son front », la « peine qui mérite salaire » etc..
    Repenser la place du travail, et c’est une sacrée évolution, voire révolution à mettre en branle.
    Je le vois d’autant plus tous les jours que je travaille au cœur de la sécurité sociale, et je suis entre autres missions, chargée « d’accompagner les personnes en situation d’arrêt maladie vers la prévention de la désinsertion professionnelle. » . (avec derrière cela l’intérêt pour l’assurance maladie de continuer à avoir des possibilités de « cotisants »)
    Arrêts de travail, accidents de travail..Alors que des prestations existent (pension d’invalidité, rentes) pour compenser la fameuse «réduction des capacités de travail), prestations pour lesquelles les salariés cotisent, eh bien les usagers rencontrés font état de leur sentiment d’inutilité, de dévalorisation, de manque de reconnaissance s’ils ne sont plus en mesure d’exercer une activité rémunérée. Avec parfois syndromes dépressifs, honte du « regard de l’autre » lorsque le problème de santé qui génère l’arrêt de travail ou l’attribution de la prestation « ne se voit pas » et difficultés à poursuivre quand même des activités sous d’autres formes.( Et ceci paradoxalement quand c’est le burn-out ou le harcèlement lié aux techniques de management qui sont la cause de la maladie.)
    Pourtant c’est vers cette hypothèse de réorganisation de nos vies que pourrait s’orienter le débat sur le revenu minimum.
    Concilier et répartir de manière négociée à la fois les activités que nous faisons sans rémunération (et elles sont pléthores – des taches du foyer au bénévolat associatif), le travail que nous faisons contre une rémunération et l’emploi comme tache à accomplir pour fournir un service ou un produit dont la société a besoin.
    Cela avait déjà été abordé il y a 20 ans dans le cadre d’un rapport destiné à l’époque à lutter contre le chômage : « le travail et l’emploi à l’horizon 2015 » présidé par Jean Boissonnat. Il ne parlait pas alors d’un revenu universel mais déjà d’un regroupement de multiples dispositifs (chômage, formation…)vers une sorte de contrat individuel d’activité englobant les trois aspects (activité, travail et emploi)
    Mais le revenu universel entraine aussi un autre questionnement : celui d’une sorte de « décroissance ». Car comment imaginer un équilibre des traitements de tous les citoyens quand la consommation demeure toujours, haut et fort, l’aiguillon du quotidien, quand « l’avoir plus » ou l’avoir mieux » reste la référence implicite. Quand la recherche du profit demeure le socle de l’activité….
    Et cela n’est pas encore gagné et va nécessiter une totale refonte de nos approches de l’autre.
    Malheureusement, dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des jugements de valeurs provenant des bénéficiaires de minimas sociaux eux-mêmes, à l’encontre d’autres bénéficiaires de minimas sociaux, mais qui eux « n’auraient jamais travaillé » ou « sont alcooliques alors que moi j’ai eu un problème de tendinite au travail » ou bien « sont immigrants »… C’est terrible car cela fait le terreau du FN.
    Une transparence et remise à plat est d’abord nécessaire. En général la plupart des candidats l’ont mis dans leur programme.
    Mais il s’agit là plus « d’outils » alors que le revenu universel est une profonde remise en question

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