Combattre le chômage, ou combattre les chômeurs ?

Combattre le chômage, ou combattre les chômeurs ?

Après la flexibilisation du marché du travail, le gouvernement doit présenter le second volet de son plan pour l’emploi : la réforme de l’assurance chômage censée ajouter l’aspect « sécurité » à la « flexibilité » introduite par les ordonnances sur la loi Travail.

Pourtant, à écouter les représentants du gouvernement et bon nombre d’éditorialistes, il semblerait qu’on se dirige vers une seconde dose de « flexibilité » en lieu et place du fameux concept de « flexisécurité » vendu pendant la campagne présidentielle. À tel point qu’on en arriverait à se poser naïvement la question suivante : Macron souhaite-t-il combattre le chômage, ou bien les chômeurs ? Et dans la seconde hypothèse, quel effet serait-on en droit d’attendre sur l’emploi ?

1) Le principe de l’assurance chômage

Comme son nom l’indique, l’assurance chômage est un régime assurantiel conçu pour protéger les salariés contre le risque lié à la perte d’un emploi, avec un objectif simple : garantir un revenu jusqu’au retour au travail.

Promulgué par le général de Gaulle en 1958, ce système venait compléter le régime général de la sécurité sociale mis en place par le parti communiste et la CGT dès 1946. Mais avec ses propres spécificités.

L’assurance chômage est cogérée par les partenaires sociaux, selon un principe de parité qui confère un poids équivalent aux principales organisations syndicales et patronales. Financée par les cotisations, elle donne le droit à deux ans d’allocations en cas de perte d’emploi, établies à 70 % du salaire net. La durée minimum de cotisation étant de quatre mois et le plafond d’indemnisation fixé à 6200 euros mensuels, l’assurance chômage à la française figure parmi les systèmes les plus généreux.

En période faste, les caisses sont à l’équilibre. Mais lorsque le chômage augmente, les cotisations en baisses doivent indemniser un nombre croissant d’individus. Avec nos six millions d’inscrits à pôle emploi, les comptes sont dans le rouge. En 2013, les recettes (33 milliards) ne suffisaient pas à compenser les dépenses (37 milliards). Pour 2017, le déficit est estimé à 4.4 milliards d’euros. (1)

Pourtant, seuls 2.5 millions de chômeurs sont actuellement indemnisés, pour un montant moyen situé autour de 1000 euros par mois. (2)

Bruxelles et Berlin, par voie de leurs fameuses « Grandes Orientations de Politique Economique » (GOPE) demandent une baisse des dépenses de l’assurance chômage via la réduction de la durée d’indemnisation. Par chance, cela figurait au programme d’Emmanuel Macron.

2) Vers un durcissement des conditions d’indemnisation

L’approche du gouvernement s’inscrit dans la logique néolibérale observée aux USA et au Royaume-Uni dans les années 80, et en Allemagne lors des réformes Schröder. Le marché du travail doit être « flexible », et les allocations chômage « minimalisées ».

Les ordonnances de la loi Travail se sont chargées du premier aspect en facilitant nettement les dispositifs de licenciement, la négociation des salaires et la flexibilisation des horaires de travail.

Dans les pays nordiques, ces dispositifs furent contrebalancés par une dose de « sécurité ». En particulier, les comités de direction des entreprises sont occupés au 1/3 par des délégués syndicaux en Allemagne, et à 50 % dans les nations scandinaves. En France, un seul représentant du personnel est autorisé. (3)

En plus de la réforme à venir sur la formation professionnelle, Emmanuel Macron avait promis d’étendre le système assurantiel aux indépendants, entrepreneurs et employés démissionnaires. Cet élargissement devait redonner du pouvoir de négociation aux salariés. Seulement, il entrainerait un surcout de 2,5 milliards d’euros selon les estimations du gouvernement. (4)

Or Emmanuel Macron avait affirmé qu’il ne toucherait ni aux montants ni à la durée d’indemnisation. Comment financer le dispositif dans ce cas-là ? En baissant le nombre d’indemnisés.

Un chômeur perdra ses allocations en cas de refus successif de deux offres d’emplois « raisonnables ». La durée maximale sera ainsi plafonnée par la durée nécessaire à Pôle Emploi pour proposer deux offres d’embauche. Soit une réduction potentielle de la période d’indemnisation de deux ans à deux semaines…

Nous nous dirigeons donc bien vers un contrôle accru des chômeurs, doublé d’une nouvelle dose de « flexibilité » déguisée. Il s’agira d’accepter les offres contraignantes ou de renoncer aux allocations.  Cette méthode est revendiquée comme mode de financement, et ses effets dument chiffrés. (5) En clair, le gouvernement assume de financer l’extension de l’assurance chômage par la réduction du nombre de personnes indemnisées.

Outre la logique particulièrement cynique de ce tour de passe-passe, le contrôle accru des chômeurs et l’obligation d’accepter les offres « raisonnables » sous-entendent que le chômage est causé par les chômeurs.

C’est une vieille notion défendue par la droite et le Medef. Elle est désormais portée par les responsables politiques et les éditorialistes qui reprennent à cœur joie ces éléments de langage.

« La liberté ce n’est pas de se dire que je vais toucher les allocations chômage pour partir 2 ans en vacances » Christophe Castaner, porte-parole du gouvernent,

« Certaines personnes partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage » Damien Adam, député LREM.

 » Il faudrait mettre en place « un contrôle journalier des chômeurs » Pierre Gattaz, Directeur du Medef

3) Les chômeurs sont-ils responsables du chômage ?

Le chômage serait dû aux demandeurs d’emploi, trop faignants pour rechercher activement un travail. Cette idée est à la fois séduisante (il suffirait alors de forcer les chômeurs à travailler pour faire baisser le chômage) et puissante (tout le monde a entendu parler d’un chômeur qui se la coule douce, ou d’un entrepreneur qui a du mal à recruter).

Comme souvent avec la pensée néolibérale, nous sommes en présence d’un « sophisme de composition » qui étend à l’échelle de la nation un phénomène observable à l’échelle individuelle (en économie, on parle de paradoxe entre la microéconomie et la macroéconomie, les mécanismes décrits à la première échelle n’étant pas extrapolables à la seconde).

Rien de tel que les faits pour s’en convaincre.

Les partisans de la « responsabilisation » des chômeurs s’appuient sur deux chiffres clés : le nombre d’offres d’emplois vacantes en 2017 (entre deux cent et trois cent mille) et le nombre d’offres actuellement disponibles (environ cinq cent mille). Examinons ces chiffres.

Précision tout d’abord que le volume total d’offre d’emploi s’établit autour de 21 millions, dont 3,6 millions traités par pôle emploi. Les offres non pourvues représentent donc entre 1 et 10 % du volume, un taux particulièrement faible. L’examen de ces offres révèle que près de la moitié n’ont pas abouti du fait de l’employeur dont le besoin avait disparu. En réalité, seules 120 000 à 150 000 annonces sont restées sans candidats adéquats. (6)

Outre le problème du manque de profils satisfaisants, de nombreuses offres ne trouvent pas preneur pour des raisons indépendantes de la volonté des chômeurs : offres localisées en zone de plein emploi, rémunération très inférieure au niveau de qualification exigé, salaire en dessous du coût du trajet à effectuer pour se rendre sur le poste, offre trop précaire (deux heures par semaine pendant un mois par exemple), compétences recherchées particulièrement spécifiques. (7)

Plutôt que de forcer les chômeurs à accepter les offres, on pourrait argumenter qu’il faudrait obliger les entreprises à accepter les candidatures (moyennant formation financée par Pôle Emploi, n’est-ce pas ?).

L’enquête de l’INSEE réalisée auprès de dix mille chefs d’entreprises plaçait le problème du profil inadéquat comme second frein à l’embauche, derrière le niveau du carnet de commandes, mais largement devant le coût du travail et la difficulté à licencier. Serions-nous face à des patrons faignants, préférant prendre des vacances aux Bahamas plutôt que de former leurs employés ?

Plaisanterie mise à part, on se rend compte que le nombre d’offres non pourvues pour cause de laxisme des chômeurs est marginal. Et quand bien même on forcerait ces 150 000 chômeurs à accepter les offres (et les entreprises à accepter ces chômeurs mal qualifiés pour faire le travail demandé), on passerait de 6 à 5,85 millions de chômeurs, soit une baisse de 2,5 % qui ferait évoluer le taux de chômage de 9,5 à 9,4 % (pour la catégorie A uniquement). 

Mais il y a cinq cent mille offres actives sur le site de pôle emploi, direz-vous.

Ce chiffre est en réalité particulièrement bas, et devrait augmenter lorsque le chômage diminue. Pour la simple raison qu’il s’agit d’un stock, de la même façon qu’il est normal que le rayon « spaghetti » de votre supermarché ne soit pas en rupture permanente, il est normal que le nombre d’offres d’emplois actives à un instant « t » soit élevé. Ne serait-ce que parce qu’une offre reste en ligne plusieurs semaines, le temps de procéder aux entretiens d’embauches.

Pour clore le débat sur l’absurdité du « contrôle des chômeurs », il faudrait souligner qu’il y avait moitié moins de chômeurs en 2007 qu’aujourd’hui, et qu’à notre connaissance, aucune épidémie de flémingite aiguë ne semble expliquer ce soudain regain d’assistés…

On pourrait même aller plus loin, et lire la page Wikipédia retraçant l’évolution des conditions d’accès à l’assurance chômage, pour se rendre compte qu’elles ont été durcies à de nombreuses reprises, sans apporter la moindre solution au problème de chômage de masse. Si on devait retenir un lien de causalité, ce serait plutôt « plus le chômage augmente, plus les conditions d’accès aux allocations se durcissent ».

Mais les clichés ont la vie dure, et les entendre quotidiennement dans nos médias n’aide pas à s’affranchir de pareilles absurdités.

4) La logique derrière la guerre contre les chômeurs

Pour comprendre pourquoi le gouvernement Macron épouse la rhétorique du Medef et de la droite dure de Fillion et Wauquiez, il suffit de citer Alexis Köhler, secrétaire général de l’Élysée et ex-directeur adjoint de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron : « l’essentiel est de savoir si les Français sont effectivement convaincus que mieux vaut des travailleurs pauvres que des chômeurs bien indemnisés » (8)

Derrière cette phrase se cache le fameux modèle allemand. À savoir, une flexibilité accrue du marché du travail, une protection minimale des chômeurs, et une précarisation extrême facilitée par l’obligation d’accepter les offres d’emplois.

Non seulement le durcissement de l’accès aux allocations permet de forcer les chômeurs à accepter des petits boulots mal payés, mais il fait également pression sur les salaires en jouant sur la peur du chômage.

Pour saisir tout l’effroi de ce modèle, il faut lire l’enquête du Monde Diplomatique « dans l’enfer du miracle allemand ». L’article témoigne d’une multiplication des emplois intérimaires (moins de 15 heures par semaine, horaires décalés) et d’un accroissement fantastique de la misère sociale. (9) À défaut, on se contentera d’un graphique :

L’Allemagne a donc fait le choix de l’extrême précarisation plutôt que d’une indemnisation correcte du chômage. On compte ainsi 7.2 millions de travailleurs pauvres (un actif sur cinq !) pour un total de 13 millions d’Allemands vivant sous le seuil de pauvreté. Un record en Europe. (10)

Source: Le Monde

La culpabilisation des demandeurs d’emploi permet également d’exercer un contrôle sur la population. D’abord en inculquant au chômeur une certaine honte et une culpabilité qui garantiront qu’il ne descendra pas dans la rue exprimée sa frustration, mais également en forçant un nombre croissant d’entre eux à se retirer de Pôle Emploi, ce qui fera mécaniquement baisser le chiffre du chômage.

5) Qu’attendre des réformes du gouvernement ?

Dans le meilleur des cas, un effet similaire à ce qu’on peut observer aux USA (40 millions de pauvres, 4.1 % de chômage, espérance de vie en baisse) en Angleterre (10 millions de pauvres, 4.2 % de taux de chômage) et en Allemagne (13 millions de pauvres, 5.8 % de taux de chômage), c’est-à-dire un accroissement des « travailleurs pauvres » combiné à une baisse du taux de chômage officiel.

Encore une fois, ces statistiques masquent des réalités sociales bien plus cruelles. Suicides, criminalité accrue, dépression, problèmes sanitaires et vote pour les partis d’extrême droite constituent certains des contrecoups les plus visibles de ces politiques.

Dans le pire des cas, on observera une explosion de la pauvreté sans impact significatif sur l’emploi, comme nous avons pu le voir notamment en Grèce et en Italie.

6) Quelles alternatives pour combattre le chômage ?

Historiquement, deux politiques ont permis de faire reculer significativement le chômage sans réduire des millions de citoyens à l’état de semi-esclaves.

L’augmentation de la dépense publique et des salaires

Ce sont les vieilles recettes keynésiennes défendues par le FMI : la relance de l’activité par la dépense publique et la hausse des salaires. Il faudrait donc investir dans des projets utiles (hôpitaux, écoles, infrastructures publiques, transition écologique) et augmenter le SMIC.

Cette politique a l’inconvénient d’être couteuse à court terme. Une partie des gains profitent aux importations tandis que la hausse des salaires nuit à la compétitivité. En économie ouverte, cela peut poser problème.

L’autre limitation tient au fait que la relance de l’investissement entraine un déficit public temporaire qui dépasse les 3 % autorisé par Bruxelles (en année 1).

La solution tombe sous le sens : il faut introduire une dose de protectionnisme solidaire, et négocier (ou désobéir) à la règle des 3 %.

Le Portugal est parvenu, dans une certaine mesure, à mener cette politique avec succès en termes de baisse du taux de chômage et réduction des déficits publics, tordant le cou à l’idéologie allemande. (11)

Le Partage du temps de travail

Depuis les années 1930, une méthode a constamment permis de diminuer le chômage : le partage du temps de travail. Les chiffres sont d’une limpidité incroyable. Que ce soit face à la robotisation, l’arrivée des femmes sur le marché du travail, les récessions économiques, les gains de productivité ou même la simple augmentation de la population, la vieille recette du partage du temps de travail ne fait jamais défaut.

France: la baisse constante du temps de travail a permis  l’accroissement du nombre d’emplois – Sources: Insee; Pierre Villa, Un siècle de données macro-économiques.

Plutôt que de reprendre l’ensemble des données et de reproduire l’argumentaire complet, je vous renvoie à cet excellent article de l’économiste « communiste » Michel Husson. (12)

Plus proche de nous, on pourrait citer le recours massif au chômage technique temporaire en Allemagne durant la crise financière de 2008-2010, qui reste une forme de partage du temps de travail, et le succès des trente-cinq heures en France qui permit d’atteindre le plus bas niveau de chômage de ces vingt dernières années et est désormais crédité de la création de 350 000 emplois (13).

Le problème de la compétitivité

Toutes ces solutions risquent de nuire à la compétitivité de l’économie française, et probablement à l’emploi. Pour autant, le gouvernement a lui-même démontré (via un rapport de commission mandaté par Emmanuel Macron et François Hollande en 2016) que le CICE et le plan de compétitivité emploi mis en place sous François Hollande étaient une aberration qui ne permettait pas de lutter contre le chômage, avec un coût par emploi « subventionné » de deux cent mille euros par an, soit quarante fois plus qu’un emploi aidé. (14)

La question de la compétitivité reste donc difficile à appréhender. Une baisse de cette dernière peut avoir un effet négatif sur l’emploi, mais une hausse de compétitivité tend principalement à augmenter la rémunération actionnariale plutôt que de favoriser la création d’emplois.

 

Conclusion

La réforme de l’assurance chômage vise à faire la guerre aux demandeurs d’emploi afin de transformer « des chômeurs bien indemnisés en travailleurs pauvres ». Cette politique va affecter toute la société, à travers le malaise social et la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.

Les modèles dont elle s’inspire ont démontré leurs limites : les USA ont élu Trump sur fond de misère sociale, les Anglais ont voté pour le Brexit, et l’Allemagne connait une crise politique marquée par l’élection de 95 députés d’extrême droite. Pour la première fois depuis la chute d’Hitler, des parlementaires d’extrême droite vont s’exprimer au Bundestag.

Les alternatives nécessiteraient de s’appuyer sur l’écologie, et de remettre en question le cadre actuel, en particulier la construction européenne qui impose l’austérité budgétaire et la mise en concurrence de tous les secteurs d’activités en organisant un dumping social généralisé.

En clair, il faudrait sortir de « l’ancien monde » et faire preuve d’audace et de modernité. Deux choses qui ne font manifestement pas partie du répertoire de notre président banquier.

***

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Sources et références :

  1. Chiffre donné par Le Figaro 
  2. Médiapart « le gouvernement part à l’assaut de l’assurance chômage »  
  3. Médiapart « Loi travail : ce que le gouvernement fait aux salariés » 
  4. Lire à ce sujet cet article bien fait de Capital.fr 
  5. Idem 4 
  6. Citons par exemple Ouest France 
  7. Lire « le mythe des emplois vacants », le Monde Diplomatique 
  8. Cité par le quotidien suisse Le Temps, qui reprend un mail publié par Wikileaks suite au piratage des emails de campagne d’Emmanuel Macron 
  9. Le Monde Diplomatique « Dans l’enfer du miracle allemand »
  10. Bastamag : « La France va-t-elle suivre le modèle allemand et transformer ses chômeurs en travailleurs pauvres »
  11. Lire le Monde Diplomatique, octobre 2017, « Au Portugal la gauche essaye » 
  12. https://alencontre.org/economie/droit-a-l%E2%80%99emploi-ou-revenu-universel.html
  13. Études citées sur Wikipedia
  14. Médiapart : CICE, le désastre de l’idéologie

Les chiffres de la pauvreté et du chômage en Angleterre viennent d’ici, ceux de l’Allemagne de là.

 


3 réactions au sujet de « Combattre le chômage, ou combattre les chômeurs ? »

  1. Bonjour,

    Vous avez les chiffres, les références théoriques, et l’analyse magistrale. J’ai l’expérimentation personnelle.

    Quand les maux viennent des mots…

    La confusion volontaire des terminologies « emploi » et « travail » particulièrement prégnante depuis Sarkozy me semble la cause, le socle légitimant aujourd’hui l’impopularité, pour ne pas dire l’aversion envers les chômeurs, et par extension les pauvres dont peut profiter Macron aujourd’hui.

    C’était la seule façon acceptable d’opposer les gens en poste – « ceux qui cotisent », et ceux qui en sont exclus – « ceux qui profitent ». Le venin insidieux…

    En effet, qui aurait eu l’idée de contrôler les « privés d’emploi »  sans s’attirer les foudres de l’opinion ?! Car les « chômeurs » – ce qui n’est pas véritablement identitaire, que je sache, sont bel et bien des « privés d’emploi » ; pire, des « privés de leur Droit à l’emploi ».

    Or, le Devoir de travailler ne saurait être dissocié du Droit à l’emploi digne qui relève de la responsabilité de l’État, non de la leur :

    « Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 :

    5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. »
    10. La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
    11. Elle garantit à tous (…) la sécurité matérielle (…). Tout être humain qui, en raison (…) de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

    Or, vivre, plus encore survivre sans emploi ou salaire digne, c’est non seulement déjà « travailler », « se lever tôt » voire « ne plus dormir » mais ça ne nourrit vraiment plus son homme. « Droit » ; « garantit » ; « sécurité matérielle »  ; « nécessaires » ; « convenables » : on en est de plus en plus loin… Alors, EURÊKA ! : il faut faire des victimes LES coupables !

    Dans la même veine, la loi « Travail », et non la loi « Emploi » : un vrai boulevard, creusé par… Macron lui-même sous Hollande-le-traître ! Il préparait déjà notre lynchage/linceul.

    En effet, tout comme pour le droit au logement – décent par définition, également constitutionnel (ne nécessitant donc aucunement la fumeuse loi DALO si « difficile à appliquer »…), aucun organisme, association ou « œuvre caritative » n’incite le citoyen lésé à se retourner légitimement en toute AUTONOMIE, puis en COLLECTIF pour plus de poids contre l’État. Personne n’exige son dû vital : l’ici et maintenant !

    Cherchez l’erreur.

    A vrai dire, il y a tant de parasites qui rongent l’Enveloppe des chômeurs, celle des pauvres jusqu’à l’os, puis sucent leur moelle jusqu’à la lie… en partenariat déguisé avec l’État lui-même, les collectivités, que si ceux-ci crèvent la dalle aujourd’hui plus qu’hier (si, si) ils sont bien plus nourrissants que le seront jamais les « nantis ». Ce qu’on leur « donne » d’un côté, en le criant plus haut et plus fort que jamais pour exciter la meute, on le reprend à mots couverts de l’autre, ni vu ni connu, de plus en plus goulûment, et même carrément illégalement ces dernières années… dans l’indifférence (l’ignorance), voire le mépris de tous. (Qui a parlé le premier d’interdire les fake news ?…)

    Ainsi, la Société désormais « fin prête », place à l’Outing macronien !

    D’abord – 5 euros pour voir (la fameuse « connerie » précautionneuse, comme le leurre à la surface de la rivière…), puis, finalement, les – 60 euros en estocade ! (Qui peut croire sérieusement que ce sont les gentils bailleurs sociaux qui vont les payer ?!…)

    La France ne s’est même pas fracturée, c’est dire s’ils sont « prêts » – comprendre K. O. les Français !

    Alors, de « l’assistant » ou de l’assisté, qui est le « cancer » de qui ?!

    Que les petits « nantis » en transit* se rassurent donc, et cessent de trembler à l’idée qu’un pauvre « bénéficiaire » du RSA ou autre minima ne leur fasse les poches, c’est pas demain, elles ne sont déjà plus étanches… Comme démontré brillamment ici, à très court terme il n’y aura plus de droits, seulement des devoirs. Autrement illustré par François RUFFIN, et non seulement  : « on retire d’abord l’échelle ».

    Bonne ascension* !

    P. S. : Alerte rouge ! Ces derniers temps, les Présidents successifs ne cessent de toucher à notre Constitution pour un oui, pour un non, et sans référendum, ce qui est Le comble par excellence ! Il faut veiller plus que jamais à ce que notre Trésor commun ne subisse pas par « erreur » de malencontreuses distorsions… irréversibles. Autrement dit, il faudrait partir à sa reconquête avant qu’il ne soit trop tard…

    1. En effet, le néolibéralisme de Macron s’accompagne de plus en plus d’un discours que F. Lordon qualifait récemment avec une pointe d’ironie de « fake news », et surtout d’un recul prodigieux des libertés et de la démocratie.

      Merci pour votre commentaire savoureux.

  2. « Savoureux » ? Au moins, on est deux à « déguster », chacun à sa façon.
    Mais, merci, ça fait plaisir !
    Et merci à vous pour cet article éblouissant.

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