Le déni des élites

Le déni des élites

Elles peuplent les cabinets ministériels, les conseils d’administration et comités exécutifs des grandes entreprises. Elles pilotent les institutions financières, lobbient à Bruxelles, Washington et Matignon, président les think tanks, distillent leurs « expertises » sur les plateaux audiovisuels, éditorialisent sur les ondes et dans les journaux. Elles dirigent les rédactions des grands médias, produisent l’offre culturelle, dînent ensemble au Siècle, se rencontrent à Davos. Elles, ce sont nos élites.

De plus en plus décomplexées, leur action marchande l’intérêt général au profit des intérêts particuliers. Elles seraient pragmatiques, en prise avec la réalité, détentrices de la vérité.

Pourtant, nul ne saurait être plus spectaculairement déconnecté du réel que nos très chères élites. En dépit des multiples signaux, elles persistent dans les mêmes voies sans remettre en cause leur « logiciel ». Elles ignorent les « erreurs système », et plongées dans un profond déni, nous mènent inexorablement à la catastrophe.

Il faut prendre conscience de la nature rigoureusement « hors sol » de nos élites pour mieux refuser leurs solutions. Nous l’illustrerons brièvement à travers trois exemples récents : l’élection de Donald Trump aux USA, la crise italienne et l’urgence écologique.  

1) Donald Trump n’a pas remporté la présidentielle américaine

La victoire de Donald Trump fit l’effet d’une véritable onde de choc. À quelques heures des résultats, le New York Times prédisait sa défaite avec 97 % de confiance, les sondages donnaient un écart de plus de cinq points et les modélisations les plus aventureuses ne lui accordaient que 35 % de chances de succès.

L’élection de ce milliardaire homophobe, raciste, xénophobe et populiste semblait relever du domaine de l’impossible. Celui qui se vantait d’agresser sexuellement les femmes en les « attrapant par la chatte » ne pouvait remporter l’élection présidentielle. Pour les élites libérales, le traumatisme profond de sa victoire laissa rapidement place au déni. Il fallait trouver un coupable, une explication rationnelle à la défaite d’Hillary Clinton, cette femme si compétente, si expérimentée.

Électeurs de Donald Trump priant à un meeting postélectoral. Photo : Daily Mail

En réalité, sa déconvenue était largement prévisible. De nombreuses voix l’avaient anticipée, en particulier à gauche. Les proches de Bernie Sanders, le cinéaste et activiste Michael Moore, nous-mêmes ici.

Il fallait toute la déconnexion avec le réel dont sont capables les libéraux démocrates et les élites financières, économiques et journalistiques qui les accompagnent pour imaginer un seul instant que cette présidentielle serait une promenade de santé. Pur produit du système, Hillary Clinton incarnait tous ses vices : des discours grassement payés par Wall Street, le mépris de classe affiché lors des somptueux dîners de levée de fonds, où elle se fendait de plaisanteries pour ravir l’assistance, désignant les électeurs de Donald Trump comme un « panier de déplorables » et raillant les militants de Bernie Sanders « au moins les skinheads se rasent, eux ». (1) Trente ans de carrière à Washington à cultiver le compromis et la corruption passive, à approuver la guerre en Irak avant de revendiquer fièrement le bilan catastrophique de son mari (signatures des traités de libre-échange, politique d’incarcération de masse des Noirs et dérégulation financière ayant entraîné la crise de 2008…) auront laissé des traces.

Les élites prédisaient un duel entre Jeb Bush (frère de W.) et Hillary Clinton. Preuve du caractère hors-sol des commentateurs de la vie politique américaine.

Si ce n’était un parti pris médiatique hallucinant (et méticuleusement documenté) contre Bernie Sanders, et une manipulation en bonne et due forme du comité d’organisation de la primaire démocrate, c’est bien un candidat populiste et résolument de gauche qui aurait affronté Donald Trump.

Les élites ont été incapables de prendre au sérieux la candidature du milliardaire, et ont tout fait pour appuyer la pire candidate possible face à lui. Mais une fois sa défaite actée, ces mêmes élites se sont montrées incapables de la moindre autocritique. À commencer par Hillary Clinton elle-même.

What happened ?

La lecture du livre bilan d’Hillary Clinton, What Happened, est édifiante.  La candidate déchue analyse les causes de sa défaite et désigne les coupables : Bernie Sanders, la Russie, les fake news relayées par Facebook, l’enquête trop intrusive du FBI sur son serveur d’email et, tout de même, le fait que près de 3 millions de Noirs et de pauvres aient été privés du droit de vote par les lois mises en place dans certains États républicains. Pas une once d’autocritique sur ses revirements sur le libre-échange, les centaines de milliers de dollars perçus à titre privé pour faire des discours devant le gratin de Wall Street, son interventionnisme militaire, sa collusion manifeste avec les grandes multinationales et trente ans de prises de position néolibérales. (2)

Couverture du livre bilan d’Hillary Clinton

Cette incapacité à la remise en question pousse, aujourd’hui encore, le parti démocrate à aligner les candidats corrompus et néolibéraux contre les candidats progressistes lors des primaires des élections législatives à venir. Le parti démocrate continue d’approuver les nominations des ministres va-t-en-guerre de Donald Trump ou d’une tortionnaire à la tête de la CIA. La seule loi que les démocrates ont largement soutenue au Congrès a pour thème la dérégulation bancaire et pour effet d’annuler les restrictions mises en place par l’administration Obama.

Mais il y a pire. Car le déni va jusqu’à refuser l’idée que Donald Trump soit président, et appeler sans cesse à sa destitution. D’où cette obsession pour l’ingérence russe et la pollution des fake news. Avec deux conséquences dramatiques. 

Sur la frange « fake news », les élites néolibérales justifient le terme popularisé par Donald Trump, faisant ainsi le lit des théories complotistes et d’un anti-intellectualisme rampant. Par ailleurs, les pressions exercées sur Google et Facebook ont conduit ces deux entreprises à mettre en place des algorithmes qui bloquent l’accès aux sites de gauche alternative et progressiste. (3)

Second point, l’ingérence russe présumée et la potentielle collusion de Donald Trump avec le pouvoir de Moscou ont déclenché une enquête indépendante, conduite par le procureur spécial Robert S. Mueller. Si l’incompétence de Donald Trump est la première cause de la mise en place de cette investigation, les élites libérales espèrent qu’elle aboutira sur une procédure de destitution. En théorie, de nombreux motifs pourraient justifier un tel épilogue : les très probables tentatives d’obstruction à la justice, le financement problématique dans l’affaire de l’actrice pornographique Stormy Daniels, les collusions avérées de certains proches de Donald Trump avec le Kremlin, et surtout, les multiples conflits d’intérêts supposés du président avec les oligarques russes. Mais en pratique, le parti républicain empêchera toute procédure de destitution.

Stormy Daniels et Donald Trump, photo Jamie Squire/Getty Images

Pourtant, au lieu de se concentrer sur la critique politique de l’action du président, l’opposition démocrate et la presse libérale n’ont de cesse de mettre en scène les rebondissements de l’enquête du procureur Mueller. Les chaînes d’informations en continu CNN et MSNBC sont les pires droguées au feuilleton présidentiel, mais il est rare de ne pas voir en première page des sites internet du New York Times et du Washington Post les dernières allégations concernant les progrès de Mueller ou les développements de l’affaire Stormy Daniels. Lorsque les principaux médias du pays consacrent plus de temps à un scandale impliquant une actrice porno qu’à la politique sociale, économique et environnementale, on réalise à quel point le déni des élites endommage la démocratie. (4)

De plus, en menaçant sans cesse Donald Trump de destitution, les démocrates viennent de fournir un argument massue au parti républicain pour mobiliser son électorat et éviter la perte de sa majorité parlementaire aux élections législatives de septembre prochain : voter républicain pour empêcher l’impeachment de Trump ! (5)

La dernière conséquence néfaste de ce refus de la réalité, c’est l’obsession de la classe politico-médiatique contre Poutine. Pour prouver qu’il n’est pas dans les mains du Kremlin, Trump doit expulser des diplomates russes, prendre des sanctions économiques, conduire des frappes militaires et armer les adversaires de la Russie. Autant de mesures qui alimentent cette nouvelle guerre froide et empêchent le dialogue nécessaire aux processus de paix en Ukraine et au Moyen-Orient.

Pendant ce temps, Trump dérégule Wall Street, transforme les USA en paradis fiscal, sépare des milliers d’enfants d’immigrants de leurs parents, conduit des rafles contre les sans-papiers, supprime les réglementations environnementales, prive des millions d’Américains d’assurance maladie, impose des taxes sur l’énergie solaire, cherche par tous les moyens à subventionner l’industrie du charbon et démarre un processus de guerre avec l’Iran.

2) En Europe, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

La Grèce ?  Effondrée. L’Espagne ? Un million d’exilés économiques. La Pologne et la Hongrie : des « démocraties illibérales » dirigées par une extrême droite xénophobe et ouvertement antisémite. En Autriche, Slovaquie et Finlande, l’extrême droite gouverne par coalition. En Allemagne et en France, elle serait la seconde force politique (en termes d’électorat). Au Danemark et aux Pays-Bas, les xénophobes sont aux portes du pouvoir. N’y aurait-il pas un problème avec la construction européenne ?

Oui, vous répondront les élites du continent. Il faut mener au bout les réformes néolibérales, introduire plus de concurrence, poursuivre l’austérité budgétaire !

Les récentes élections italiennes auraient dû constituer un ultime signal d’alarme. Les deux partis arrivés en tête, le M5S et la Lega, se revendiquent eurosceptiques et prédisposés à une sortie de l’Euro. Leur accord de gouvernement abandonnait clairement cette option. Il a pourtant été retoqué par le président de la République italienne, non pas parce que le projet prévoyait l’expulsion de 600 000 réfugiés, mais parce qu’il ne respectait pas le pacte budgétaire européen.

Image: Les Echos

Le quotidien allemand de référence, Der Spiegel, signait un éditorial au vitriol qui illustre la vindicte de la presse d’outre-Rhin, dénonçant les résultats électoraux italiens en des termes on ne peut plus crus : « Au moins, les clochards disent merci quand on leur donne quelque chose ». Bruno Lemaire pour la France, Monti pour la BCE, et Angela Merkel pour Berlin se chargèrent des pressions politiques avant que le fameux « spread » des marchés financiers viennent rappeler aux Italiens qui gouverne leur pays. Ce sera donc un troisième gouvernement technique (comprendre non élu et technocratique) qui sera chargé d’exercer le pouvoir à Rome, avec à sa tête, ce n’est pas une plaisanterie, un ancien cadre du FMI. (6)

« Je redis mon amitié et mon soutien au président Mattarella qui a une tâche essentielle à mener, celle de la stabilité institutionnelle et démocratique de son pays, ce qu’il fait avec beaucoup de courage et un grand esprit de responsabilité ». C’est en ces termes qu’Emmanuel Macron a salué ce déni de démocratie qui consiste à nommer au poste de Premier ministre celui qu’on surnomme « les ciseaux » du fait de son affection pour les coupes budgétaires.

Bien évidemment, il se passe exactement ce que nos chères élites voulaient éviter. Le taux de la dette italienne s’est envolé à l’annonce du rejet du gouvernement de coalition, la crise politique italienne s’aggrave et devra déboucher sur de nouvelles élections où, comme par hasard, la Lega hier encore à seulement 18 % est désormais donnée à 33 %, devant le M5S à 29 %. (7)

Taux d’intérêt des emprunts italiens à deux ans, Financial Times

Et « en même temps », les ministres français du Budget (Gérald Darmanin) et des Finances (Bruno Lemaire) expliquent que les aides sociales françaises empêchent les gens de trouver un emploi et doivent être fortement réduites. Comme l’avait fait le Macron italien, Matteo Renzi, avant que son parti ne s’effondre au profit du M5S.

Il faut avoir perdu toute connexion avec le réel pour être capable de produire de tels discours et décisions aussi fabuleusement « hors sol ».

 3) Priorité à la croissance

Le livre de Pablo Servigne « Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » est en tête des ventes Amazon (rubrique sociologique). On y apprend que, conformément aux rapports du GIEC (mandaté par l’ONU) et à l’appel signé par vingt mille scientifiques, notre civilisation est sur le point de s’effondrer. Pas en 2100 lorsque le climat aura atteint les températures du Jurassique et que la majorité de l’Asie du Sud-Est (où vivent deux milliards de personnes et où sont stockées cinq cents ogives nucléaires en Inde et au Pakistan) sera inhabitable, mais d’ici dix à trente ans.

Prévisions du rapport du club de Rome de 1972 « Halte à la croissance », dit rapport Meadows

Outre le réchauffement climatique, on note un épuisement accéléré des stocks de poisson (dont dépendent 1 milliard d’individus pour vivre), l’extinction de la moitié des espèces vertébrées, de 80 % des insectes et 30 % des oiseaux en Europe, la déforestation accélérée (équivalente à la surface de l’Afrique du Sud en trente ans), la multiplication exponentielle des zones mortes dans les océans et la division par dix des stocks d’eau potable. (8)

Image : Camille Renard – Radio France

On peut choisir d’être moins alarmiste, et se référer au dernier rapport publié par le géant pétrolier Royal Dutch Shell. Les scientifiques de la multinationale ont cherché à calculer ce qui sera nécessaire en termes de lutte contre le réchauffement climatique pour tenir les objectifs de la COP21.  (9) Ils en déduisent qu’il faut absolument que toutes les conditions suivantes soient respectées :

  • Une taxe carbone mondiale dès 2020, dont le montant sera progressivement porté à un niveau prohibitif pour les industries les plus polluantes d’ici à 2030
  • Une multiplication par 50 des capacités de production d’énergie renouvelable
  • Un gain d’efficacité énergétique à un niveau encore jamais observé, combiné à un changement de comportement drastique des consommateurs.
  • La généralisation exponentielle de la voiture électrique
  • Le déploiement de technologie alternative non encore prouvé (pile à hydrogène, capture de C02)
  • La construction de dix mille usines à capture et stockage du C02
  • L’arrêt de toute déforestation nette à partir de 2050 et l’augmentation des surfaces forestières ensuite

Nos très chères élites ont choisi de nier ces défis, pour se concentrer sur la fameuse croissance. D’où la signature d’un accord de libre-échange avec le Canada qui offre un débouché aux pétroles issus des sables bitumineux extraits après déforestation de l’Alberta. D’où l’accord de libre-échange Mercosur et les quatre-vingt-dix mille tonnes de bœuf importées, issues des pâturages arrachés à la forêt amazonienne. D’où la prolongation de l’usage du glyphosate et du modèle d’agriculture intensive. D’où l’autorisation d’importation de 300 000 tonnes d’huile de palme pour la raffinerie de Total en Provence. D’où la main arrachée à un militant de la ZAD par les forces de police, qui ont ensuite estimé que la culpabilité se situait du côté du Zadiste. (10)

L’urgence, expliquait Emmanuel Macron à Forbes, c’est de supprimer l’exit tax qui décourageait l’exil fiscal et d’enterrer la taxe européenne sur les transactions financières. Vous avez dit « pragmatisme » et « disruption » ? On répondra déni de réalité et aveuglement.

Conclusion

Nos très chères « élites » ne se contentent plus de vivre dans le déni de réalité, elles prennent des décisions qui accélèrent les catastrophes et réduisent notre capacité de résistance. Le discours de Gérard Collomb sur les migrants et la répression policière des mouvements sociaux et écologistes pavent la route à l’extrême droite qui surgit déjà, si ce n’est au pouvoir, dans les actes du gouvernement. De même, la destruction du tissu social, la privatisation accélérée des services publics (EDF, SNCF, éducation, hôpital, sécurité sociale) affaiblissent notre capacité à faire face aux défis futurs. Plus une société est inégalitaire, moins elle est apte à répondre aux bouleversements, nous enseigne l’anthropologie. À défaut de pouvoir faire bouger nos élites, il devient urgent d’en changer.

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Notes et références :

  1.  Sur la campagne d’Hillary Clinton, on recommande les articles de Jacobinmag, par exemple celui-ci et celui-là.  Ainsi que l’introspection d’Hillary Clinton elle-même suite à la sortie de son livre « What happened » .
  2. Idem 1.
  3. Lire « Comment le russiagate aveugle les démocrates » Le monde diplomatique, mai 2018.
  4. Idem 3.
  5. Lire en Anglais : https://www.vox.com/2018/4/30/17291016/democrats-impeachment-midterms
  6. Sur la crise politique italienne, lire cet excellent article de Lenny Barbara du Vent Se Lève.
  7. Comme s’en alarme le Financial Time ici et .
  8. Sur le risque d’effondrement, lire l’appel des scientifiques https://www.franceculture.fr/environnement/alerte-de-15000-scientifiques-leurs-9-indicateurs-de-degradation-de-la-planete-analyses
  9. Vox a détaillé une analyse passionnante du rapport de Shell
  10. À ce propos, lire le dernier billet de Frédéric Lordon

5 réactions au sujet de « Le déni des élites »

  1. Comme disait la Pompadour : « Chacun pour soi, dieu pour tous et après moi le déluge ». Il faudrait juste que ceux qui dirigent nos élites (la centaine qui possède autant que la moitié de la population mondiale) soient convaincus qu’ils ne pourront pas se sauver.

    C’est toujours avec plaisir de lire vos articles toujours aussi denses et accessibles, c’est pas donné à beaucoup de pouvoir le faire.

  2. Bonjour,
    Il me semble que nous sommes tous complices de la situation. Le citoyen lambda qui se paye un voyage dans un pays exotique,si possible à prix cassé, n’est-il pas lui aussi dans le déni ?

    1. Vaste question ! Disons que nos élites et dirigeants ont un impact bien plus grand. A l’échelle de l’individu l’impact reste négligeable, mais si personne ne fait d’effort… c’est là le cœur du problème, et le rôle des élites de montrer la voie ou au minimum encourager les comportements vertueux, mettre en place les structures qui permettent une sortie de crise.

  3. Démonstration passionnante et édifiante bâtie sur un angle original et inattendu : le déni collectif. Jusqu’ici, on connaissait plus l’inconscient du même acabit. Et on mesure à l’aide des trois exemples poussés à leur extrême logique que le déni est encore plus dangereux voire mortifère que la cécité si d’aucuns pouvaient en douter. Et surtout, combien c’est incurable…

    De l’art du consensus sans être « consensuel », soit du Politicoboy pur jus, ou le syndrome de Stockholm par excellence qui ne nous laisse pas le choix : soit on aime, soit on aime !

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