De l’absurdité de la loi travail

De l’absurdité de la loi travail

Marquant la fin d’un suspens « insoutenable », le gouvernement d’Emmanuel Macron vient de dévoiler ses cinq ordonnances visant à réformer le Code du travail. Jugées trop timides par certains, contestés par l’ensemble des syndicats, elles représenteraient, selon la France Insoumise « un coup d’État social ». Facilités de licenciement, fin du CDI, baisse des salaires, le projet de loi dynamite le modèle social français. Mais est-il cohérent ?

Dans cet article, nous allons revenir sur la  logique de cette réforme afin de démontrer à quel point elle est inadaptée, pour ensuite détailler les principales ordonnances et leurs effets, avant de terminer par une analyse de l’enjeu politique.

Partie 1: La loi travail peut-elle réduire le chômage ?

Emmanuel Macron part d’un constat alarmant, le pays compte six millions de chômeurs.  « La France est la seule puissance économique européenne qui n’a pas gagné la bataille contre le chômage de masse» disait-il le 25 août, lors d’un déplacement à Bucarest. Si l’Italie (11% de demandeurs d’emploi) et l’Espagne (17%) apprécieront la remarque, on comprend qu’elle était surtout destinée à faire passer un message aux Français : le taux de chômage anormalement élevé (9.6% contre 9.1% en moyenne sur la zone euro) justifie les réformes douloureuses, en commençant par la loi travail. (1)

Disons-le d’entrée, Mr Macron a raison sur un point : la lutte pour l’emploi doit figurer en tête de ses priorités. Une réduction importante du nombre de chômeurs résoudrait d’un seul coup le problème du financement des retraites et de la sécurité sociale tout en mettant un terme à l’austérité budgétaire, en plus d’avoir de nombreuses retombées vertueuses du point de vue social.

Réformer le Code du travail permet-il de lutter contre le chômage ?

Du point de vue de la théorie économique, les économistes dits « néoclassiques » (dont se revendique Macron) ont tendance à dire oui, mais à terme et après une période de récession créée par la baisse des salaires (2).  Rien de guère réjouissant, surtout lorsque l’on sait que de nombreux prix Nobel d’économie, eux aussi issus de l’école de pensée néolibérale, ont apporté les preuves théoriques de l’invalidité des modèles néoclassiques sur lesquels reposent la corrélation flexibilité du marché du travail = croissance et emplois. (3)

Regardons donc des exemples pratiques. Le pouvoir politico-médiatique nous cite fréquemment  les exemples des USA, du Royaume-Uni et surtout de l’Allemagne . Ces pays arborant à la fois un taux de chômage proche du plein emploi et un marché du travail réputé plus « flexible », ils constitueraient la preuve de l’efficacité des réformes. Pourtant, on peut facilement déconstruire cet argument. L’OCDE nous apprend que le marché du travail allemand est plus rigide qu’en France.(4) La clé du succès allemand ne réside donc pas dans ses fameuses réformes (5), mais dans son modèle économique tourné vers l’industrie haut de gamme et l’export. (6)

En ce qui concerne le Royaume-Uni, les derniers chiffres de l’emploi exposent ce que le rédacteur en chef de Business Insider nomme « le mensonge du gouvernement » dans un article particulièrement éclairant. Puisque le taux de chômage de la Grande-Bretagne vient d’atteindre son plus bas niveau depuis 1975, les salaires devraient remonter. Or ils stagnent et la productivité diminue, preuve que derrière le plein emploi officiel se cachent une précarisation extrême et une multiplication des temps partiels décomptés du chômage. Le véritable taux de chômage serait donc plus élevé (jusqu’à 15% selon l’ONS – équivalent de l’INSEE britanique), ce qui démontre l’inefficacité de la flexibilisation. (7)

Le même raisonnement pourrait être appliqué aux États-Unis (taux de chômage de 4.5% et pouvoir d’achat moyen en baisse). (8)

Pour achever de nous convaincre, prenons le problème à l’envers. L’Italie a appliqué à la lettre la formule de flexibilisation, sans succès. (9) Mais surtout, la France n’en est pas à la première réforme « structurelle ». Depuis trente ans, pas moins de dix-huit réformes ont cherché à flexibiliser le marché du travail. Les dernières en dates, les lois Macron (2015) et El Khomri (2016) peinent à porter des fruits, le chômage ayant de nouveau augmenté en juillet malgré un contexte international favorable. Les mêmes qui promettaient un million d’emplois avec le CICE en 2013 cherchent à nous convaincre de la nécessité d’une réforme du Code du travail. Pourtant, aucun argument définitif ne permet de valider cette politique. Dans son exposé, le journaliste économiste Romaric Godin conclut que seule la confiance des milieux d’affaires dans la réforme de Macron peut entraîner un regain d’emplois. En clair, bien que l’expérience et la théorie démontrent l’inefficacité des « réformes structurelles »,  il suffirait que les patrons y croient pour que les embauches redémarrent.

Cela revient à dire que l’entreprise crée l’emploi. Une notion absurde, puisque c’est l’activité économique qui crée l’emploi. En clair, c’est parce que le carnet de commandes se remplit que le patron embauche, et pas l’inverse.

Or les milieux d‘affaires et du patronat ne semblent pas croire à la magie des réformes, comme le montre la hausse récente du chômage, malgré l’élection d’Emmanuel Macron.

Si vous êtes pris d’un doute, référez-vous à l’enquête réalisée par l’INSEE auprès de dix mille chefs d’entreprises. Pour eux, le principal frein à l’embauche est l’incertitude économique (le carnet de commandes) à 28%, suivi par le manque  de main-d’œuvre qualifiée à 27%. Le coût du travail arrive en troisième position (23%) devant la flexibilité (18% seulement).  Le journal Les Echos conclu : le Code du travail n’est pas la première barrière à l’embauche. Le vice-président du Medef le confirmait au micro d’Europe 1 : « il n’y aura pas de vague d’embauche ». Quand à Gaspard Koenig, le fondateur du think tank libéral Génération libre, il écrivait le 4 septembre dans Les Echos “La littérature économique n’offre aucune conclusion claire sur le lien entre droit du travail et taux de chômage”. Disons-le autrement, même les plus fervents défenseurs du néolibéralisme ne se prononcent pas sur le lien flexibilité-emplois. (10)

Pire, la réforme risque de créer de l’incertitude, comme l’explique l’économiste Jacques Sapir. En donnant la priorité aux accords d’entreprise sur les accords de branche, les entreprises d’un même secteur vont se battre à armes inégales, ce qui va contribuer à brouiller la stabilité des marchés concurrentiels, donc faire l’inverse de ce que réclament les patrons interrogés par l’INSEE. (11)

Autre effet pervers, cela risque d’entraîner un mécanisme de dumping social, l’entreprise parvenant à obtenir l’accord le plus avantageux avec ses salariés réduira de fait ses coûts par rapport à ses concurrents.

La réforme voulue par Macron est donc absurde puisqu’elle n’a aucune chance de parvenir à réaliser l’objectif affiché de lutte contre le chômage de masse et ne correspond pas aux attentes du patronat pris au sens large.

À quoi sert la Loi Travail ?

Puisque la loi Travail n’a pas pour réel objectif de favoriser l’emploi, deux hypothèses sont possibles. Soit le MEDEF, Emmanuel Macron et les économistes qui le conseillent sont aveuglés par leur idéologie et croient dur comme fer aux vertus de la réforme du Code du travail, soit la vérité est ailleurs. Côté Medef, il s’agirait de favoriser les membres de ce syndicat (les grandes entreprises et les multinationales) en augmentant leurs profits. Une attitude tout à fait rationnelle, quoiqu’on pense de sa moralité. Pour Macron, il s’agirait de remporter une victoire politique et surtout de gagner la confiance de l’Union européenne et de l’Allemagne. La réforme du marché du travail a déjà été imposée à l’Italie, l’Espagne et la Grèce, il ne manquait plus que la France. Mais dire aux Français qu’ils vont perdre leurs acquis sociaux pour faire plaisir au ministre des finances allemand semble plus compliqué que de brandir le chiffre de six millions de chômeurs. Emmanuel Macron l’avait néanmoins expliqué à plusieurs reprises dans des interviews à Médiapart et au Figaro notamment. Pour lui, tout passe par le regain de confiance de l’Allemagne afin de pouvoir ensuite lui imposer des réformes européennes.

Mais si cette dernière a jugé les lois Macron (2015),  El Khomri (2016) et les plans d’austérité successifs comme insuffisants, comment penser qu’elle se satisfera des ordonnances de 2017 ? À défaut d’être absurde, la stratégie semble naïve et douteuse. (12).

Ainsi, non seulement la réforme du Code du travail ne permettra pas de lutter contre le chômage, mais l’objectif stratégique de regain de confiance de l’Allemagne semble également hors de porté (13). Or le prix que vont payer les salariés français pour cette lubie semble particulièrement élevé.

Partie 2 : Faut-il avoir peur des ordonnances de la loi travail ?

À première vue, nous sommes surpris par l’absence d’annonces catastrophiques. Les syndicats FO et CFDT n’appellent pas à la mobilisation, le Medef se plaint d’une loi trop timide. La suppression du statut du CDI, la fin de la durée légale du travail et l’inversion complète de la hiérarchie des normes (qui devait permettre de renégocier les salaires à la baisse au sein de l’entreprise) ne font pas partie des 5 ordonnances.

Seulement voilà, comme on dit, le diable se situe dans les détails. Et les ordonnances accomplissent ce qu’elles devaient accomplir : faciliter les licenciements et baisser les salaires. (14)

Voici les principales conséquences à retenir:

1) La fin objective du CDI

Jusqu’à présent, un employé victime d’un licenciement illégal (en absence de motif économique ou de faute grave) pouvait saisir le tribunal des prud’hommes pour réclamer des indemnités. Cette institution se trouve considérablement affaiblie par les ordonnances.

D’abord, il existe désormais un plafond aux indemnités redevables à l’employé, ce qui permet à  l’employeur de prévoir le coût du licenciement. Ensuite, le nouveau barème est nettement inférieur à ce qui s’observait empiriquement par le passé. Enfin, les délais pour saisir les prud’hommes sont raccourcis. En clair, un employeur aura moins de chance d’être trainé devant les tribunaux et connaitra à l’avance le prix du licenciement (entre une semaine et  1 mois de salaire par année d’ancienneté, plafonné à 20 mois). Il deviendra donc rentable de licencier des employés « gênants » (un peu trop récalcitrants à négocier des baisses de salaire ou des conditions de travail plus contraignantes exemple) ou simplement trop vieux et trop chers ou en mauvaise santé.

Le CDI perd donc son caractère “immuable”, et devient de fait un contrat à l’américaine où l’on peut être licencié à tout moment.

En parallèle, les ordonnances introduisent une nouveauté,  le contrat « chantier », sorte de CDD dont la durée est liée à celle de la mission de l’employé. Ce contrat pourra être facilement annulé sans indemnités si l’employeur décide d’arrêter le projet ou de modifier subitement les contenus de la mission. Bien sûr, tous les employeurs n’abuseront pas nécessairement de cette méthode cynique pour se payer des CDD sans avoir à verser les primes de précarité, mais  l’essence des ordonnances est bien de flexibilisé le travail, donc de permettre de liscencier facilement !

Enfin, la durée maximale des CDD (18 mois renouvelable une fois) sera désormais négociée au niveau de la branche professionnelle (il en existe 700) et pourra aller jusqu’à un maximum de cinq ans. Finis les CDI après 18 mois de CDD, bienvenue dans le monde du CDD de cinq ans…

Non seulement les vrais CDI vont devenir une denrée rare, mais en plus leur statut se retrouve considérablement affaibli par les nouvelles facilités de licenciement.

2) Facilité de licenciement

Le principal cadeau fait au Medef consiste à autoriser les plans de licenciement économique des filiales déficitaires des entreprises multinationales. Prenons un exemple concret. Imaginons que la compagnie pétrolière Total, dont les bénéfices dépassent souvent les dix milliards d’euros, souhaite licencier 20% de son personnel travaillant dans les raffineries hexagonales sous prétexte que le raffinage français est déficitaire en année X.  Jusqu’à présent, une décision de ce type aurait été qualifiée d’abusive et aurait permis au millier d’employés concernés de toucher des indemnités. Avec les ordonnances, ce plan de restructuration ne donnera lieu à aucune compensation, car il s’agira d’un licenciement pour raisons économiques.  Ce qui peut se comprendre en théorie. Après tout, pourquoi Total devrait subventionner ses raffineries françaises sous prétexte qu’il réalise des bénéfices en Afrique ?

Seulement voilà, le cas de Mac Donald démontre la facilité avec laquelle une entreprise peut artificiellement organiser le déficit de sa filiale française (pour ne pas payer d’impôts en France, ou désormais licencier gratuitement). Cette mesure incite également les multinationales francaises a déplacer leur siège social à l’étranger, donc à délocaliser certains emplois.

Les PME et TPE ne bénéficient pas de cette disposition, mais elles ont également des mesures dédiées, notamment le droit au référendum patronal qui permet une rupture conventionnelle du contrat collectif. En clair, si deux tiers des employés donnent leurs accords, un plan de licenciement volontaire peut être acté sans possibilité d’indemnisations prud’homales pour les employés (qui receveront à la place une prime de départ négociée). 

3) La précarisation massive des salariés, en particulier les jeunes

Sans revenir en détail sur le contrat chantier, on comprend qu’il permet à la fois de proposer des CDD sans les avantages pour l’employé (pas de prime de précarisation)  tout en offrant la possibilité d’étendre la durée des CDD indéfiniment. Puisque ces contrats s’appliquent essentiellement aux nouvelles embauches, ils vont principalement toucher les jeunes et les chômeurs.

4)  La baisse des salaires

Là encore, ce n’est pas dit clairement, mais l’entreprise aura désormais le droit de négocier les primes avec ses employés, quels que soient les accords de branches. Les guichetiers des banques risquent par exemple de perdre leur 13e mois. Mais toutes les primes sont concernées, ce qui constitue une baisse de salaire potentiel assez élevée, de l’ordre de dix pour cent au minimum.

De plus, les dispositions introduites pour les TPE et PME de moins de 50 salariés permettent de négocier directement dans l’entreprise les conditions de travail et les montants des salaires.  

5) Incertitude économique et dumping social

Comme nous l’expliquions plus haut, les ordonnances encouragent le dumping social et le recours au chantage à l’emploi pour imposer des baisses de salaires (soit en augmentant le temps de travail soit en supprimant des primes, soit en renégociant directement les salaires), ce qui risque d’ajouter de l’incertitude dans le climat des affaires, en particulier à l’échelle des TPE et PME.

6) Affaiblissement du dialogue social et des syndicats

Non seulement le plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif permet de mettre un prix sur la tête des syndicalistes, mais des dispositions sont prises pour agréger les différentes organisations salariales, en particulier dans les PME/TPE. De trois organisations salariales (syndicat, commité d’entreprise et commité d’hygyène et de sécurité), les PME/TPE passeront potentiellent à zéro (pour les entreprises de moins de cinquante salariés) ou une (le CSE, pour les PME de moins de 300 salariés). Le budget du CSE sera réduit par rapport au budget agrégé des trois organisations, rendant ses marges de maneouvre plus étroite et sa possibilité de mener des auditss indépendantes (sur la santé financière de l’entreprise en cas de plan de licenciment économique par exemple) largement réduit. Or de nombreuses conditions de travail pourront être renégociées au sein des entreprises dont la représentation salariale sera de facto affaiblie.

Le professeur en droit à la sorbonne Pascal Lokiec, favorable à une réforme du Code du travail,  regrette une occasion manquée d’élargir le dialogue social sur le modèle allemand. Il déplore une absence de garde-fou visant à introduire de la sécurité et du dialogue coté employé.

Conclusion:

Conformément à l’idéologie néolibérale, les ordonnances vont permettre de faciliter le licenciement, de précariser l’emploi et de baisser les salaires. Elles signent la fin du CDI et le début du chantage à l’emploi pour obtenir des réductions de salaire et une augmentation du temps de travail, dont la négociation sera rendue d’autant plus facile que la prochaine grande réforme du gouvernement concerne l’assurance chômage, avec pour but avoué de réduire les allocations et de durcir leurs conditions d’obtention en obligeant les demandeurs d’emploi à accepter la seconde offre qui leur sera faite.

La ministre du Travail Madame Penicaut le disait clairement, les ordonnances ne sont qu’une partie d’un tout . Nous sommes prévenus.

Partie 3 : Les ordonnances: un enjeu politique majeur

Emmanuel Macron a fait de cette réforme la clé de sa politique et le marqueur de son quinquennat. Le recours aux ordonnances, le flou quant à leur contenu, révélé publiquement par fuite dans la presse (en juin) puis officiellement le 31 août dramatisent l’aspect symbolique de cette loi.

La France Insoumise s’est elle-même construite contre ce projet, en se plaçant comme principale force d’opposition à l’Assemblée nationale avant d’appeler  à la mobilisation dans la rue le 12 septembre (à l’initiative de la CGT) et le 23 (sous sa propre initiative).

Les ordonnances sont donc également un test politique qui va déterminer les marges de manoeuvre du président et le poids de l’opposition de LFI.

Dans une hypocrisie hallucinante, le parti socialiste s’oppose également à cette réforme qui ne fait pourtant que reprendre la loi El Khomri dans sa première version. (15)

Pour Emmanuel Macron, le passage de cette loi doit permettre d’ouvrir la voie vers les autres réformes prévues dans son programme et par la Commission européenne (la réforme des retraites et de l’assurance chômage et la baisse du SMIC), tout en étant la condition nécessaire (mais pas suffisante) pour réformer l’Union européenne vers une plus grande intégration politique.

Pour la France Insoumise, il s’agit de se placer comme principale force d’opposition et de jeter les bases de la chute d’Emmanuel Macron. Francois Ruffin parlait de premier round d’un match de box, Jean-Luc Mélenchon évoquait des vagues successives lancées à l’assaut de la forteresse Macron.

Il faut en effet bien réaliser que la présidence d’Emmanuel Macron est particulièrement fragile. Sa cote de popularité s’est effondrée à une vitesse record et s’établit déjà au niveau de celle de Donald Trump. Non seulement ses mesures antisociales (baisses des APL, suppressions des contrats aidés, gel des rémunérations des fonctionnaires, coupes budgétaires…) sont impopulaires, mais Macron frustre également de nombreux corps de métiers (armée, police, cheminots). Les burn-out dans les cabinets ministériels et la frustration des députés En Marche ajoutent à l’isolement du président. (16) Le pouvoir de Macron tient à un fil, et notre président le tend en permanence, comme le prouve sa décision de supprimer le régime des retraites spécifique des cheminots.

Si le pays s’enfonce dans la contestation sociale et la grève générale, Macron sera obligé de dissoudre l’assemblée et de prendre le risque de se voir imposer une cohabitation.

Mais si les ordonnances passent “comme dans du beurre”, alors le gouvernement pourra continuer d’avancer en marche forcée sans se soucier des dégâts provoqués. Tel est l’enjeu de ce premier round de réforme et de mobilisation sociale.

Conclusion:

La réforme du Code du travail est absurde du point de vue économique, inadaptée du point de vue du patronat et dévastatrice du point de vue du salarié. En théorie, elle devrait appeler une contestation sociale massive tant elle ne promet aucune amélioration en termes d’emplois, du propre aveu du Medef et des think tanks libéraux, et garantis une baisse des salaires et une précarisation importante des employés tout en introduisant une incertitude néfaste pour les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises.

Pourtant, la machine médiatique semble s’être mise en ordre de marche pour défendre cette réforme qui, selon certains, ne va pas assez loin. Pas sûr que les Français auront la volonté d’aller essuyer les tirs de grenades des CRS pour défendre leur bien le plus précieux et faire trembler un gouvernement qui mène ouvertement la lutte des classes à l’envers.

Notes et références:

  1. Sur l’ananlyse d’Emmanuel Macron concernant la nécessite de faire cette réforme, lire cet excellent décryptage d’Atlantico 
  2. Cet excellent exposé de Romaric Godin pour Médiapart part de la théorie économique pour expliquer les limites des réformes structurelles type loi travail.
  3. Dans ce precedent article, nous avions détaillé la théorie économique et l’apport de différents Nobels d’économie qui invalidaient les hypothèses néoclassiques sur lesquels reposent la loi travail. Voici un extrait : « En particulier l’économiste libéral et prix nobel 1994 John Nash pour ses travaux de 1951 sur la théorie des jeux qui démontre qu’un mécanisme de concurance parfait conduit au résultat le plus inéficace (…) voir le paradoxe Lipsey-Lancaster et les travaux du Nobel d’économie 1976 John K Arrow pour ses travaux de 1951 démontrant l’impossibilité de fonctionnement de la loi de Say. » Lire également cet article écrit pour médiapart
  4. Lire ce rapport de l’OCDE http://www.oecd.org/els/emp/oecdindicatorsofemploymentprotection.htm
  5. Le think tank IRIS, plutôt d’inspiration libérale, nous explique que les réformes Schroder ne sont pas responsables de l’embellie allemande.
  6. Lire cet article d’Alternative économique 
  7. Lire (en anglais) cette formidable étude publiée par Business Insider 
  8. Comme le démontre ces graphiques https://tradingeconomics.com/united-states/wage-growth
  9. Lire cette étude publiée dans le journal économique La Tribune http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/italie-les-raisons-de-la-defaite-de-matteo-renzi-580652.html
  10. Comme nous aprend le journal Les Echos https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/030397017010-le-code-du-travail-nest-pas-la-premiere-barriere-a-lembauche-2096140.php
  11. Lire Jacques Sapir  « Les ordonances désordonnées » https://www.les-crises.fr/les-ordonnances-desordonnees-par-jacques-sapir/
  12. Lire cet article de La Tribune : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/europe-la-strategie-d-emmanuel-macron-est-elle-la-bonne-670023.html
  13. Lire cet interview de Romaric Godin:  http://lvsl.fr/macron-represente-le-bloc-bourgeois-entretien-avec-romaric-godin
  14. L’ensemble de cette partie s’appuie majoritairement sur l’analyse produite par médiapart du contenu des ordonnances, bien que certaines extrapolations soient inspirées d’autres articles ou analyses, y compris les nôtres https://www.mediapart.fr/journal/france/310817/ce-que-le-gouvernement-fait-aux-salaries
  15. Lire cet article de LVSL: http://lvsl.fr/ordonnances-le-ps-tente-de-faire-oublier-sa-loi-travail
  16. Lire cet article du JDD http://www.lejdd.fr/politique/epuises-les-deputes-attendent-avec-impatience-leurs-vacances-3403319


12 réactions au sujet de « De l’absurdité de la loi travail »

  1. Toujours le même plaisir à vous lire, aux 12 raisons que vous donnez pour manifester, j’en ajouterai 29 597 depuis 1936… mais je crois qu’il faut encore remonter plus loin dans le temps pour prendre en compte le combat du peuple contre l’indignité capitaliste.
    J’ai vu quelques jolies banderoles et en particulier celle-ci « Celui qui sème la misère récolte la tempête ». Est-il temps ?
    Bien à vous,

    1. Bonjour ! Oui, bien sur 🙂 Si vous avez accès à Médiapart l’article de Romaric Godin (qui doit etre dans les sources) « la magie des réformes structurelles peut elle fonctionner » explique que les derniers rapports de l’OCDE qui évaluent la difficulté à licencier par pays de l’UE classe l’Allemagne devant la France (et ce classement date d’avant El-Khomri). Vous avez le rapport en source de l’article également (source numéro 4)

      En Allemagne les salarés sont plus protégés par le droit du travail, mais en plus les fameuses réformes avaient introduit 30% de réprésentants syndicaux dans les conseil d’adminsitration des entreprises. En clair les salariés ont 1/3 du pouvoir décisionnel pour les plans de licenciment etc.

      En France, la réforme ne fait rien dans ce sens.

  2. comment se fait-il que tous nos élus(es) ET NOS SOIENT DISANT MÉDIAS .( journalisme et autres) tous ces experts de bonne paroles ne s’appliquent pas à eux-même ce qu’ils et elles dissent pour nous faire avaler leurs propos souvent incompréhensibles pour la plupart des gens simples et souvent jamais sondées , oui pour le SMIC pour tous les français, oui pour des retraites identiques pour tous comme il est inscrit dans sur toutes les façades des mairies LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ.
    Quand prendrons t-ils et elles conscience de la misère qui existe dans notre soit disant belle France.

  3. Désolé d’aller à contre sens de ce que vous avancez, mais ce que vous dites est faux.
    quelques données de base:
    – l’argent ne vient que du travail
    – l’état n’a pas d’argent. il collecte l’impôt et les taxes pour gérer les fonctions régaliennes et une certaine redistribution
    – La France, grossièrement représente 4% du marché mondial; cela veut dire qu’aucune entreprise industrielle d’une certaine taille ne peut vivre avec le marché Français; d’où la nécessité d’être compétitif; avec les 35h, les 2 mois de vacances (avec les RTT) les 22% de charge sociales employés, les 50% employeur…..
    Cherchez l’erreur.
    Plus globalement, assez de théorie fumeuse mais du concret et du vécu dans l’entreprise.
    Cdt

    1. Bonjour et bien au contraire c’est un plaisir d’avoir une opinion contradictoire !

      Si on étend votre raisonnement, aucune entreprise au monde ne peut survivre sans accèder au marché international, puisque les marchés intérieurs ne sont jamais suffisant. C’est un premier point curieux, sachant que le commerce extérieur ne représente qu’environ 15% du PIB mondial (donc 85% de l’activité des entreprises est uniquement supporté par la demande interne).

      Mais plus généralement, vous posez la question de la compétitivité. On peut s’en tenir à l’intuition comme vous le faite en citant des chiffres fort, qui tendent à démontrer que les entreprises francaises sont étranglées par le cout du travail (c’est ce qu’on appel le café du commerce) ou alors s’en tenir aux faits établis qui eux prennent en compte l’ensemble des facteurs et pas seulement la perception intuitive.

      Je vous cite quelques données (Pour le coup c’est du concret qui vient de pas moins de dix milles entreprises) : selon l’INSEE, pour les 10 000 patrons qu’elle a interrogé, seuls 18% considère le cout du travail comme un freint à l’ambauche, problème cité en 3eme position après la demande intérieure et la qualité de formation des demandeurs d’emplois.

      Ensuite, du point de vu macroéconomique, on peut raisonner par l’absurde pour démontrer que votre intuition est fausse. Si comme vous le dites les entreprises sont en compétition au niveau mondial et qu’il faut donc baisser les couts salariaux, alors à termes il faudra nécessairement que l’ensemble des salaires tombent à zéro. Cela poserait un double problème: plus personne ne souhaitera travailler, et plus personne n’aura de quoi acheter les biens et services produits.

      Il faut donc faire preuve de beaucoup de prudence lorsqu’on se lance dans des raccourcis qui semblent relever du « bon sens » (à votre décharge, les politiques et prétendus experts à la télévision et la radio se serve du « sens commun »pour faire avaler tout et n’importe quoi).

      Je vous donne quelques autres pistes: le rapport qui vient d’etre publié sur l’efficacité du CICE (qui visait à rendre les entreprises plus compétitives en baissant leurs charges) conclu que la mesure est contre productive.

      Le FMI et l’OCDE, les deux organismes connus pour promouvoir le libre échange et la mondialisation, ont sortis des études qui reconnaissent l’effet néfaste de l’accroissement des inégalités sur l’emploi, mais également l’effet néfaste de la flexibilité et de la baisse des salaires (qui nuit à la productivité): je cite frédéric Lordon, directeur de recherche économique au CNRS : « On ne s’étonnera donc pas que, même si elle se contente d’une simple compilation d’études, l’OCDE ait fini par admettre qu’il était impossible de conclure à quelque effet sur le chômage des stratégies de « baisse du coût du travail ». On ne s’étonnera pas non plus qu’un peu plus tard elle ait conclu identiquement quant aux stratégies de « flexibilisation » (6) »

      L’etude de l’OCDE:
      https://www.oecd.org/fr/els/emp/Perspectives%20emploi%202013-Chap2.pdf

      Enfin, en matière de compétitivité, ce qui compte c’est la productivité des salariés. C’est à dire la valeur créée par euros de salaire versé. Or on apprend que la productivité francaise est supérieur à la productivité allemande et anglaise: http://piketty.blog.lemonde.fr/2017/01/05/de-la-productivite-en-france-en-allemagne-et-ailleurs/

      Du point de vu du salariat, la france est donc en bonne position pour se battre sur la scène mondiale.

      Par contre, les entreprises francaises souffrent d’un déficit de demande intérieur, d’investissement et de qualité de produit (contrairement aux allemandes). Un problème qui n’a rien à voir avec les travailleurs.

      En espérant vous avoir convaincu 🙂

  4. Merci Beaucoup pour cet article.

    J’ai tout particulièrement apprécié la réponse que vous avez donné à BEDOURE Daniel, qui souffre moins du partie pris (trop visible à mon goût dans votre article).

    je comprends bien que les réformes du travail n’auront pas les effets escomptés dans la résolution du problème du chômage.

    Dans ce cas ci, y a t-il de votre analyse des réformes, investissements ou actions menées par le gouvernement qui conduiraient vers cette résolution ?

    et mieux encore qu’elles politiques ou réformes permettraient d’amener à une baisse de ce chômage structurel et de booster la demande intérieure sans exploser le budget et creuser gravement le déficit ?

    Je vous remercie par avance.

    1. Bonjour, merci pour votre message et votre contribution au débat.

      Sur les autres réformes du gouvernement, on est de nouveau dans l’idéologie et les vieilles recettes qui ne fonctionnent pas, du propre avis de Bercy (sur le CICE) et du FMI/OCDE sur les baisses d’impôts ciblées.

      Donc quelles sont les alternatives ? Je vais vous faire une réponse d’économiste : puisque les politiques de l’offre (CICE, réforme du code du travail, austérité budgétaire…) ne fonctionnent pas, il faut adopter une politique dite de la demande.

      Cela passe par deux aspects principaux : 1) stimuler la demande intérieure via la hausse des salaires (concrètement la hausse du point d’indice des fonctionnaires, la hausse du smic et des prestations sociales) et 2) relancer l’investissement public et privé.

      Pour l’investissement, les secteurs ciblés doivent être des secteurs porteurs afin que l’investissement produise un retour positif : donc l’éducation supérieur, la formation professionnelle (qui permet de rendre la France attractive non pas parce qu’on ne paye plus d’ISF mais parce qu’on y trouve une main d’œuvre hautement qualifiée et productive) la santé (une population en bonne santé est plus productive) et les infrastructures (Concrètement : des grands travaux dans la transition énergétique). Une partie de cet investissement peut et doit provenir du privé, dans le secteur des énergies en particulier, via des appels d’offre avec débouchés garantis.

      Un autre vivier d’emploi se trouve dans l’agriculture. Il peut être activé en stimulant l’agriculture locale et biologique, et financer par une redistribution des aides de la PAC en faveur du bio.

      Toutes ces investissements ont des effets vertueux : une population en bonne santé, entreprenante, qualifiée et une industrie de pointe (solaire, éolien offshore, nouvelles technologies). En gros, on fait concurrence aux autres nations en misant sur la hausse de la qualité, et non pas le « bas cout ».

      Toutes ces solutions sont loin d’être radicales, elles marchent là où elles sont déployées ne serait-ce que partiellement (comme au Portugal en ce moment). De plus elles permettent de répondre aux 3 premières préoccupations des PME cités par l’INSEE.

      Alors je vous vois venir, vous allez me dire : « on va faire exploser le déficit ». Bon, déjà on pourrait discuter de la légitimité de la dette et de la pertinence de chercher à la rembourser, mais on s’orienterait sur une remise en cause de l’euro et des solutions « radicales ». Donc en restant dans le modèle actuel, on peut déjà libérer 20 milliards par an en abandonnant le CICE, qui du propre aveu de Bercy, est contre-productif et ne sert à rien à part creuser les déficits. Avec ces 20 milliards par an, on se donne des marges de manœuvre respectables (ce qui permet de compenser la hausse du smic par des politiques d’aides aux PME, par exemple) On pourrait ensuite élargir l’impôt comme le propose l’économiste officieux du PS, Thomas Piketty (loin d’être un radical) pour faire ce que le FMI suggère désormais : lutter contre les inégalités dont l’accélération nuit à la croissance.

      Ensuite, on peut imaginer creuser les déficits (cela s’appelle investir) comme l’on fait tous les pays qui ont réussi à relancer leur économie, en particulier les USA en 2010 et le Portugal en 2015. Il faut bien comprendre que de la même façon qu’une entreprise qui s’endette en année 1 voit ses profits augmenter en année n+1 (si elle le fait de façon intelligente), un état qui s’endette en année 1 peut voir les recettes budgétaires augmenter en année n+1 (et donc la dette diminuer). La clé est d’investir dans des secteurs porteurs.

      Si ces solutions vous paraissent trop « radicales » (elles sont pourtant défendues par des centaines d’économistes, dont de nombreux prix Nobels), on peut se contenter de mesures plus « macron compatibles » :

      (Là je remets ma casquette de patron de PME) :

      1/ assurer la stabilité du climat économique (arrêter les réformes permanentes) – cf enquète INSEE
      2/ aides direct aux PME : nouvelle loi pour assouplir la gestion de la trésorerie, aides au financement, réforme du RSI pour aider les petits patrons
      3/ réduire la charge administrative induite par toutes les réformes et régimes d’exceptions. Mon entreprise dépense l’équivalent d’un temps partiel en tâches administratives inutiles…

      De la même façon que les travailleurs payent l’augmentation des profits redistribués aux actionnaires, les PME payent pour les profits des grandes entreprises.

      Voilà, comme vous le voyez, on peut décliner différents menus en fonction de votre appétit pour les solutions alternatives. Du « ne rien faire, et surtout pas les réformes proposées par Macron » ce qui permettrait déjà de profiter au maximum de la reprise actuelle, à « sortir de l’euro » et « abolir la propriété lucrative (cf Bernard Friot) ». Les exemples du Portugal et de l’Islande semblent constituer des bons compromis pour les électeurs de Mr Macron.

  5. Bonjour,

    Pour en revenir aux ordonnances, une nouvelle fraîche sidérante :

    Sur le site Service Public.fr, voici ce qu’on peut lire en toutes lettres :
    « SIMULATEUR DES INDEMNITÉS EN CAS DE LICENCIEMENT ABUSIF

    Ce simulateur indique les montants minimum et maximum des indemnités pour dommages et intérêts susceptibles d’être fixées par le juge prud’homal en cas de licenciement abusif, c’est-à-dire sans cause réelle et sérieuse. »
    (Suit le simulateur en lui même, une sorte de self-service à la carte. Servez-vous !)

    Apparemment, ça fait bondir les syndicats, mais à mon avis, vu la tendance, pas très haut… ni très longtemps.

    Déjà que je ne me suis pas remise de cette mesure « contre-juste », au même titre que celle d’un « CDI à Durée Déterminée » allant jusqu’à faire mentir la langue française, et rebaptisée de ce fait, la trouver déclinée de la sorte sur le site officiel entre autres outils, me provoque un sentiment d’être véritablement entrée dans la 4ème dimension.

    https://www.service-public.fr/simulateur/calcul/bareme-indemnites-prudhomales

    Vu l’actualité mondialement « outée »du fléau de harcèlement, et plus généralement des violences et crimes sexuels, on ne trouvera jamais en revanche sous Macron, pour l’équité, en lieu et place de son timide « projet de loi » une ordonnance donnant lieu à un tel :

    SIMULATEUR DE PEINE EN FONCTION DU DEGRÉ DES ABUS, AGRESSIONS ET CRIMES SEXUELS – AVEC OU SANS HARCÈLEMENT

    … minimum et maximum … susceptibles d’être fixées par le juge.

    1. Merci du partage ! Oui le barême était également disponible dans la presse pendant la discussion sur les ordonnances. En clair le CDI n’existe plus, le licenciment abusif devient une simple formalité au cout prédicitble et encadré. Il faut voir l’emission de Cash Investigation pour réaliser la violence sociale qui se cache derrière cette lois.

  6. Merci. J’avais effectivement vu le barème, déjà assez choquant, mais là, c’est carrément l’outil d’application : on rentre ses données, et ça calcule pour vous ! « Le licenciement abusif pour les Nuls », en somme.

    Effectivement, ça, c’est du Service !… public ?

    Si c’est le Cash Investigation sur Lidl et Free, je l’avais visionné sur le Net. Comme toujours avec Elise LUCET : édifiant !

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