Trump et Macron tombent les masques

Trump et Macron tombent les masques

Faisant suite à un G20 agité, Donald Trump sera l’invité d’honneur d’Emmanuel Macron pour la cérémonie du 14 juillet. A priori, tout sépare ces deux hommes. L’un est jeune et cultivé, brillant technocrate à l’ascension fulgurante, fin stratège politique. L’autre est un vieux businessman ayant bâti sa fortune sur un héritage colossal, une brute épaisse qui multiplie les bourdes, au point de se retrouver sous la menace d’une procédure de destitution. Macron s’est fait élire sur un programme néolibéral assumé et un message d’ouverture sur le monde, Trump sur un populisme xénophobe décomplexé et des promesses de protectionnisme.

Malgré leurs divergences criantes, ces deux présidents fraichement élus partagent un point commun : ils apportent un fantastique éclairage sur le fonctionnement du monde. En clair, avec eux, les masques tombent.

1) Donald Trump et l’aboutissement de la logique américaine

Mettons de côtés les innombrables propos offensants du président américain pour se concentrer sur ses décisions politiques. Au delà de ses frasques, Donald Trump est avant tout le symbole et le catalyseur d’un système totalement débridé. Tout se passe comme si avec lui, les instances du pouvoir américain tombaient leurs masques et perdaient toute forme de retenue.

Sur le plan intérieur, le parti républicain (et les lobbies qui le financent) se lâche. Après avoir applaudi le démantèlement d’une dizaine de lois de protection de l’environnement et réduit à néant l’agence fédérale de l’environnement, il est sur le point de supprimer le « clean water act » et le « clean power plant act », deux textes qui encadrent les rejets toxiques. (1) En clair, les industriels viennent de s’autoriser à polluer les sols et l’air sans limite ni contrôle.

Plus direct et concret, le parti républicain s’efforce d’annuler la réforme de santé d’Obama et de réduire de moitié les programmes Medicare et Medicaid (assurance santé publique de base pour les handicapés et les séniors). L’Obamacare a permis d’étendre la couverture santé à vingt millions d’Américains supplémentaires, mais les sabotages républicains ont progressivement rendu le programme couteux pour certains contribuables. (2) Au lieu de l’améliorer ou de chercher à en poursuivre la logique (pour aller vers un système à l’européenne), le parti républicain veut le remplacer entièrement. Leur projet de loi examiné au congrès a été qualifié d’abomination par l’opposition. Selon la Cour des comptes américaine, ce texte permet une formidable réduction d’impôt pour les plus riches Américains (600 milliards de dollars sur dix ans, dont 33 milliards pour les quatre cents ménages les plus fortunés), tout en faisant augmenter le cout de l’assurance santé à un niveau qui privera vingt-deux millions d’Américains de couverture. (3) Plus de onze mille personnes mourront chaque année par manque de soin, et les individus ayant des antécédents médicaux (cancers, diabète et même grossesse !) perdront leur assurance santé. Le plus incroyable, c’est que le texte voté à la chambre des représentants contient une dérogation pour les parlementaires et leur famille. Eux n’auront pas à subir les conséquences des antécédents médicaux. (4)

En clair, il s’agit d’un fantastique transfert d’argent depuis les classes moyennes et populaires vers les plus riches.

Protestation contre la réforme de la santé. Photo: Democracynow.org

Comme si ce projet de loi ne suffisait pas, la proposition de budget fédéral fait pire. Tous les programmes sociaux, d’éducation, de recherche scientifique et de protection de l’environnement sont réduits ou supprimés pour financer des baisses d’impôts sur le patrimoine et une augmentation drastique du budget militaire. De même, les régulations bancaires adoptées suite à la crise des subprimes de 2008 sont sur le point d’être levées. Enfin, une réforme fiscale est à l’étude. Elle devrait diviser par deux l’imposition des sociétés, supprimer la taxe sur l’héritage et abaisser la plus haute tranche d’imposition de 40 à 35 %. (5)

On assiste à une forme de lutte des classes à l’envers. Tout se passe comme si la finance et les milliardaires avaient pris le contrôle du pays.

Sur le plan extérieur, ce sont les militaires et les hauts fonctionnaires de Washington qui pilotent une politique étrangère de plus en plus agressive et débridée. Depuis que Donald Trump a donné « carte blanche » aux agences de sécurité et à l’armée, les décisions belliqueuses s’enchainent. D’abord l’intervention commando au Yémen, dont l’échec a couté la vie à 24 civils (dont de nombreux enfants) tout en laissant s’échapper les terroristes. Puis la multiplication des attaques de drones, au Yémen, en Somalie, en Afghanistan. En un mois de présidence Trump, les USA avaient déjà conduit plus de frappes que sous un an d’administration Obama. Si son prédécesseur exigeait d’être consulté pour chaque bombardement, Trump laisse aux militaires le privilège de la décision. À tel point que ceux-ci s’amusent à tester la plus puissante bombe non-nucléaire, en ciblant des positions talibanes en Afghanistan. (6)

Ensuite, ce fut la décision de frapper Bachar Al Assad en réponse à l’attaque chimique. L’analyse logique et les enquêtes de nombreux journalistes respectés tendent à prouver que le gouvernement syrien n’était pas responsable de l’usage du gaz sarin, mais le pouvoir américain a sauté sur l’occasion de réaffirmer sa puissance. (7)

Dans le conflit contre l’État islamique ensuite, les bavures se multiplient. Le pentagone a lui-même reconnu avoir tué des centaines de civils syriens et iraquiens, avant d’annoncer sa décision de ne plus rendre de compte sur les pertes collatérales occasionnées. À croire que les bombardements russes en Syrie, dont l’opinion publique occidentale s’était fortement émue, ne constituaient qu’une goutte d’eau en comparaison du déluge de feu que l’OTAN fait pleuvoir sur les villes occupées par les rebelles islamiques. (8)

L’argument de la lutte antiterroriste ne suffit pas. Au Yémen, l’allié saoudien réprime une tentative de révolution en déclenchant un génocide. Sur le dossier de la Corée du Nord, Trump a prévenu la Chine que les USA pouvaient agir unilatéralement. La logique de la diplomatie américaine ne peut que déboucher sur une agression du régime coréen, dont les canons sont à portées de tir de Séoul. Dans un C dans l’air d’une rare qualité (tout arrive) les spécialistes français jugent que le régime de Pyongyang agit de façon raisonnable et logique. Les USA, à l’inverse, se comportent de manière imprévisible et irréfléchie sur ce problème. (9) En réalité, la seule explication cohérente aux discours de plus en plus belliqueux de l’administration américaine sur les dossiers coréens, syriens et iraniens est de nature sociologique. Les milieux d’influence et les fonctionnaires évoluant dans la sphère du pouvoir partagent une vision de va-t’en guerre, impétueuse et déconnectée de la réalité du terrain. (10)

Photo: Business Insder.com: 200 pertes civil dans un bombardement de l’OTAN à Mosul

Dans le même sens, la situation avec la Russie apparait de plus en plus préoccupante. Les manœuvres d’intimidation et les provocations diverses qui avaient déjà cours sous Obama, aux frontières de l’Europe de l’Est en particulier, ont pris de nouvelles proportions. En pleine paranoïa suite aux prétendues interférences russes dans les élections, Washington semble animé d’une profonde animosité. Après avoir abattu un avion syrien qui aurait très bien pu être piloté par un Russe, la maison blanche accuse Assad de planifier de nouvelles attaques chimiques. Il ne reste plus à Daesh qu’a maquiller un accident pour déclencher une riposte américaine qui pourrait très bien toucher les russes et démarrer une escalade mondiale. (11)

Avec Trump, les excès du modèle américain se trouvent exposés à la vue de tous. D’un côté, la classe dirigeante s’en donne désormais à cœur joie pour faire voter les lois les plus invraisemblables, sans aucune considération pour les conséquences sur le climat et l’économie. De l’autre, la bureaucratie américaine adopte une ligne géopolitique qui combine les pires moments de la guerre froide avec la séquence de l’invasion de l’Irak (basée sur le faux prétexte d’armes de destruction massive).

L’erreur d’analyse consisterait à lier trop étroitement ces phénomènes au personnage Trump. Sur la régulation bancaire et la géopolitique, Hillary Clinton se situait sur la même ligne (elle a d’ailleurs applaudi les frappes en Syrie). Quant au parti républicain, sa radicalisation date au minimum de la présidence d’Obama.

2) Emmanuel Macron et l’impasse française

Trump révèle les excès du système américain. Dans un style différent, Emmanuel Macron tend à démontrer les limites du système français.

Le charme, le talent, l’optimisme et le volontarisme du jeune président se sont heurtés de plein fouet au fameux « réel » dont il se revendiquait.

Sur le plan international d’abord, les échecs s’enchainent. Au G7, Trump s’est retiré de l’accord climatique malgré les efforts du président français. Sur le Moyen-Orient, Macron a dû reconnaitre le fait que l’intervention en Libye constituait une erreur. Celui qui accusait Mélenchon de Poutinisme a déroulé le tapis rouge de Versailles en l’honneur de ce dernier, avant d’adopter une ligne politique russophile en Syrie (« Bachar est incontournable, car il n’y a pas d’alternative crédible pour le moment« ) (12). Il faut en effet avoir la cécité d’idéaliste comme Fabius et Hollande, ou le cynisme d’une Clinton ou d’un Trump pour ne pas comprendre qu’une dictature vaut mieux qu’un état failli bourré de pétrole et de djihadistes.

Plus proche de nous, Macron a fait chou blanc au sommet européen. En dépit de tous les efforts de communication, l’Allemagne ne veut pas relancer le couple franco-allemand. Par conséquent, les pays de l’Est ont refusé toute discussion en rapport avec le contrôle des travailleurs détachés ou le dumping social. « L’Europe qui protège » souhaitée par notre président aura du mal à voir le jour. Les pays du Sud ont balayé toute idée de « buy european act » visant à contrôler l’entrée des capitaux étrangers, en particulier chinois. L’Europe du Sud est à vendre, et après avoir directement soutenu la purge d’austérité administrée par l’Allemagne aux « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce, Espagne), il ne fallait pas s’étonner que ces derniers ne se rangent pas naturellement derrière la France. Dans ces conditions, l’idée de budget européen et de parlement de la zone euro n’a même pas été débattue. Idem pour l’Europe de la Défense. (13) La France a beau avoir capitulé sur le dossier des perturbateurs endocriniens, rien n’y fait.

En clair, Emmanuel Macron vient de nous faire la démonstration de l’impossibilité de changer l’Europe. La construction actuelle est taillée sur mesure pour l’Allemagne. Elle ne souhaite pas en sortir. Les autres pays membres défendent leurs intérêts, qui divergent profondément de ceux de la France. Le Sud ne peut pas se permettre de protectionnisme après avoir été forcé de mettre en vente ses services publics et avoir vu ses économies dévastées par les cures d’austérités imposées par la France et l’Allemagne. La croissance de l’Est repose sur la concurrence déloyale de sa main d’œuvre à bas coût, et le paradis fiscal luxembourgeois ne veut surtout pas entendre parler d’uniformisation des règles d’imposition.

La conclusion logique serait d’engager un rapport de force, de mettre les interlocuteurs (en particulier l’Allemagne) devant une situation où l’absence de compromis lui coutera plus que le maintien du statu quo. C’est ce que proposait Mélenchon, avec des objectifs bien plus ambitieux et « irrecevables » que ceux d’Emmanuel Macron.

Ce dernier semble incapable, pour l’instant, de tirer les leçons de l’impasse dans laquelle se trouve la France. Plutôt que de remettre en cause la construction européenne actuelle, il fait le choix de la soumission au modèle allemand.

D’où la loi travail, l’austérité budgétaire, les appels du pied à la finance (14), la suppression de l’ISF… et l’État d’urgence permanent pour pouvoir imposer ces réformes aux Français. La situation est d’autant plus paradoxale que les chefs d’entreprises ne considère pas la réforme du travail comme une priorité ni une réponse adapté au problème du chomage, au contraire, ils demandent des investissements. 

L’autre limite à laquelle se heurte le président est celle du système politique français. La cinquième république a accouché d’une situation invraisemblable et dont Macron n’est pas entièrement responsable : le président le moins bien élu de l’histoire se retrouve en position d’hégémonie. L’opposition se limite à dix-sept députés insoumis, réduit à adopter des postures vestimentaires pour se faire entendre.

À l’inverse, celui qui souhaitait mener une « révolution » se retrouve pris au piège de ses propres limitations. Pour pouvoir gouverner, il a composé un gouvernement de droite, avec des ministres qui se donnent à cœur joie de taper sur les fonctionnaires et d’aller faire les yeux doux aux financiers de Wall Street. (15) Pour « renouveler » la vie politique, il a fait appel à des parlementaires et des ministres issus de sa conception de la société civile. Celle des classes supérieures et du milieu des affaires. Résultats : les scandales et conflits d’intérêts se multiplient, à tel point que le président de la République française demande aux journalistes de cesser d’enquêter sur ses ministres. (16) Imaginez une seconde ce que ce genre de propos aurait provoqué dans la bouche de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon…

La « révolution » Macron engendre ainsi des effets presque comiques. Parce qu’il devait mettre en place la loi de moralisation de la vie publique, François Bayrou et deux ministres issus du Modem doivent démissionner à cause d’un scandale de financement de parti politique que la fameuse loi visait à interdire. Au parlement, le PS n’arrive pas à former un groupe cohérent entre pros et anti-Macron, tandis que la droite possède deux groupes, un d’opposition (qui veut aller encore plus loin dans le projet de la loi travail) et un second dit « constructif ». Officiellement, dans les statuts de l’Assemblée, l’opposition sera donc représentée par les députés « constructifs », du fait du vote des parlementaires En Marche en faveur de ce groupe. Un comble.

Ainsi, les masques tombent les uns après les autres. On s’aperçoit que le PS et la droite sont Macron compatible depuis trente ans déjà, et leur comédie commence à se voir. Le nouveau parti LREM rassemble les plus cyniques d’entre eux, tels Valls et De Rugy, deux candidats battus à la primaire socialiste qui se retrouvent au cœur du parti présidentiel après s’être assis sur leurs promesses de soutenir Hamon. Les voilà à s’indigner publiquement du manque de valeur des députés sans cravates, eux qui retournent leurs vestes en fonction du sens du vent.

Enfin, les médias commencent également à apparaitre pour ce qu’ils sont : une force politique d’accompagnement du système. (17) À quelques exceptions près, ils soutiennent activement tout ce qui touche au nouveau pouvoir et combattent tout ce qui cherche à le remettre en cause. Le cas flagrant d’incitation à la haine raciale envers une députée LFI perpétuée par RMC n’est à ce titre qu’un exemple anecdotique. (18) À l’opposé, sur France Inter, Patrick Cohen faisait preuve d’une complaisance hallucinante pour son invité du jour, Xavier Niel. Le milliardaire propriétaire du journal Le Monde (et accessoirement de Free) n’aura pas eu à répondre de l’enquête édifiante sur le management par la peur pratiqué dans ses entreprises. À la place, monsieur Cohen s’est fendu de cette formule impertinente : « vous œuvrez pour le bien commun ».

3) La rencontre Trump Macron du 14 juillet

Avec Trump, le capitalisme sauvage et l’impérialisme américain s’expriment enfin sans fard. Avec Macron, l’Europe et la cinquième république révèlent leurs contraintes et logiques implacables.

Les deux présidents agissent comme des révélateurs des limites de leur système politique respectif. Le poids des lobbies financiers et de la bureaucratie américaine pour le premier, les contraintes institutionnelles de la France et de l’Europe pour le second.

Photo: RT / ABC news

Une fois ce fait établi, force est de constater que sur les questions de fond, tout semble les opposer.  Ce qui amène à nous interroger : pourquoi Macron invite-t-il Donald Trump le 14 juillet ?

On peut émettre deux hypothèses. La première, optimiste, part du principe qu’il s’agit d’une manœuvre habile du président français pour bénéficier d’un tête à tête avec Donald Trump. Outre le défilé, les deux chefs d’État pourraient alors s’entretenir sur différents sujets sur lesquels Emmanuel Macron souhaiterait avancer. Or, on a vu à quel point les Saoudiens avaient réussi, à coup de cérémonies grandioses, à flatter l’égo de Trump et le mettre dans leur poche. Ils ont ainsi obtenu la bénédiction de l’Américain pour mettre au pas le Qatar. Macron espère peut-être parvenir à son tour à tirer son épingle du jeu.

Sur le plan économique, il s’agirait de poursuivre les efforts entrepris par Bruno Lemaire pour vanter l’attractivité de la place financière française aux représentants de Wall Street dans le but de récupérer une partie des activités de Londres suite au Brexit. On peut imaginer que les tractations commerciales vont au-delà de la partie émergente qui ressort dans la presse, et que celles-ci ont pu être écornées par l’attitude d’Emmanuel Macron vis-à-vis de Trump au G7 (la poignée de main, puis l’intervention moqueuse « make our planet great again »).

Le second objectif serait de viser à détendre les relations internationales, en particulier en Syrie, et avec la Russie. Cette rencontre s’inscrirait ainsi dans une séquence qui fait suite à la réception de Vladimir Poutine à Versailles. Elle viserait à remettre la France dans le jeu diplomatique international.

L’autre hypothèse, pessimiste, suppose que Macron cherche simplement à rattraper les dégâts qu’il a commis au G7. Plutôt que de poursuivre la logique de l’opposition à la puissance américaine, chose qui aurait pu être faite en suspendant les négociations sur le TAFTA entre autres, Macron semble acter la décision américaine de sortir de l’accord sur le climat. On voit là l’expression du pragmatisme poussé à l’extrême, en dépit des prétendus principes, qui conduit Macron à adopter une position de « soumission » vis-à-vis des USA. Y compris concernant l’attitude à tenir face à la Russie.

Pour  M. Trump, cette invitation tombe plutôt bien. Elle va lui permettre de s’offrir de belles images de chef d’État, et renforcer sa position sur le plan de la politique intérieure, alors qu’il cherche à supprimer l’assurance santé de 22 millions d’Américains.

L’invitation de Macron constitue un coup bas pour l’opposition démocrate à Donald Trump, ainsi que pour les différents acteurs qui tentent de renforcer la lutte contre le réchauffement climatique. Sur de nombreux dossiers, l’Amérique se comporte en puissance de plus en plus irresponsable. Climat, Corée du Nord, Moyen-Orient, Russie… la liste est longue et les conséquences potentiellement dramatiques pour la survie de l’espèce.

Le fait que Macron préfère cautionner cette attitude plutôt que de chercher à accompagner une politique d’isolation des USA (avec la Chine, la Russie et l’Allemagne) est némoins un pari respectable. La diplomatie implique de discuter, en particulier avec l’ennemi.

Conclusion :

Donald Trump fait face à un ensemble de contrepouvoirs qui ralentissent son action. La justice limite les décrets anti-immigration. Le remplacement d’Obamacare vient d’essuyer un nouvel échec au congrès. L’opposition démocrate donne de la voix et la rue se mobilise.

À l’inverse, en politique étrangère, les garde-fous sont essentiellement absents. Le New York Times, en particulier, prépare de plus en plus l’opinion publique à la logique de guerre, allant plus loin que Trump dans les provocations envers la Russie et ses alliés. Tandis que les journalistes des grands médias poussent Trump à agir, écrivant des inepties comme « Trump va-t-il enfin punir la Russie pour son rôle dans les élections » et « Quelle sera la réponse de Trump à la Corée ». Encouragé de la sorte à commettre des actes de guerre aux répercussions potentiellement dramatiques, Trump apparait comme un taureau dans un magasin de porcelaine entouré de journalistes et politiciens agitant des drapeaux rouges.

À l’inverse, Emmanuel Macron jouit d’un pouvoir bien plus concentré et d’une presse largement acquise à sa cause. Mais contrairement à son homologue américain, ses marges de manœuvre sont quasiment inexistantes. Prisonnier de l’OTAN sur les questions internationales, il l’est aussi, sur le plan intérieur, de l’Union européenne et des marchés financiers auxquels il a promis beaucoup.

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Notes et références:

  1. Lire sur ABC news, Clean water act et Clean Power Plant act
  2. Lire l’article très complet de wikipedia 
  3. Lire par exemple sur le New York Time 
  4. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, les membres du congrès ne seraient pas affectés par la nouvelle loi, grâce à une disposition qu’ils ont inscrite dans le texte 
  5. Cet article du guardian résume bien le projet de baisse d’impôt. 
  6. Lire Le Monde diplomatique « Trump s’épanouit en chef de guerre »
  7. À lire absolument, cette enquête de Seymour Helsch publié dans l’équivalent du Monde allemand, Die Weit, en anglais et en Français (Mr Helsch est journaliste d’investigation et prix Pulitzer pour ses révélations sur les massacres au Viet Nam, connu également pour son travail sur les tortures en Irak) — 
  8. Lire sur CNN le bilan officiel des frappes de l’OTAN en termes de pertes civiles 
  9. Voir ce numéro de C dans l’air sur la Corée du Nord et Donald Trump
  10. Lire le monde diplomatique « A washington, scénario pour un conflit majeur« 
  11. J’insiste, il faut lire cette enquête de Seymour Hersch
  12. Lire l’interview de Mr Macron, donné au Figaro et mis en accès libre par l’Elysé :
  13. Cette formidable analyse du Figaro reprend point par point les sujets discutés au sommet européen et explique pourquoi Emmanuel Macron n’a pu avancer sur aucun dossier.
  14. Lire cet article de Romaric Gaudin « Mon amie c’est la finance » qui reprend les déclarations du ministre Bruno Lemaire fait à Wall Street la semaine dernière.
  15. Bruno Lemaire, voir 13. Gérard Darmarin, cf la décision de gel des salaires des fonctionnaires et le rétablissement du jour de carrence.
  16. Lire cet article de Libération qui proteste énergiquement contre les demandes d’Emmanuel Macron de « laisser ses ministres travailler ». 
  17. Lire Pierre Rimbert, dans Le Monde diplomatique « Un barrage peut en cacher un autre » 
  18. Libération, www.liberation.fr/france/2017/06/22/de-quel-droit-somme-t-on-daniele-obono-de-crier-vive-la-france_1578755 

5 réactions au sujet de « Trump et Macron tombent les masques »

    1. @Michel @ Mathieu

      Merci ! L’observation de la politique américaine permet souvent d’apporter un éclairage sur ce qui se passe chez nous, parce que nous regardons toujours vers les USA, et que l’on a tendance à reproduire les même erreurs avec quelques années de retard !

  1. Je partage de nombreux points de vue, sauf l’immobilisme dû à l’Europe.
    L’Allemagne, pour tout aussi puissante qu’elle soit, ne détient pas la majorité des sièges au parlement européen, ni aux autres organes de pouvoir européens.
    Je pense qu’il est encore possible pour la France de faire plier l’Allemagne, mais elle doit pour cela s’attacher aux autres pays « contestataires » : Italie et Espagne.
    Pour l’instant, quoiqu’il en soit, tout le monde est dans l’attentisme et les élections allemandes approchent…

    1. Bonjour !

      Merci pour le commentaire. J’aurais pour ma part tendance à penser qu’en abscence de rapport de force, l’Allemagne n’a rien à gagner à reculer, à moins qu’elle se rende compte d’elle même que sa stratégie va à l’encontre de ses propres intérêts.

      Sur la stratégie de Macron et sa marge de manoeuvre, je vous recommande de lire cet article de Romaric Gaudin, publié dans la tribune en début d’année. Passionnant ! http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/europe-la-strategie-d-emmanuel-macron-est-elle-la-bonne-670023.html

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