Faut-il voter aux européennes ?

Faut-il voter aux européennes ?

Les Européennes présentent la double particularité d’être les élections conférant le plus de pouvoir à l’électeur, et le moins de pouvoir à l’élu.

Paradoxalement, ce suffrage n’aura aucun effet sur la politique européenne, mais un impact déterminant à l’échelle nationale, au point de dessiner les contours de la prochaine présidentielle. Forts de ce constat, nous allons examiner les arguments en faveur de l’abstention et de la participation, avant d’explorer brièvement les principales options qui s’offrent aux électeurs.

1) Les Européennes sont les élections les plus importantes du point de vue du poids du bulletin de vote

Parce qu’elles sont organisées à la proportionnelle directe en un tour, chaque bulletin de vote compte. La France doit élire 79 députés européens, et le nombre de représentants obtenu par chaque liste est directement dépendant de son score, au bulletin de vote près, quelle que soit votre zone géographique de résidence (y compris si vous vivez à l’étranger).

La participation étant particulièrement faible (autour de 40 %), on peut argumenter que chaque bulletin de vote possède deux fois plus de poids qu’à la présidentielle. De toutes les élections, aucune ne vous confère autant de pouvoir.

Or, la politique européenne conditionne l’essentiel des politiques nationales, comme nous l’avions expliqué dans cet article.

Autant de bonnes raisons d’aller voter, mais…

2) Les élections européennes n’ont aucun effet sur la politique européenne

À quoi servent les Européennes ? À élire nos députés européens. À quoi servent nos députés européens ? À occuper 79 des 705 sièges du parlement, soit 11 % de l’assemblée. Et à quoi sert le Parlement européen ? À rien !

Enfin, presque à rien. Le Parlement européen vote la confiance à la Commission européenne (dont les membres sont nommés par le Conseil, c’est-à-dire  par les chefs d’État). Il peut déclencher des commissions d’enquête et il vote les textes proposés par la Commission européenne.

Par contre, le Parlement n’a ni l’initiative des lois ni celle du budget, et il n’a jamais le dernier mot en terme décisionnel. Le Conseil européen (constitué des ministres de chaque pays membre) décide en dernière instance et dispose d’une capacité de véto.

Ce fut le cas pour l’interdiction du Glyphosate et l’encadrement des Perturbateurs endocriniens, dont les votes du Parlement furent ignorés par le Conseil.

Le Parlement n’a donc qu’un rôle consultatif. La seule véritable exception concerne les traités de libre-échange, qui nécessitent son aval.

Enfin, le parlement n’a aucun pouvoir vis-à-vis des traités européens. Il ne peut en aucun cas les remettre en cause, ce qui veut dire qu’il n’a aucun pouvoir sur le fonctionnement de l’UE.

Un parti politique qui voudrait « changer l’Europe » (vers une Europe fédérale, qui protège, sociale, démocratique, nationaliste, anti-migrant…) n’aura aucun moyen de le faire à travers les élections européennes.

Même si le RN remportait 100 % des sièges français, ce parti ne pourrait pas infléchir le positionnement de la Commission européenne vis-à-vis de l’immigration ni modifier la politique migratoire européenne. De même, une victoire à 100 % d’une liste écologique n’aura aucun effet sur la politique économique (et donc écologique) de l’UE. Pour la simple raison que ces choix ne sont pas de la compétence du parlement, et sont encadrés par les traités européens dont la modification nécessite l’unanimité des chefs d’État des 28 pays membres.

Cette élection « ne changera pas la nature des politiques européennes qui sont pour l’essentiel déjà inscrites dans les traités, et mises en œuvre par la Commission. Or, ni le contenu des traités ni la composition de la Commission ne peuvent être modifiés par le Parlement ». David Cayla, économiste, entretien à Marianne – mars 2019 [1]

C’est un aspect difficile à accepter et souvent passé sous silence par les partis politiques et les médias, mais c’est pourtant une réalité incontournable. Certains partis (La France Insoumise et l’UPR essentiellement) le reconnaissent volontiers. D’autres font semblant, ou bien promettent des changements à la marge, dont le résultat sera in fine dépendant de la Commission et du Conseil. L’interdiction du glyphosate, malgré une pétition européenne forte de millions de signatures et le vote du Parlement, buta sur le Conseil. Contre la pêche électrique, le Parlement a obtenu gain de cause de justesse, et principalement parce que les pêcheurs eux-mêmes étaient pour l’interdiction, à l’exception de quelques gros acteurs du secteur. [2] 

Image Dulhunk/Flickr

Le fait que les élections européennes n’aient rien à voir avec la politique européenne est donc un paradoxe important à saisir, que nous avions détaillé dans un premier article (ici), avant d’expliquer plus amplement les limites du parlement européen (là). Notre résumé du livre de Yanis Varoufakis « Conversations entre adultes » permet de mieux saisir à quel point le Parlement européen ne joue aucun rôle dans les grandes orientations politiques, et notre résumé du livre de l’économiste Frédéric Lordon explique pourquoi.

On devrait logiquement conclure qu’il ne sert à rien de participer à cette élection. Sauf que ce suffrage revêt une importance capitale  à l’échelle nationale (et pour le futur de la planète – cf. note [3]). 

3) Les véritables enjeux des élections européennes se situent à l’échelle nationale

Le résultat des Européennes va influer sur les marges de manœuvre dont disposera Emmanuel Macron d’ici la fin de son mandat et déterminer les chances de ses opposants en 2022. 

Cela étant dit, commençons par poser une chose : ces élections ne changeront pas de manière drastique la politique du gouvernement. Par le passé, le parti au pouvoir a toujours perdu les Européennes, et n’a jamais pris en compte ce résultat.

Mais le parti au pouvoir n’a jamais fait face à une crise des gilets jaunes, ni gagné les Européennes non plus ! Et pour l’instant, les réformes prévues par Emmanuel Macron (en particulier la réforme des retraites et de l’assurance maladie) sont en « pause ».

En cas de victoire, et en dépit d’une abstention qui devrait battre tous les records, Emmanuel Macron disposera d’un argument massue pour justifier l’accélération de sa politique. De même, les médias qui font le SAV du président (cf. les commentaires qui suivent chacune de ses annonces télévisées) abuseront de cet argument pour décréter le second départ du quinquennat et la reprise des « réformes nécessaires ».

Une de Libération le samedi 6 mai 2017

 

Ceux qui s’imaginent qu’une forte abstention affaiblirait la légitimité de la République en marche n’ont pas écouté les déclarations de ses représentants depuis deux ans, relayées par les éditorialistes et leaders d’opinion. Malgré une victoire à la présidentielle dans un contexte très discutable et grâce à un socle électoral de seulement 11 % des inscrits [4], la macronie a systématiquement justifié sa politique par le score aux présidentielles. Ce qui leur est difficilement reprochable, du point de vue stratégique.

Mais la conséquence de ce constat, c’est que l’abstention aide Emmanuel Macron.

Quelle que soit la liste pour laquelle vous votez, s’il ne s’agit pas d’En Marche, le score final de LREM diminuera d’autant. C’est mathématique, chaque vote compte. L’abstention, elle, augmente proportionnellement le score qui sera affiché le soir du vote, et repris ensuite pour justifier la poursuite des réformes.

Il y a donc un choix à faire : si vous souhaitez qu’Emmanuel Macron accélère les réformes et renforce sa légitimité, votez En Marche, ou abstenez-vous.

À l’inverse, si vous ne souhaitez pas que notre système des retraites soit réformé sur le modèle (désormais en faillite) des Pays-Bas, si vous ne souhaitez pas que notre système de santé bascule vers ce qui se fait aux États-Unis (où un américain sur 4 n’est pas ou mal assuré), votez pour une liste concurrente.

Reste à savoir laquelle. Si on en croit les sondages, le plus efficace serait de voter pour la liste du Rassemblement National. Mais en plus de poser de nombreux problèmes d’éthique (qui rendent ce choix indéfendable à nos yeux), cela pourrait s’avérer désastreux pour la suite. Car les Européennes sont avant tout l’occasion de rebattre les cartes  en vue de la prochaine présidentielle.

4) Les Européennes, tremplin pour la présidentielle

Pour l’instant, la politique française est bloquée dans une dialectique qui explique en grande partie l’abstention. Nous avons le choix entre Macron ou le RN. Les Républicains, qui sont sur les mêmes positions politiques que l’extrême droite, à quelques détails cosmétiques près, sont coincés entre ces deux forces. La gauche, elle, est en morceaux. À tel point que de certains intellectuels voient dans les gilets jaunes le seul salut possible. C’est-à-dire, en clair, une révolution hors des urnes. [5]

À droite, les Européennes vont permettre de mieux définir les équilibres en fonction des scores respectifs, et d’influencer le positionnement politique des différentes forces en vue des présidentielles. Plus le RN fera un gros score, plus LR (qui joue sa survie) lui courra derrière sur les questions d’immigration, de sécurité et de l’identité. Et plus En Marche suivra.

À gauche, l’enjeu est encore plus important. Bien que ne pesant que 30 % de l’électorat, paradoxalement (j’aime les paradoxes, vous l’aurez compris), les forces de gauches sont les plus à même de prendre le pouvoir.

Car pour gagner la présidentielle, il suffit d’être au second tour contre le RN (dont le socle de voix semble plus ou moins constant), et qu’aucun autre « courant » ne peut rassembler 25 à 30 % des voix à lui seul. C’est cynique, mais c’est aussi le pari d’Emmanuel Macron. 

Seulement, pour se rassembler, les électorats de gauche doivent définir un projet commun, autour d’un centre de gravité.

Logiquement, ce rôle aurait dû échoir à la France Insoumise, du fait de son score à la présidentielle et de son opposition claire à l’Assemblée nationale. Avant les fameuses perquisitions, LFI faisait la course en tête, à plus de 15 % d’intention de vote. Elle avait déjà réussi à « rassembler » l’aile gauche du PS et le MRC.

Désormais, elle a deux « concurrents » sérieux au titre de force centrale.

  • Le PS, aidé de l’essayiste Raphael Glucksmann, qui a clairement dit qu’il voulait rassembler la gauche sans LFI (cela commence bien) et souhaite s’allier au parlement européen avec les socio-démocrates de centre droit du PSE. Ce qui est cohérent avec son passé Sarkozyste, ses proximités avec les cercles macronistes, son engagement historique pour le néolibéralisme et contre les mouvements sociaux. [5]
  • EELV de Yannick Jadot, qui défend une écologie libérale, de marché, affirmant que « l’écologie, ce n’est pas de gauche », donc plutôt susceptible de se rapprocher d’En Marche et de Macron que du PS (sans même parler de LFI). [6]

Vous comprendrez qu’avec de pareilles forces de gauche (qui sont en fait de droite), on est mal partis. Mais il ne faut pas confondre parti et électorat, car les premiers sont passés maitres dans l’art d’entretenir le flou et la confusion chez les seconds.

Et puis il y a les « outsiders », qui pourraient servir de point d’appui à un rassemblement :

  • La liste Génération. s de Benoit Hamon, dont le mouvement fonctionne comme une dictature au service des ambitions présidentielles de Hamon, selon ses propres militants [7] 
  • La liste PCF, emmenée par Yann Brossat, malgré le fait que les militants avaient voté contre cette ligne « européiste » et désavoué la direction du parti.

« Je préfère crever en vous faisant échouer plutôt que de crever en vous voyant réussir » – Propos tenu par Benoit Hamon, à l’adresse de Raphael Glucksmann, selon Raphael Glucksmann.

Deux éléments ont empêché ces forces de se rassembler. Le premier est parfaitement assumé par tout le monde, en particulier Benoît Hamon. Il s’agit d’une logique d’appareil en vue d’obtenir des sièges, et pour certains, de se lancer pour la présidentielle (sic). Le niveau zéro de la politique, la « course de chevaux ».

Photo : Libération

Le second, c’est un désaccord profond qui existe entre LFI d’une part et les quatre autres listes de l’autre : seule LFI admet deux faits incontestables :

  1. On ne peut mener une politique écologique ou de gauche sérieuse dans le cadre des traités européens (ce que confirmait Nicolas Hulot pour justifier sa démission au micro de FranceInter)
  2. On ne peut pas faire bouger ce cadre sans assumer une posture de remise en cause des traités européens et d’établissement d’un rapport de force (comme nous l’ont prouvé François Hollande, Yanis Varoufakis et Emmanuel Macron). [8]

Les autres listes mentent aux électeurs en promettant une autre Europe, qui changera par magie et sans remettre en cause le cadre existant (pour rappel, les sondages leur donnent entre 0 et 8 députés sur 705, soit environ 1 % des sièges dans un parlement qui n’a pas le pouvoir de changer la politique européenne).

Pour la gauche, les Européennes seront donc l’occasion de trancher ces deux questions : quels partis et pôles seront encore debout après les élections pour négocier un programme en vue de 2022, et sur quel principe se fera cet accord : celui du mensonge aux électeurs en repartant sur la base de la campagne de François Hollande (mon ennemi c’est la finance, je vais mettre fin à l’austérité budgétaire et négocier d’autres traités) ; ou bien celui d’une stratégie assumée de remise en cause du cadre néolibéral.

Si LFI termine au même niveau que le PS ou EELV, les quatre listes hors LFI risquent de poursuivre leurs efforts de marginalisation de la France Insoumise, dans le but d’aller à la présidentielle contre elle, reproduisant de nouveau le scénario d’une gauche divisée de 2017. Un résultat plus fort de LFI, au contraire, rendra l’alliance à gauche bien plus probable, autour d’un candidat rassembleur  tel que Francois Ruffin, par exemple. 

Quoi qu’on pense de LFI et de Mélenchon, le vote en faveur de la France Insoumise est (hélas ?) le plus justifié d’un point de vue stratégique. Du point de vue du programme, LFI est également la force de gauche la plus écologiste (selon Greenpeace), et la plus internationaliste (de par ses alliances et rapprochements avec Podémos, le Bloco, DieLinke, Jeremy Corbyn, etc.).

5) À propos de l’abstention, et des règles des 5% et 3%

Une force politique a besoin de femmes et d’hommes, de cadres, de visibilité médiatique et de moyens financiers. On ne saurait échapper à cette réalité.

Les élections européennes vont permettre aux partis politiques d’obtenir tout cela, à condition de remplir certaines conditions. 

Au-dessous de 3 %, les frais de campagne ne seront pas remboursés. Pour certains partis, un tel score mettrait la force politique en faillite (on pense en particulier au PS, à EELV et LFI). Pour d’autres, cela les condamnerait aux marges de la politique (DLF, PCF, Benoît Hamon, Florian Philippot…).

Or, on le rappelle, le score de chaque parti augmente avec l’abstention ! C’est mathématique. Donc s’abstenir aide les partis « adverses » à franchir le seuil des 3 %.

Ensuite vient le seuil des 5 % qui donne le droit à des députés (5 % donnent cinq sièges, puis 0.9 siège de plus par % environ). Là aussi, chaque siège est précieux, car il donne accès à des sources de financement pour le parti, des assistants parlementaires qui seront les cadres de demain, et une visibilité médiatique permettant de défendre ses idées. On comprend parfaitement qu’un député « insoumis » ou « communiste » fera plus de bruit au parlement européen qu’un marcheur ou un élu PS. 

Pour des partis jeunes comme LFI, EELV ou DLF, ces sièges permettent aussi de former les cadres qui permettront à leur formation de gagner en légitimité et de disposer du personnel capable de gouverner dans le futur.

Même si cela peut paraitre cynique ou agressif, il est essentiel que les partis politiques faibles « perdent » ces élections. On pense à Debout la France de Dupon Aignant (qui flirte avec les 5 %), mais également au PS !

Pour la gauche, le pire serait d’avoir trois forces à 8 % (LFI, EELV et le PS) et deux à 5 % (le PCF et Génération.s). À l’inverse, un vainqueur clair, et si possible toutes les autres forces sous les 5 %  jettrait les bases d’un rassemblement et d’une véritable reconquête du pouvoir. 

L’abstention n’aide donc pas seulement Macron, elle aide la division de la gauche.

Enfin, si votre but est de dire « non » à l’Europe, il y a deux listes qui proposent d’incarner ce message : l’UPR (démarche nationaliste – on sort de l’Europe), et la France Insoumise (démarche internationaliste – on fait une autre Europe, marquée par son programme commun avec, entre autres, Podémos (Espagne) et le Bloco (Portugal)).

6) Et les gilets jaunes, dans tout ça ?

La première chose à savoir, c’est que l’écrasante majorité des gilets jaunes ne souhaitent pas avoir de liste aux Européennes. [9]

Ce qui semble normal. Leurs fameuses 42 revendications sont déjà portées par la France Insoumise (depuis 2016), et surtout, la logique des gilets jaunes n’est pas électoraliste, mais insurrectionnelle ou, à minima, celle d’un mouvement social dans la tradition de ses ainés, qui cherche à obtenir des choses par la rue, pas par les urnes.

Photo Twitter. La Rotonde sous haute protection, le 1er Mai 2019

De même que le Front populaire de 1936 fut contraint par le mouvement social à mener ses réformes, les gilets jaunes peuvent espérer contraindre un gouvernement actuel ou futur à changer les choses. C’est par cette voie qu’ont été obtenus le Code du travail, la sécurité sociale, la nationalisation des banques, les congés payés et la semaine de 39 heures (pour citer quelques exemples).

Reste la question du vote des gilets jaunes. Des personnalités comme Juan Branco refusent de voter. Nous ne partageons pas cette analyse. Car l’abstention aide Emmanuel Macron, alors que le vote pour n’importe quelle autre liste baisse son score (en suffrage exprimé). Le mouvement des gilets jaunes sera d’autant plus fort que la liste En Marche sera faible, alors qu’il sera encore plus délégitimé si le président gagne les élections.

Surtout, on a vu à quel point le pouvoir n’hésitait pas à actionner tous ses leviers pour tuer le mouvement : des violences policières inouïes, condamnées par l’ONU, une répression judiciaire jamais vue, ciblant jusqu’aux journalistes, une mise en cause de la presse, des interdictions de manifester en série, un fichage illégal et généralisé, l’instrumentalisation de l’incendie de Notre-Dame et de l’attentat terroriste de Strasbourg, les multiples accusations et stigmatisations du mouvement (récemment traité de « vermine »), l’organisation d’un grand débat ayant accouché d’une souris, etc.

Face à ce rouleau compresseur, il serait idiot de s’abstenir, ou de voter pour la roue de secours d’Emmanuel Macron : Marine Le Pen.

7) Marine Le Pen, et Macron gagne

Terminons en notant que Marine Le Pen se prépare activement à incarner l’alternative à Emmanuel Macron. La responsable du service politique de France Télévision, Nathalie Saint-Criq, a déclaré après son passage à l’émission politique « elle est hyper dédiabolisée ». [10]

Quand on sait que la politique migratoire de Monsieur Macron est votée par le FN, que Christophe Castaner reçoit les éloges de « Génération identitaire », le groupe d’activistes que beaucoup comparent à une milice néofasciste, responsable du saccage des locaux de l’ONG SOS méditerranée ; et que la tête de liste d’En Marche a fait ses armes politiques avec l’extrême droite, auprès d’anciens du GUD, on comprend parfaitement que Marine Le Pen semble « soft ».

Mais surtout, la cheffe de l’extrême droite française peut désormais compter sur les soutiens de l’oligarchie et des milieux financiers. Elle a promis de supprimer l’ISF sur l’immobilier, de baisser les impôts, déclare sa flamme pour les dividendes et les hauts salaires, son hostilité à toute hausse du SMIC et a abandonné toute velléité anti-européenne sérieuse.

Ne pas voter aux Européennes, c’est aussi installer durablement dans le paysage politique français une alternance entre l’extrême droite et l’extrême centre de Macron. Il ne faudra pas venir se plaindre de devoir choisir entre la peste et le choléra…

***

  1. Lire cet entretien publié dans Marianne : David Cayla : « les “élections européennes  ne changeront pas la nature des politiques européennes » : https://www.marianne.net/debattons/entretiens/david-cayla-les-regles-europeennes-determinent-strictement-le-cadre-economique
  2. https://reporterre.net/La-peche-electrique-sera-interdite-en-Europe-en-2021
  3. Le résultat des Européennes influencera fortement les chances de voir émerger une force de gauche rassemblée autour d’un programme type « green new deal », seul type de politique « révolutionnaire » capable de sauver la planète face au réchauffement climatique et à toutes ses conséquences sociales, démocratiques, migratoires, écologiques.
  4. Au premier tour, un électeur d’Emmanuel Macron sur deux déclare avoir fait ce choix par défaut et vote utile. Au second tour, Macron s’impose contre Marine Le Pen, dans un contexte de très forte abstention et de vote blanc record  – 4 millions, dix fois plus qu’en 2012.
  5. C’est le cas, par exemple, de Juan Branco.
  6. Lire, entre autres, ce court portrait du Monde diplomatique : « Glucksmann, un autre Macron est possible »
  7. Lire cet article de Regards.fr « Européennes : EELV en marche vers le centre »
  8. Emmanuel Macron a fait tout ce que l’Allemagne attendait de lui, en termes de réformes structurelles et de réduction de la dépense publique. Il a refusé les stratégies d’alliance avec les pays opposés à l’Allemagne (Italie, Espagne, Portugal) et n’a pourtant rien obtenu de Berlin, qui demande désormais le siège de membre permanent à l’ONU occupé par la France. Cette stratégie, jugée vouée à l’échec dès 2017 par le journal économique La Tribune (lire ici) et dénoncée dans les pages du Guardian par un ancien conseiller de Macron en mars 2019, montre l’impasse d’une approche consensuelle. 
  9. Lire cette enquête de Médiapart, accablante pour Benoit Hamon:  « l’impossible campagne » https://www.mediapart.fr/journal/france/050419/generation-s-l-impossible-campagne?onglet=full
  10. Voir cette émission du Média : https://www.youtube.com/watch?v=myibWP-5KXQ
  11. Voir cette analyse de Médiapart « Qui a encore peur de Marine Le Pen ? »

7 réactions au sujet de « Faut-il voter aux européennes ? »

  1. Bonjour et merci
    j’hésitais sérieusement à aller voter et aider à cette mascarade de marionnettes

    j’hésite toujours ……mais j’y vois un peu plus clair et j’aime bien le côté froid et machiavel teinté de cynisme efficient du billet

    dès lors à partir du moment ou il est acquis que ces élection ne servent à rien du tout au niveau européen mais qu’elles peuvent être utile à la reconstruction de la démocratie en France faudrait il :

    1/ mettre le fn devant (s’abstenir ou voter pour ). N’est ce pas après tout une bonne manière de les exfiltrer et de les partager avec l’union sans que pour autant cela démultiplie sa capacité de nuisance (n’oublions pas d’ailleurs que Macron avec sa réforme de l’élection des députés va favoriser l’arrivée du FN ce qui va encore accentuer les choix par défaut au motif d’éviter le pire (encore faudrait il rappeler que le FN n’a pour l’instant énucléé, amputé, fracassé voir tué personne!!

    2/ Voter ou s’abstenir pour favoriser LRMEN s’est achever la France et nous conduire au fédéralisme financier forcé et donc à la guerre à plus boumions long terme ( historiquement aucune fédération imposée n’a échappé à la guerre ( des États Unis à la Yougoslavie, l’union soviétique aux empires coloniaux en passant par la construction de la nation française et de son empire européen à 130 départements ou de la sphère de co-prospérité asiatique !!!
    3/ EELV Gluskmann, Hamont ….. tous apparatchiks au bilan politique désastreux, qui n’ont pas d’autre souci que de retrouver des sous, une gamelle et une tribune : ils attendent le fédéralisme, ils accepte la mondialisation et ils sont heureux d’être émasculés (sans aucun pouvoir législatif ou politiques) pourvu que les indemnités soient versées
    4/ Yann Broissat ?? une jeune et brillante excuse pour cacher un pc fossilisé et sa faillite ? avant d’être rappelé à la niche ?? Non c’est un cul de sac: le PC doit disparaître avec le PS pour que le militants sincères puissent reconstruire
    5/les frexiters et notamment le plus constant et plus sérieux d’entre eux ceux de l’UPR ?? honnêtement s’il faut voter pourquoi pas ? dans les institutions actuelles ils sauront naviguer et pourront peut être se consolider à défaut de pouvoir agir réellement
    6/ les gilets jaunes de gauche  » pourquoi pas pas ?? au moins on est certain qu’ils ne donneront pas immédiatement dans la compromission et qu’ils sont tellement volontaires qu’il faut bien les soutenir ?

    Reste LFI? tellement d’espoir et tellement de déception par l’incapacité de dirigeants d’un vieux monde à écouter sa base et finalement la voix du peuple ??

    mais LFI est gazeux et c ‘est un conglomérat de militants dont le dénominateur commun est justement de ne pas vraiment en avoir ( une version de gauche du gaz Lrem??)

    Mélenchon a explosé lors de la perquisition,
    Sa liste a recasé son gendre, son ex, son directeur politique et quelques autres à de positions éligibles qui statitisquement sont totalement invraisemblables

    Mélenchon qui a perdu toute les élections depuis 2012 et laminé le parti de gauche …et qui prétend toujours au leader ship
    Alors LFI pour élire un proconsulat souterrain qui à permis d’éviter tout débat politique au sein de la gauche militante ?? ça demandera vraiment beaucoup d’abnégation?

    Effectivement les pistes de l’avenir en commun sont claires, elles sont plutôt en phase avec les questions cruciales du moment (la transition énergétique, le changement climatique, le renversement de l’économie financiarisée et prédatrice… LFI ne cache pas qu’ils ne sont pas là pour l’Union européenne, qui de toute façon se moque bien du parlement comme du déluge, et la jeune tête de liste, bien utilisée par Mélenchon, tient tout de même sa place ??
    Mais quand il faudra passer à l’étape gouvernement comment des gens qui ne sont là que parce que le gaz est inodore, incolore et sans saveur et surtout sans engagement politique confirmé pourront ils gérer???

    Bref merci pour l’argumentation
    merci d’avoir clarifier les risques de la pêche à la ligne
    reste à trouver le chemin …`
    bien cordialement

    1. Vous êtes gazeux et votre analyse de comptoir vaseuse. Je crois lire Plenel et sa malsaine malveillance agressive à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes négatif, sans intérêt. Digne suppôt de LREM.

  2. Bonsoir fine analyse, que je rejoins. Si ce n’est que le terme « voter » ne me semble pas adapté aux élections. C’est précisément de la novlangue, nous faire célébrer des défaites cuisantes comme si c’étaient des victoires. Nous n’avons pas le droit de voter, seulement celui d’élire. Les députés votent pour nous. C’est comme les privilèges, qu’il conviendrait d’abolir, mais nous célébrerons un putch bourgeois comme s’il s’agissait d’une révolution, alors qu’elle reste à faire.
    Un GJ…

      1. Je vous lis assidûment, y compris le blog que vous aviez (avez?) sur Mediapart, c’est un vrai travail que vous faites à chaque fois!
        Je vais communiquer cet article-ci à un maximum de gens, même si, en comprenant grâce à vous l’importance des enjeux, que je ne mesurais pas à ce point, je suis assez angoissée depuis que je l’ai lu!

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