Benoit Hamon et la (des)union de la gauche

Benoit Hamon et la (des)union de la gauche

Sa large victoire aux primaires, saluée par des sondages doublant soudainement ses intentions de vote, conférait à Benoît Hamon la possibilité d’incarner l’union et le renouveau de la gauche. Les espoirs de victoire ont vite été balayés par une stratégie désastreuse imposée par les rouages du PS. Analyse d’une tragédie politique évitable.

Acte 1 : Benoit Hamon, le frondeur

Pour comprendre l’état actuel du parti socialiste, et, de manière plus générale, la confusion qui règne dans cette campagne présidentielle, il est nécessaire de commencer par admettre que le PS n’est plus un parti de gauche.

Si on mesure encore assez mal la portée historique de la présidence de François Hollande, il est fort probable qu’elle saute aux yeux dès le 7 mai prochain.

Quoi qu’il en soit, nous sommes contraint de constater que la politique qu’il mène depuis cinq ans est profondément ancrée à droite. En matière d’économie, on citera l’austérité budgétaire, le soutien sans condition aux entreprises (CICE), le recul des droits des travailleurs et la libéralisation de services publics (loi Macron 1), la réduction de la prime aux heures supplémentaires et la flexibilisation du marché du travail (loi Macron 2, dit El Khomri). Sur les questions sociales, après avoir intentionnellement fait durer plus de six mois la séquence législative du mariage pour tous, on assiste à un recul de nombreux acquis sociaux. Le maintien de l’état d’urgence permanent pour des raisons purement politiques et la stigmatisation des immigrés (cf. déchéance de nationalité et burkini) dépasse largement ce qu’avait pu entreprendre Nicolas Sarkozy (1). Enfin, l’absence de volonté de lutter contre la fraude fiscale et la financiarisation de l’économie, le soutien aux traités de libre-échange (CETA, TAFTA) et les promesses non tenues faites aux écologistes d’EELV marquent une rupture profonde entre le candidat-Hollande et le Président (2)

Bien entendu, cette politique est tout à fait légitime et ces choix sont défendables et cohérents. Le problème réside uniquement dans le fait qu’ils vont à l’encontre de ce qu’il est d’usage d’attendre d’un dirigeant de gauche. Cette ambiguïté historique ne pouvait que générer deux réactions fortes.

À droite, on observe ainsi une radicalisation de l’offre politique, au niveau du programme, mais aussi des hommes, comme l’attitude de François Fillon le démontre jour après jour.

Au PS, les socialistes « de gauche » ont fini par exprimer leur désaccord en créant ce mouvement de « frondeurs ». Parmi leurs chefs de file, Benoît Hamon.

Photo: LaCroix.fr

Ces députés rebelles contestent pratiquement tous les choix politiques évoqués plus haut, mais de façon indirecte. Benoît Hamon a ainsi soutenu l’action du gouvernement pendant deux ans et demi et milité pour la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre (3). En juillet 2014, son opposition de plus en plus franche lui vaut d’être remercié. Il rejoint le banc des frondeurs à l’Assemblée nationale, avec lesquels il va avoir l’opportunité de joindre la parole aux actes, en votant la motion de censure.

Première erreur stratégique majeure. Au lieu d’aller au bout de sa logique qui aurait conduit à la chute du gouvernement Valls et obligé François Hollande à recomposer un gouvernement avec des ministres frondeurs, Hamon s’abstient, comme la plupart de ses camarades. Ce bottage en touche lui permet de rester en bons termes avec les cadres du PS et de se déclarer candidat à la primaire dès le mois de juillet 2016.

Acte 2 : Hamon, candidat de la primaire et du revenu universel

À l’été 2016, Hamon est crédité d’à peine 5 % des intentions de vote. Personne ne l’imagine créer la surprise (4). Pourtant, il fait des choix innovants et audacieux en termes de programme. Il place l’écologie au cœur de son projet, affirme son opposition à la stigmatisation des musulmans et surtout, adopte l’idée en vogue du moment, le revenu universel.

Pour avoir nous-mêmes étudié de très près cette belle notion, nous pouvons affirmer qu’Hamon défend cette proposition de façon peu convaincante. Il suffit de retracer ses allers-retours et de l’écouter sur le sujet pour s’en rendre compte. Mais peu importe, le fait est que ce choix lui a offert une grande couverture médiatique et lui a permis d’imposer ses thèmes progressistes lors des débats de la primaire.

La cohérence de son programme, la rupture qu’il représente avec le quinquennat Hollande et le fameux « tout sauf Valls » le conduisent à créer la surprise en remportant l’investiture.

Entre la participation en net recul (-35 % par rapport à 2012), les suspicions de manipulation des chiffres et un sondage le plaçant à 9 %, loin derrière Mélenchon, tous les éléments portaient à croire qu’une union de la gauche serait possible.

Acte 3 : Victoire de Hamon à la primaire

Plusieurs événements viennent compromettre le scénario d’une alliance avec le mouvement de la France Insoumise.

Premièrement, à deux jours du second tour, Benoît Hamon affirme sur RMC qu’il sera candidat quoiqu’il advienne, excluant de fait la possibilité d’un rassemblement.

Deuxièmement, le fameux sondage (contesté) de l’IFOP tombe le lendemain de la victoire de Benoît Hamon et indique une inversion quasi parfaite des intentions de vote. Il place Hamon à 17 %, loin devant son allié potentiel. À partir de là, il n’est plus question de ralliement, ni même de discussion entre les deux hommes.

Le troisième élément, rarement mentionné, concerne le rôle joué par les grands médias. Acrimed documente parfaitement le parti pris inouï des « observateurs » et « éditorialistes » en faveur de Manuel Valls (5). Tout au long des primaires, et encore plus fortement après l’annonce des résultats, Hamon se trouve au centre d’une formidable campagne de décrédibilisation visant à faire passer son programme pour irréaliste et utopique. Le vocabulaire utilisé est d’une rare violence, en particulier dans les journaux « de gauche » tels que Libération qui va jusqu’à titrer « Benoit Hamon ou le syndrome de Jean Claude Dusse » (6).

Affaibli par la vindicte éditorialiste, on comprend que Benoît Hamon se retrouve dans une position délicate pour accepter l’invitation de Mélenchon à aller « boire un café »

Acte 4 : Hamon, la stratégie de l’échec

Benoît Hamon doit trancher entre deux options stratégiques diamétralement opposées. La première consiste à s’appuyer sur la légitimité que lui confère sa large victoire à la primaire et ses sondages très favorables pour aller au bout de sa logique (il culmine alors à 18 %, ce qui le qualifie potentiellement au second tour compte tenu des marges d’erreur). Cette option nécessite une rupture franche avec l’aile droite du PS, en prenant des dispositions claires et concrètes :

  • Appeler le gouvernement à agir dès maintenant en faveur des points clés de son programme (par exemple, en abrogeant la loi El-Khomri)
  • Exiger que le PS investisse majoritairement des députés issus de son aile gauche aux législatives, afin de s’assurer, en cas de victoire, une majorité présidentielle
  • Constituer une équipe de campagne composée exclusivement de ses soutiens
  • Voter pour la résolution contre le CETA proposée par le Front de Gauche à l’Assemblée nationale

Cette option stratégique, cohérente avec sa ligne politique, aurait nécessairement conduit les partisans de la ligne Valls à rejoindre Macron et aurait de fait profondément divisé le PS. Mais cela aurait également rendu indéfendable la candidature de Mélenchon.

Photo: libération

Au lieu de ça, Hamon décide de préserver l’union du parti socialiste. Le choix des cadres de son équipe de campagne est révélateur. En plus d’anciens ministres du gouvernement Hollande, il retient cinq soutiens de Manuel Valls. Au poste clé de coordination des parlementaires, on retrouve Luc Carvounas, ex-bras droit du finaliste battu à la primaire, connu pour avoir comparé les jeunes de « nuit debout » à ceux de « la manif pour tous » (7), pour avoir tenu des propos insultants envers la gauche alternative (8), pour avoir qualifié la CGT de mafia oligarchique (9) et pour avoir torpillé la loi de non cumul des mandats (10). Tout un symbole.

Sur cette lancée, Hamon décide de s’abstenir avec l’ensemble du groupe PS (à quelques frondeurs près) sur la résolution contre le CETA, et défend mordicus les investitures de Manuel Valls, Myriam El Khomri et une vingtaine de ministres du gouvernement Hollande. Cela conduit à une diminution du poids des anciens frondeurs dans la future Assemblée Nationale, et rend de ce fait impossible l’exécution de son programme, même en cas de large victoire socialiste à la présidentielle.

Il est capital de comprendre ce point. Du fait des députés investis par le PS aux législatives à venir, Hamon ne pourra pas appliquer son projet, quoi qu’il advienne. Il se retrouvera avec environ 85 % de députés socialistes opposés à sa ligne politique. En clair, Hamon aura face à lui ses propres frondeurs, mais en majorité écrasante cette fois-ci.

On voit bien que le résultat inattendu de la primaire, conçue pour lancer la réélection de Hollande, ne permet pas de transformer profondément le PS en quelques semaines. Prisonnier de son parti, Hamon devait choisir entre une stratégie risquée de rupture radicale qui pouvait le conduire potentiellement à la victoire, ou le consensus qui le condamne à perdre l’élection, mais maintient la cohérence du parti pour les échéances futures.

L’union de la gauche de 1981 avait mis vingt ans à se concrétiser, mais voilà que les médias somment nos deux protagonistes de réaliser une alliance du même genre en vingt jours.

Acte 5 : Le feuilleton imaginaire de l’union de la gauche

Une fois ce choix arrêté, Hamon et le PS tentent de noyer le poisson. Avec la complaisance des grands médias, ils entretiennent un faux feuilleton, dans le but avoué de chercher à faire porter le chapeau à Mélenchon pour « siphonner » son électorat.

Crédit photo: jdd.fr

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, voici un résumé factuel entièrement vérifiable en recoupant les différentes déclarations et publications. J’ai suivi ce roman à l’eau de rose de très près, car l’impact sur la campagne de Macron était tout aussi important que celui concernant les chances de victoire d’une candidature de la gauche. Je vous recommande d’aller directement à la conclusion si le feuilleton ne vous intéresse pas !

  1. Hamon affirme qu’il sera candidat quoiqu’il advienne, juste avant le second tour des primaires. Mélenchon prend acte et appel ses électeurs à ne pas voter à la primaire socialiste, tout en réaffirmant sa propre détermination à aller au bout. (12)

  2. Avant sa victoire, Hamon parle de tendre la main à Mélenchon et promet de l’appeler dès le soir de l’annonce des résultats. Mélenchon répond en proposant « d’aller boire le café » tout en se montrant très critiques des premiers choix stratégiques décrits plus haut, en particularité le refus du PS de s’opposer au CETA. Deux semaines plus tard, toujours pas d’appel.

  3. Mélenchon publie une vidéo dans laquelle il demande des garanties à Hamon, notamment en matière d’investiture de députés PS favorables au programme de Hamon en lieu et place des personnalités issues du gouvernement Hollande, afin de rendre possible l’application dudit programme en cas de victoire.

  4. Hamon lui réplique qu’il refuse d’offrir des « têtes politiques ». Ce langage est repris par tous les grands médias, ce qui alimente la perception de l’attitude irresponsable de Mélenchon.

  5. Mélenchon publie une lettre sur sa page Facebook dans laquelle il détaille les points de désaccords politiques et demande une nouvelle fois des garanties. Il laisse entendre qu’un abandon de sa candidature serait possible, mais soumis aux votes de ses militants.

  6. Le PS juge les demandes irrecevables (ce qui est compréhensible compte tenu de la stratégie retenue). Hamon ne répond pas à la lettre. Chaque candidat continue d’affirmer de son côté le maintien de sa candidature.

  7. En meeting à Strasbourg, Mélenchon invite Hamon à une rencontre et propose trois dates. Hamon prend contact avec Mélenchon et un rendez-vous serait fixé à son retour du Portugal.

  8. Mélenchon emploie le mot « corbillard » pour désigner le PS lors d’une interview. Cambadélis, le chef du parti socialiste, saute sur l’occasion pour interdire la rencontre H&M sur ce prétexte. Hamon plie sous la pression du PS.

  9. Yannick Jadot et EELV rejoignent Hamon en signant un nouvel accord contenant moitié moins de circonscriptions qu’en 2012 et reprenant les promesses électorales non tenues, sur le nucléaire notamment. Les 2 % d’intentions de vote des verts se répartissent également entre Hamon et Mélenchon.

  10. Sur France 2, Mélenchon maintient que la porte n’est pas fermée et propose de rencontrer Benoît Hamon au plus vite.

  11. Le lendemain, Hamon et Mélenchon se voient enfin et décident d’un commun accord de continuer chacun de leur côté, en s’épargnant les attaques.

À travers ce fil, on constate que Mélenchon a adopté depuis le début une posture très défensive et critique, mais a cherché à résoudre au plus vite le malentendu qui abimait sa campagne. Hamon, prisonnier des cadres du PS, n’a jamais répondu publiquement aux questions de désaccord politique mentionnées par Mélenchon.

En clair, ni l’un ni l’autre n’ont envisagé un rapprochement derrière une candidature unique. Et pour cause, celle-ci serait vouée à l’échec.

Entracte : l’incompatibilité des candidatures Hamon et Mélenchon

Au niveau des programmes, il serait facile de croire que les points communs (écologie, fin de l’austérité, sixième république) doivent permettre un rapprochement. Seulement voilà, sur l’Europe, question fondamentale dont tout le reste découle, les candidats sont radicalement opposés.

Hamon propose de mettre en place le programme du candidat François Hollande (parlement de la zone euro, fin de l’austérité, harmonisation fiscale et sociale) par une négociation avec l’Allemagne. Et si l’Allemagne dit nein ? Ce cas de figure n’est pas envisagé. Hamon compte sur le crédit apporté par l’économiste Thomas Piketty et le bilan de cinq ans d’austérité désastreuse (augmentation du chômage et de la dette) pour convaincre Angela Merkel de plier. Il prévoit de mettre dans la balance le poids de l’armée française (qui deviendrait de fait soumise au contrôle européen) pour obtenir gain de cause. Problème, l’harmonisation fiscale et sociale ainsi que le changement de statuts de la BCE sont interdits par les traités, qu’il faudrait donc renégocier à 28… (13). Si cette négociation échoue, le reste du programme devient strictement inapplicable puisque Hamon à catégoriquement exclu de se soustraire aux traités (14).

Hamon, meeting de la campagne, 15 Décembre 20126. Photo: Libération

Mélenchon défend une approche radicalement différente. Son plan A consiste à désobéir aux traités dès sa prise de fonction, et sur des points précis.  Fin de l’austérité, refus de continuer la privatisation des services publics en cours, contrôle des capitaux, sortie du CETA et refus d’application de la directive sur les travailleurs étrangers détachés. Ensuite, il entame la négociation de nouveaux traités, dans le but notamment de modifier les statuts de la BCE, mettre en place un protectionnisme solidaire et changer l’Europe dans un sens proche de ce que demande Hamon. Il s’agit avant tout d’une stratégie de désobéissance construite à partir de l’expérience grecque, formulée avec les partis de gauche radicale européens et théorisée par l’économiste Jacques Généreux dans un livre paru en 2012 (Nous on peut).

En cas d’échec des négociations, le « plan B » prévoit la sortie organisée des traités européens.

On voit donc deux approches fondamentalement différentes. La première, comme Hollande en 2012, parie sur la coopération de l’Allemagne et passe par la voie juridique en faisant ratifier les nouveaux accords par les 28 États membres. La seconde repose sur une stratégie de rapport de force conflictuel en vue d’une négociation.

Meeting de Mélenchon à Brest. Photo: France Insoumise

Que l’on préfère l’approche de François Hollande ou celle de Jean-Luc Mélenchon, force est de constater que les projets sont idéologiquement incompatibles et qu’il est virtuellement impossible de convaincre la France Insoumise que Benoit Hamon réussira là ou Francois Hollande avait échoué.

Second point de désaccord majeur entre les candidats, la politique étrangère. Benoît Hamon propose d’augmenter le budget militaire (conformément aux exigences de Donald Trump) et milite pour une Europe de la défense au service de l’OTAN (donc des USA… pour l’instant). Hamon soutient également les bombardements au Moyen-Orient et s’inscrit dans une stratégie d’escalade du rapport de force face à la Russie.

Mélenchon veut sortir de l’OTAN, refuse l’idée d’Europe de la défense et s’oppose à une augmentation des budgets militaires qu’il compte simplement maintenir au niveau actuel. Il propose une politique de détente avec la Russie.

Là encore, deux approches en totale opposition, qui pourront, dans un cas comme dans l’autre et en fonction de l’attitude adoptée par Donald Trump et la Russie, déboucher sur un conflit nucléaire en Europe. Les deux points de vue sont défendables, mais diamétralement opposés.

Ces deux différences fondamentales dont tous les autres choix politiques découlent (politique économique, écologie, lutte contre le terrorisme, immigration, sécurité nationale et internationale) ne constituent pourtant pas le centre du désaccord entre les deux candidats.Le cœur du problème tient en réalité dans le fait que la candidature de Benoit Hamon s’effectue à l’encontre de son propre parti.

En clair, si on fait l’hypothèse de la victoire du candidat socialiste à la présidentielle (avec ou sans Mélenchon) et qu’il obtient alors une majorité à l’Assemblée, cette majorité sera opposée à ses principaux points programmatiques.

En particulier, on imagine mal des parlementaires socialistes tout juste réélus accepter de mettre en place la 6e république alors que ces mêmes députés sont contre ce projet, ont sabordé le texte de non-cumul des mandats et viennent de voter une loi leur conférant une immunité étendue. De même, la fin de l’austérité budgétaire, le refus du CETA, la priorité à l’écologie et l’abrogation du CICE et de la loi El-Khomri non aucune chance d’être votés par les députés qui ont précédemment mis en place ces mesures et qui les défendent encore aujourd’hui !

Par contre, si on fait l’hypothèse inverse (une victoire de Mélenchon aux présidentielles et aux législatives), ce dernier pourra théoriquement appliquer son programme.

Bien sûr, ces deux hypothèses paraissent aussi « folles » l’une que l’autre compte tenu de la réalité actuelle de la campagne. Cependant, on voit bien que seule l’option de la non-alliance permet d’apporter un changement politique.

Alors, certains diront que l’alliance « peut gagner » tandis que la désunion va nécessairement perdre. Autrement dit, il vaudrait mieux Hamon président sans majorité plutôt que la victoire d’un candidat issu de la droite. À ce niveau, autant arrêter de faire de la politique sur le champ.

Non seulement cela revient à renoncer à une politique de gauche par peur de la droite, ce qui ne peut à long terme qu’entrainer vers le pire, mais en plus cela suppose d’admettre que les électorats de Hamon et Mélenchon s’additionneraient.

Or, croire que les 13 % d’électeurs de Mélenchon iront vers Hamon malgré tout ce que je viens de dire tient de la pure fiction.

De la même façon, imaginer que les socialistes vallsistes iront majoritairement voter pour le personnage Mélenchon et son mouvement « d’Insoumis » est tout aussi illusoire.

On peut au contraire supposer qu’un ralliement de Mélenchon à Hamon (car c’est la seule option envisagée par les commentateurs) pousserait un grand nombre d’électeurs socialistes vers Macron, et de la même façon, une partie des soutiens à FI vers l’abstention. Dans tous les cas, on serait loin des 25 % promis par les partisans de l’union H&M.

Les deux principaux intéressés l’ont bien compris, et c’est pour cela qu’ils ne pouvaient pas parvenir à un accord.

Conclusion

La stratégie de Benoît Hamon, qui vise avant tout à préserver l’unité du parti socialiste, conduit à la construction d’une candidature profondément incohérente qui exclut de fait toute possibilité d’alliance visant à remporter la présidentielle. On voit bien que cette stratégie de l’échec constitue un renoncement temporaire, probablement au bénéfice supposé d’échéances futures.

Pour autant, le choix de Benoît Hamon ne ferme pas la porte à une union en vue des législatives, véritable enjeu principal de ce cycle électoral.

Loin de tirer les conclusions qui s’imposent à tout observateur capable de prendre du recul, les médias « mainstream » continuent, encore aujourd’hui, d’alimenter la confusion et de rejeter la responsabilité de la désunion sur les questions de personnes. (15)

Outre le côté ironique qui consiste à mentionner les prétendus problèmes d’égo lorsqu’en face, les candidats ont, au choix, monopolisé un parti hérité de leur père (Le Pen), contredit leur propre parole en refusant de passer le flambeau malgré une mise en examen (Fillon) ou lancé un mouvement hors parti dont les initiales reprennent celles de son leader (EM), il semblerait que certains journalistes et commentateurs de gauche soient si effrayés par la perspective d’un second tour Macron/Le Pen, ou Fillon/Le Pen, ou par l’idée de voter Mélenchon, qu’ils en perdent leur capacité d’analyse. De ce fait, ils entraînent dans leur confusion leurs auditeurs et lectorats.

L’attitude de la presse généraliste s’explique probablement par son parti pris libéral. On comprend bien qu’entretenir la discorde à gauche permet de maintenir Macron au rang de favori.

Mais nous n’osons pas mettre en doute la neutralité de médias approuvés par le decodex à l’aide d’une pastille verte…

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Notes et références:

  1. Sur la prolongation de l’état d’urgence à des fins purement politiques, et en ce qui concerne le choix de faire trainer l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, lire le livre « Un président ne devrait pas dire ça » de Davet et Lhomme.
  2. https://www.bilan-ps.fr/ pour un résumé du bilan de l’action du PS sur ces cinq dernières années
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Beno%C3%AEt_Hamon
  4. Idem 3
  5. http://www.acrimed.org/Benoit-Hamon-le-reveur-un-cauchemar-pour-les
  6. http://www.liberation.fr/debats/2017/01/26/revenu-universel-benoit-hamon-ou-le-syndrome-jean-claude-dusse_1544246
  7. http://www.dailymotion.com/video/x47qeuu_luc-carvounas-sur-nuit-debout-les-manifestants-sont-comparables-a-ceux-de-la-manif-pour-tous_tv
  8. http://lelab.europe1.fr/jean-luc-melenchon-un-petit-robespierre-de-mauvaise-facture-pour-luc-carvounas-7601
  9. http://www.lci.fr/politique/pour-un-senateur-ps-la-cgt-est-une-caste-de-privilegies-et-son-patron-un-permanent-politique-1260032.html
  10. http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2016/08/17/25006-20160817ARTFIG00092-offensive-a-gauche-contre-la-loi-interdisant-le-cumul-des-mandats.php
  11. http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/hamon-ira-jusqu-au-bout-en-cas-de-victoire-a-la-primaire-907355.html
  12. https://www.youtube.com/watch?v=tQIsWprmxDA&t=20s
  13. Les articles 32 et 63 du TFUE interdisent le controle des capitaux et l’entrave à la concurrence, le statut de la BCE interdit la modification  de ses missions fixé par l’article 282 du TFUE, revenir sur les traités TFUE nécessite l’unanimité des 28 états membres (article 46 du TUE) cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait et http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A12012E%2FTXT
  14. Non seulement Hamon ne pourra pas financer son programme de relance et son revenu universel (budget soumis à l’approbation de Bruxelle et à la règle d’or) mais sur des mesures emblématiques comme l’interdiction des perturbateurs endocriniens, seule la commission europénne peut légiféré (et elle vient de rejetter la proposition de loi sous pression des lobbies). C’est pour cela que la FI propose la désobéicence aux traités, ce que Hamon refuse catégoriquement.
  15. Lire sur Médiapart l’éditorial d’Edwny Plenel du 3/3/2017 notamment.

 


2 réactions au sujet de « Benoit Hamon et la (des)union de la gauche »

  1. Édit: difficile de coller à l’actualité, mais on m’apprend que Benoit Hamon recul de nouveau sur le revenu universel (ce qui confirme mon scepticisme sur la sincérité de son engagement en faveur de cette idée).
    Côté stratégie, malgré son choix de préserver l’union du parti socialiste, celui-ci semble sur le point de se désagréger. Bertrand Delanoë a annoncé son ralliement derrière Macron tandis que le brouillon d’une tribune appelant l’aile droite du PS à en faire autant, signé par une vingtaine de cadres socialistes, a fuité au Figaro (les signataires dénoncent une intox).
    Deux nouvelles qui viennent confirmer notre perplexité devant la candidature de Benoit Hamon.

    Sources: http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/09/comment-benoit-hamon-tente-de-contenir-lexode-des-socialistes-c/

    http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170307.OBS6185/benoit-hamon-va-modifier-son-projet-de-revenu-universel.html

  2. Merci pour cette très juste analyse.
    Benoît Hamon est quelqu’un de sympathique et sincère et qui croit très certainement dans les grandes lignes de son programme (même si sur le revenu universel on voit bien qu’il n’est plus aussi catégorique).
    Par contre, il est clair qu’il n’a pas les coudées franches au sein du P.S. qui cherche absolument à lui infléchir son programme et à lui faire endosser le bilan du quinquennat. Comment s’étonner alors que les intentions de vote en faveur de Benoît Hamon stagnent ?
    Aujourd’hui, pour faire un vrai choix de gauche, c’est le programme du candidat de la « France insoumise », Jean-Luc Mélenchon qui est le mieux à même de proposer une véritable alternative avec le système libéral. La lecture du programme « L’avenir en commun » a fini par m’en convaincre.

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