Mélenchon, Bernie Sanders Francais ?

Mélenchon, Bernie Sanders Francais ?

Depuis les États-Unis, la comparaison parait presque trop facile. Tous deux doyens des élections, les vieux briscards de la politique souffrent autant d’une image défavorable qu’ils bénéficient d’un engouement sans précédant chez les jeunes. Ce paradoxe s’expliquerait peut-être par une véritable différence politique qu’ils proposent face aux conservatismes néolibéraux et à l’extrême droite. Bernie Sanders ne put éviter Donald Trump, Jean-Luc Mélenchon pourrait-il empêcher la victoire du FN  ?

Après avoir longuement traité des quatre autres candidats principaux, il était temps de se pencher sur monsieur Mélenchon, sa campagne, son programme et ses chances de victoire.

Les leçons de la candidature Bernie Sanders

Bernie Sanders représente la gauche de la gauche américaine, sorte d’OVNI socialiste en terre profondément libérale et conservatrice. Sa voix rauque, son accent inaudible, ses cheveux hirsutes et ses costars mal taillés renvoient une image peu flatteuse. Mais ses prises de position passionnées et son intransigeance politique viennent contrebalancer ces handicaps de forme. Car sur le fond, Bernie Sanders a fait une campagne remarquable.

Farouche opposant aux dérives du parti démocrate auquel il reproche d’avoir délaissé la classe ouvrière au profit des intérêts financiers, son programme ne proposait pas de révolutionner le monde, mais simplement de revenir aux fondamentaux. Éducation et assurance maladie gratuite et universelle, hausse des salaires, régularisation stricte de Wall Street, refonte des institutions adossées à un plan d’investissement dans l’écologie et les énergies renouvelables se trouvaient au centre de son programme. Il finançait ces mesures spectaculaires par une augmentation des taux d’imposition sur les 5 % les plus riches, pour les ramener au niveau des années soixante-dix.

À la surprise générale, sa campagne reçut un soutien démesuré. Là où Hillary Clinton peinait à remplir des petites salles, Bernie Sanders accueillait des milliers de supporters. Plus de 50 000 personnes à New York, du jamais vu dans l’histoire du pays. Ce qui oblige son adversaire à enchaîner les dîners mondains pour recueillir les dons des milliardaires pendant qu’il engrangeait des dizaines de millions à coup de dons individuels de vingt dollars. La force de la mobilisation oblige Hillary Clinton à gauchiser son discours et adopter certaines de ses propositions.

Photo: La Croix

Pendant les primaires, il remporte de nombreux états de la côte Est et du Midwest, les fameux états ouvriers qui offriront la victoire à Donald Trump neuf mois plus tard.

Mais le candidat dérange. La presse estampillée à gauche lui livre une guerre frontale qui tourne à l’acharnement médiatique. Pas moins de cinq cents articles défavorables dans le Washington Post, qui se trouve réduit à l’accuser d’antisémitisme, un comble pour un homme d’origine juive. (1)

Au final, c’est le mécanisme du vote utile et la fraude des instances du parti démocrate qui le privera de l’investiture. Tout ça pour envoyer Hillary Clinton se fracasser sur le mur de Donald Trump. (2)

Clinton représentait tout ce qui ne va pas dans le système américain. Elle avait tourné le dos à la ruralité, aux classes populaires et ouvrières pour se faire rémunérer des discours devant les financiers de Wall Street. Et Donald Trump, malgré tous ses défauts, ne dérangeait pas plus l’oligarchie dont il est issu que Marine Le Pen n’effraie le Medef ou la « caste dirigeante » que Mélenchon propose de contester.

Les raisons du succès de Mélenchon

La directrice de communication du leader de la France Insoumise a passé le printemps 2016 à suivre la campagne de Bernie Sanders sur le terrain. Pour s’inspirer de ses méthodes, et en particulier des techniques visant à contourner un appareil médiatique essentiellement hostile aux idées de gauche.

En effet, Mélenchon devait surmonter trois handicaps majeurs. Le premier est le jeu des partis politiques, particulièrement divisés à la gauche du PS. Pour s’en affranchir, il lance son mouvement, la France Insoumise, et refuse catégoriquement de participer aux primaires socialistes (la débâcle de Benoît Hamon lui donne raison).

Second point, son portrait de « diable rouge communiste » qui tient plus à la perception résultant de sa campagne de 2012 qu’a sa ligne programmatique située dans la tradition socialiste, l’écologie en plus.

Enfin, Mélenchon pâtit d’un déficit d’image particulièrement sévère. Les causes sont partagées, entre sa posture volontaire de tribun, sa ligne politique contestataire, et sa personnalité qui le conduit à parler fort, parfois contre des journalistes sur des plateaux TV, parfois contre des militants frontistes sur les marchés. Le documentaire France 3 du psychologue Gérard Miller permet de mieux saisir le personnage, et de discerner ce qui tient d’une posture, de ce qui fait appel à sa vraie nature.

Sa présence intensive sur les réseaux sociaux et une campagne lancée dès le printemps 2016, lorsqu’il disait à Pujadas « cette présidentielle ne va ressembler à aucune autre, c’est pour ça que nous commençons tôt » devaient lui permettre de convaincre un socle d’électeur, lentement mais sûrement.

Nous sommes obligés de reconnaître que sa stratégie a fonctionné. Ses performances remarquées aux débats ont gagné à sa cause de nouveaux « militants » qui découvrent d’un seul coup, via internet, une mine d’information qui contraste avec le portrait dressé par les médias.

Son mouvement s’appuie sur une dynamique ascendante allant de la base vers le haut, ce qui offre un formidable contraste avec la logique descendente partant du haut vers le bas pratiquée par les communicants de ses adversaires.

Ainsi, sa page YouTube fait plus d’audience que les JT des chaînes d’informations continues (deux centre quatre-vingt mille abonnés et vingt millions de vues uniques), il est suivi par plus de huit cent cinquante mille personnes sur Facebook et un million cent mille sur Tweeter. L’engouement est tel qu’un collectif autonome de trois mille programmeurs, le discord insoumis, vient de sortir un jeu vidéo gratuit d’une rare intelligence marketing (fiscal Kombat) qui totalisait un demi-million de joueurs uniques après quatre jours de lancement.

Au-delà de la sphère internet, son mouvement récolte plus de quatre cent mille soutiens, à comparer aux deux cents trente milles d’En Marche ! Plus significatif peut-être, ses meetings ne désemplissent pas. Suivis par dix à quarante mille internautes en direct sur les réseaux sociaux, les salles affichent systématiquement complet depuis novembre 2016.

À Marseille, il rassemble soixante-dix mille personnes d’après médiapart. Une semaine plus tôt, Macron ne remplissait qu’au deux tiers une salle de six mille places. Au Zénith de Lille, où Marine Le Pen s’exprimait dans un espace à moitié vide, Mélenchon compte vingt mille personnes. Du jamais vu, sans oublier les audiences télé qui battent des records à chaque passage du tribun. On le découvre plus « calme », plus « rassurant », plus « présidentiable » d’après les éditorialistes. (3)

Signe que même les commentateurs commencent à y croire, les experts économiques, ceux qui nous vendent depuis sept ans l’austérité budgétaire et qui affirmaient deux mois avant la faillite de Lehman Brother que « les marchés financiers étaient solides », ces experts donc, montent au créneau pour alerter sur la folie du programme de Mélenchon.

Panique médiatique généralisé

Parlons-en, justement, de ce projet « d’avenir en commun ».

Critique du programme de Jean Luc Mélenchon, l’avenir en commun

Nous allons nous focaliser essentiellement sur les aspects économiques, puisque c’est un domaine dans lequel nous possédons quelques compétences (master en sciences économiques).

Avant de s’attaquer au nerf de la guerre, il est néanmoins intéressant de remarquer que les grands axes du projet répondent de manière curieusement appropriée aux évènements en cours.

La 6e république, qui vise à mettre en place un régime parlementaire avec reconnaissance du vote blanc, limitation du cumul des mandats et révocation des élus par référendum populaire répond indéniablement à la crise politique actuelle dont la montée du FN et les affaires Fillon constituent des symptômes édifiants. Or Mélenchon défend cette idée depuis 1996. (4)

La volonté de sortir la France de l’OTAN pour garantir une indépendance diplomatique apparaît salutaire lorsque Donald Trump est sur le point d’entraîner la France vers un conflit généralisé. L’échec cuisant de l’intervention en Libye et l’escalade dramatique qui se déroule en Syrie semblent donner raison à cette position géopolitique largement partagée par François Fillon. (5)

La remise en cause des traités européens, si elle inquiète certains, apporte une réponse efficace au nationalisme de droite et à l’essoufflement de l’UE. Mélenchon avait fait campagne pour le « non » au traité de 2005 et quitté le PS sur ce désaccord, son engagement pour une autre Europe apparaît donc cohérent. (6)

Enfin, la planification écologique, la dénonciation de la maltraitance animale et le rejet des traités de libre-échange, thèmes tous trois présents dans le programme de 2012, trouvent un large écho chez les populations sensibles à ces questions progressistes. (7)

En toute logique, la critique doit donc se concentrer sur le programme économique. Et c’est précisément ce que nous allons faire.

Le programme économique de Mélenchon est-il crédible ?

En matière économique, les choix se résument à deux grands axes, la politique de l’offre (néoclassique) et la politique de la demande (keynésienne). La première vise à favoriser le secteur privé en réduisant le rôle de l’état au profit de la compétitivité, des baisses d’impôts sur les hauts revenus et des baisses de charges sur les entreprises tout en supprimant les entraves au marché, notamment en flexibilisant le travail. C’est l’axe directeur du programme de Fillon et de Macron, austérité budgétaire en plus.

Second choix, la politique de la demande passe par la relance (investissement) et l’augmentation des salaires pour stimuler la croissance, la consommation et l’emploi. Le tout financé par l’emprunt et (dans le cas qui nous occupe)par des hausses d’impôts sur les hauts revenus.

La première question que l’on doit se poser est donc : quelle est la bonne formule ? Offre/austérité ou demande/relance ? C’est un débat qui divise les économistes, cependant certains éléments permettent de se faire notre propre idée.

  • La politique de l’offre pratiquée par le gouvernement Hollande/Macron a restauré la marge des entreprises, mais ce gain de compétitivité n’a pas fait reculer le chômage ni réduit la dette, au contraire.
  • Le carnet de commandes des entreprises serait bien rempli, ce qui indiquerait un excès de demande. Pourtant, ces dernières n’investissent pas dans des nouveaux moyens de production, ce qui plaide plutôt pour un coup de pouce de la puissance publique.
  • Les politiques d’austérité ont été désastreuses partout où elles ont été appliquées en Europe. Non seulement elles n’ont pas permis de diminuer la dette, mais elles ont installé un chômage durable et un exode des populations (8)
  • De manière plus générale, ces politiques dites « néolibérales » échouent depuis trente ans à réduire le chômage et les inégalités (9)
  • Inversement, la relance budgétaire a fonctionné de façon exemplaire aux États-Unis (malgré les tentatives de sabotage du parti républicain qui s’est opposé à toute politique redistributive) et donne des premiers résultats prometteurs au Portugal. (10)
  • Le FMI, l’OCDE et de nombreux économistes (Thomas Piketty et les prix Nobel Krugman, Stilgitz pour ne citer qu’eux) recommandent la politique de relance budgétaire depuis des années.

Le principal argument avancé contre cette option est l’échec de Mitterrand en 81. Mais l’époque était très différente, la relance s’était concentrée sur le soutient de la consommation et la France faisait face à une inflation galopante. En 2017, le fait d’appartenir à la zone euro offre une opportunité unique de bénéficier des effets d’une relance sans en subir les conséquences inflationnistes. On aurait tord de s’en priver, dixit Jacques Généreux.

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, comment ce fait-il que la France s’entête dans les politiques d’austérité ?

La réponse tient à deux choses : l’Union européenne, qui impose la rigueur budgétaire, et le libre-échange, en particulier au sein de l’Europe, qui rend difficile toute politique de hausse des salaires sans nuire à la compétitivité.

Conscient de ces limitations, Mélenchon prévoit de s’affranchir de la règle budgétaire des 3 % pour pouvoir appliquer le cœur de son programme : une relance de 100 milliards d’euros, qui contraste avec les 100 milliards d’austérités de Fillon et les 60 de Macron. Afin d’éviter de favoriser les importations, cette dépense cible uniquement les secteurs non délocalisables : les énergies renouvelables, l’agriculture biologique, les aides aux personnes, le bâtiment et les infrastructures. Elle est financée par l’emprunt, conformément aux recommandations du FMI et de l’OCDE, et générera un déficit public moyen de 3,5 %, sur cinq ans, autant que François Hollande. Jusque là, rien de fou. (11)

Par simple effet mécanique, cette dépense augmente le taux de croissance du PIB de 2,5 % sur deux ans (100/2000/2 = 2,5 %). Ce sursaut devra permettre de retomber sous les 3 % de déficit en année 3, comme une entreprise qui emprunte pour investir dans un outil productif en année 1 avant de dégager des bénéfices les années suivantes.

Ainsi, puisque la France redistribue actuellement environ 50 % de son PIB en prélèvements et cotisations sociales, 50 milliards reviennent automatiquement dans les caisses de l’état.

Le reste doit permettre de relancer l’activité selon un effet multiplicateur dit « multiplicateur keynésien ». La notion est simple à comprendre : si vous construisez une éolienne, le salaire des ouvriers est en partie dépensé dans les commerces proches du chantier, qui embauchent des employés supplémentaires, qui consomment à leur tour… et une fois l’éolienne terminée, elle génère un revenu qui paie  les salaires des ouvriers de maintenance, etc… Cela créer un cercle vertueux qui s’oppose au cercle vicieux de l’austérité.

En se basant sur les études du FMI, les économistes de la France insoumise estiment ce multiplicateur à 1,4. Donc pour 10 euros investis, l’économie génèrerait 14 euros. Cette estimation est très critiquable, mais curieusement, ce n’est pas sur ce point que se concentrent les attaques.

Car Mélenchon prévoit également une hausse des dépenses courantes à hauteur de 173 milliards étalés sur cinq ans. Ce bond doit permettre d’étendre la protection sociale, d’accompagner la baisse du temps de travail et la hausse des salaires (qui sera compensée par une baisse des impôts sur les PME, l’intégration du RSI à la sécurité sociale et la création d’une banque de financement pour les besoins en fonds de roulement des PME). Ces dépenses ont fait l’objet d’un chiffrage détaillé pendant cinq heures sur YouTube, en présence de journalistes économistes de BFM qui avaient ce jour-là concentré leurs critiques sur le fameux multiplicateur de 1,4.

C’est lorsqu’on regarde d’où provient le financement que l’on comprend d’où viennent les critiques.

En effet, la lutte contre la fraude fiscale couplée au rabotage des niches fiscales via une réforme de l’impôt basée sur les travaux de l’économiste Thomas Piketty (impositions des revenus du capital à hauteur des revenus du travail) constitue le cœur du financement. On comprend que cela fasse peur aux rédacteurs en chef du Figaro et des Échos !

Chiffrage sur cinq ans du programme l’avenir en commun, copie d’ecran de la vidéo de la FI reprenant les propositions.

Au passage, on signalera que l’élargissement de l’assiette fiscale obtenue par la fusion IR-CSG permet de baisser les impôts de 90 % des Français, comme l’expliquait Piketty dans « la révolution fiscale ». Un simulateur est disponible ici pour s’en convaincre.

Donc, à première vue ça se tient… oui, mais !

Tout repose sur deux piliers fragiles : parvenir à prélever cette hausse d’impôt sur les grandes fortunes et le capital, et générer cette croissance supplémentaire qui nécessite l’efficacité de la relance budgétaire.

Les études économiques tendent à montrer que l’augmentation du taux d’imposition n’a pas d’effet significatif sur l’exil fiscal. (12) Cependant, pour éviter cet écueil, Mélenchon propose d’adopter le mécanisme d’imposition américain, l’impôt universel. Ce système consiste à payer la différence entre ce qui est dû dans le pays d’expatriation et ce qui serait dû en France. Cela demandera des accords bilatéraux avec chaque pays, ce qui ne se fera probablement pas en trois jours.

De même, pour éviter que la relance budgétaire et la hausse des salaires favorisent surtout les importations et nuisent à la compétitivité, la France Insoumise propose de mettre en place un protectionnisme solidaire, comprendre des accords bilatéraux avec les partenaires commerciaux.

Tous ces projets ambitieux passent par la négociation de nouveaux traités européens, d’où la fameuse stratégie « plan A, plan B ».

C’est cohérent, mais loin d’être simple. Si la relance budgétaire semble facile à mettre en œuvre, le reste du programme nécessitera de faire bouger de nombreuses lignes.

Enfin, le programme comprend des mesures plus « symboliques » (comme le plafonnement des salaires ou le droit des employés à transformer une usine en coopérative en cas de licenciement boursier) qui, au même titre que la suppression de l’ISF de Fillon, sont plus des faires valoir que des piliers du programme économique.

Mélenchon peut-il être au second tour ?

Compte tenu de sa dynamique actuelle et de l’incertitude qui pèse sur cette élection, la question mérite d’être posée.

Depuis que douze points de sondages séparent Mélenchon de Benoit Hamon, les appels à l’union de la gauche se sont tus, curieusement. Le principal intéressé attaque de plus en plus vivement Mélenchon par interview interposé, donc point de ralliement officiel ou officieux à attendre.

Cependant, Mélenchon pourrait ironiquement devenir le bénéficiaire d’un vote utile.

D’abord, les fameux sondages donnent Mélenchon largement vainqueur face à Le Pen (entre 68 et 57 %, autant que Macron) et de même face à Fillon (60 %).

Bien entendu, à ce stade les enquêtes d’opinion portant sur le second tour ne veulent rien dire, si on excepte leur regrettable pouvoir d’influence. La vraie question qui mérite d’être posée concerne la solidité de ces écarts. Or, pas besoin d’avoir fait science Po pour comprendre que Mélenchon serait le meilleur candidat à opposer à Marine Le Pen. Fillon traîne ses affaires et risque de générer une abstention et un vote blanc considérable, quant à Macron, ses performances aux débats ne laissent rien présager de bon pour le grand duel télévisé du second tour, exercice dont le vainqueur a, par le passé, systématiquement gagné l’élection.

Marine Le Pen se fait un plaisir à l’idée d’affronter Emmanuel Macron, tant l’ancien banquier incarne à merveille ce « système » qu’elle veut combattre. À l’inverse, la candidate du FN n’aurait que sa xénophobie à opposer à Mélenchon, dont les qualités de débatteur n’auront échappé à personne.

Mais nous avions critiqué cette stratégie du vote utile avec vigueur pour une bonne raison, elle est antidémocratique et ne résout rien.

Jean-Luc Mélenchon à Marseille, photo France Insoumise

Reste le vote d’adhésion, ce qui amène la question du fameux plafond de verre. Jusqu’où Mélenchon peut-il monter ?

Le candidat de la France Insoumise risque de connaitre le même sort que son homologue américain, Bernie Sanders. La récente levée de boucliers du système politico médiatique peut parvenir à mettre un terme à sa progression. Les recettes sont les mêmes : caricature, faux procès et absence notoire d’argument de fond. Même la presse « de gauche » lui tire dans le dos, oubliant au passage que le vrai risque se situe à l’autre extrême.

À moins que « l’oligarchie » française ne s’accommode aussi bien de Marine Le Pen que le pouvoir américain se félicite de Donald Trump ?

Conclusion : Retour à Bernie Sanders

Pour comprendre ce qui se passe en France, il suffirait presque de reprendre le premier paragraphe de cet article en remplaçant quelques mots. Parti démocrate par Parti socialiste. Clinton par Macron, Trump par Le Pen… vous aurez saisi l’idée. Il ne manque que l’inconnu François Fillon, surprenant de résistance face aux accablantes affaires.

En effet, Trump doit sa victoire à deux mécanismes principaux. La paupérisation des classes populaires et rurales, les fameux perdants de la mondialisation, et la banalisation de la rhétorique xénophobe facilitée par les médias et le parti républicain. La conjonction des deux effets a permis le transfert d’un grand nombre d’anciens électeurs d’Obama vers Donald Trump. D’autant que les démocrates avaient choisi de lui opposer une candidate « de la finance », tributaire, malgré elle, du bilan du président sortant.

Marine Le Pen profite des mêmes circonstances. Plutôt que de lui opposer un candidat qui promet de prolonger les causes de la monté du FN à travers un programme néolibéral et austéritaire, il serait peut être plus sage d’oser faire le pari « Bernie Sanders », afin d’éviter le retour de l’extrême droite  du Vel d’hiv, en 2022 si ce n’est dès 2017.

Bien sur, la comparaison à ses limites. Néanmoins, on s’amusera de voir que Bernie Sanders, désabusé par le jeu des partis et le conservatisme des démocrates, vient de lancer sont propre mouvement politique sur le modèle de la France Insoumise : Our Revolution (notre révolution).

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Pour aller plus loin:

Sur les questions de géopolitiques, un excellent résumé de la conception Mélenchon, très bien sourcé, qui permet de s’ouvrir à ces questions, quel que soit le parti pris à lire ici.

Sur les questions économiques, il faut commencer par cet article très clair et impartial de La Tribune.

Ensuite, ce dialogue publié par le NouvelObs entre l’économiste en charge du programme de la France Insoumise et celui du programme d’Emmanuel Macron permet de mieux saisir les différents arguments, et au passage d’apprendre l’intention de Macron de transformer le système de retraites sur un modèle par capitalisation adossée aux cours de bourse, et de généraliser le statut de travailleur indépendant à tout le salariat, sur le modèle Uber ( la fameuse société de clients). Éclairant à bien des égards.

Sur la question du souverainisme de gauche, un podcast de haute voltige pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux ni aux oreilles, chaudement recommandé.

L’ensemble des notes et références est disponible ci-dessous:

  1. Lire Le Monde diplomatique, Decembre 20126, Tir groupé contre Bernie Sanders
  2. http://observer.com/2016/07/wikileaks-proves-primary-was-rigged-dnc-undermined-democracy/
  3. Un exemple parmi d’autres, tiré du Parisien
  4. Le documentaire de Gérard Miller offre un éclairage radicalement différent du personnage Mélenchon
  5. Cet article, certes partisan (la neutralité n’est pas de ce monde), permet de comprendre la conception géopolitique de JLM.
  6. Ce passionnant débat entre les deux principaux économistes de Hamon et Mélenchon, Jacques Généreux et Thomas Piketty, démontre le partage identique du diagnostic et les différences mineures en termes de remède proposés par les deux candidats sur la question européenne.
  7. Lire les rapports de Greenpeace et Amnesty international ainsi que l’interview donné à Elle.
  8. Une analyse assez froide de l’échec du néolibéralisme ici
  9. L’Espagne a perdu un million de citoyens depuis le début de la crise, la Grèce et le Portugal sont également durement touchés. Lire par exemple cet article de bastamag sur le Portugal.
  10. L’exemple du Portugal montre qu’on peut désobéir avec succès à la règle budgétaire. Lire par exemple cet article de bastamag et celui-ci de Cnews.
  11. Comme le montre l’article de la Tribune cité plus haut
  12. Comme nous l’avions expliqué dans notre article sur la fraude fiscale, notamment à l’aide de cette étude de l’OCDE.

5 réactions au sujet de « Mélenchon, Bernie Sanders Francais ? »

  1. Bonjour. Très bon article. Jacques Sapir annonçait il y a peu que seul Jean-Luc Mélenchon pourrait résister à Marine le Pen dans un second tour, tant les autres candidats sont rejetés par les citoyens français.

  2. Les 3 candidats de tete battent le FN au second tour dans les sondages donc beaucoup de sensationalisme dans cet article quand il annonce « Jean-Luc Mélenchon pourrait-il empêcher la victoire du FN  ? »

    1. Bonjour,

      Je ne pense pas que les sondages soient fiables, il peut se passer beaucoup de choses entre les deux tours. Et puis si on prend un exemple récent, Benoit Hamon était donné à 9% juste avant la fin de la primaire et une fois vainqueur, il fit un bon de 8 % du fait d’un transfert des électeurs de Mélenchon qui, lui, perdit d’un coup 6%. Ainsi, il est possible qu’une fois la réalité ancrée, les sondages qui seront effectués après le premier tour montreront un autre rapport. Il y a une différence fondamentale entre demander aux gens « si marine le pen est au second tour contre X, pour qui votez vous » et la réalité de la situation. Cela dépend aussi un minimum des consignes de vote et des réactions des perdants de tout bord, qui sont tout sauf évidentes. Pas sur que Mélenchon et Hamon appellent à voter Fillon contre Le Pen par exemple. Donc je ne me base pas exclusivement sur les sondages.
      Mais surtout, je pose la question dans le temps long, en prenant en compte l’échéance de 2022. Si MAcron gouverne le pays comme Hollande pendant cinq ans, le FN risque de progresser très fortement.

      Enfin, on pourrait expliquer la baisse récente de MLP par une hausse de JLM. Si c’est le cas, et si JLM la prive de 2nd tour, alors oui JLM aura permis d’éviter MLP, du moins en 2017 et même s’il ne se retrouve pas lui-même au second tour.

      Mais compte tenu de l’attitude des grands médias, cette opportunité risque de s’évaporer. Leur parti pris inouie risque de pousser des électeurs à s’abstenir si leur candidats n’est pas au second tour, et la dramatisation déchaine les passions, ce qui favorise toujours l’extrême droite.

  3. Sur l’impôt universel, vous avez tout à fait raison, d’autant plus qu’il existe d’innombrables conventions bilatérales de non-double imposition (avec le Mexique où je vis, par exemple). Grosse contradiction aussi sur ce qu’a déclaré Mélenchon concernant la « gratuité » de la scolarité des enfants français dans les établissements français de l’étranger qui sont des organisations PRIVÉES, ayant souvent rompu leurs accords avec les instances françaises (pour se débarrasser des enseignants résidents, trop enclins à protester et à faire grève pour favoriser le statut de recruté local). Je vois mal comment le contribuable français pourrait accepter de payer des « frais d’écolage » qui se montent souvent à 20 000 USD/an + droits d’inscription, sorties scolaires, etc.
    Il apparaîtrait donc que cet « impôt universel » créerait une situation d’inégalité, et ça m’étonnerait vraiment que ça se fasse. Sans compter qu’il n’y a rien de plus facile que de créer une personne morale – au hasard une « fondation philanthropique » et de lui faire don de ses biens (ou un musée bourré de bidules). De plus, on a l’exemple de la fuite des capitaux en 1981, qui laisse penser qu’aussi vite que puisse agir Mélenchon, il serait trop tard. Cet impôt universel américain est si efficace qu’apparemment Trump n’y est pas assujetti, donc bon…
    Cela dit, sur les 2 ou 3 millions de Français vivant à l’étranger, combien au juste seraient assujettis à cet impôt ? Parce qu’on nous parle toujours de Singapour, de la City et de Wall Street, mais il y a surtout beaucoup de profs de FLE, de gens qui ont tout simplement rencontré quelqu’un/fondé une famille, bref… Des gens qui ont un revenu moyen dans leur pays d’accueil (et vu le taux de change de l’euro, ça fait max le smic français).
    Enfin, ce sont des détails qui ne me semblent pas très importants. L’essentiel, comme disait Lordon, c’est d’entre-bailler un peu la fenêtre ! 😉

    1. En effet, « La moindre des choses c’est de ne pas dormir à ce moment-là et, bien réveillé, de donner de l’épaule comme il faut, pour qu’enfin on respire. »

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